Dossier & ITW
L'enquête-Interview Vincent Garenq

LPC : La scène d'ouverture avec l'arrestation de Denis Robert permet de souligner la dimension humaine du récit.

Vincent Garenq : Cette scène d’ouverture, où Denis Robert annonce en voix off une partie des événements qui vont suivre n'était pas prévue à l'origine, elle avait disparu au fil des versions du scénario. Cette scène a ressurgit une nuit, au moment du montage, alors que nous étions dans une phase de blocage. Elle permettait de préparer le spectateur, de l’appâter et aussi d'exposer toute la complexité du film : cette histoire de multinationale, de rivalité politique....C'était une manière de donner une unité à un film qui navigue entre trois personnages pivots que sont Denis Robert, le juge Van Rumbeck et Imad Lahoud.

Certaines scènes ont-elles disparues au montage ?

Ce n'est pas un film où j'ai coupé beaucoup de séquences, c'est pour cela que le film est très dense. J'ai abandonné certains interrogatoires de Van Ruymbeke car il ne fallait surtout pas perdre de vue Denis Robert et également introduire le personnage de Lahoud. Il valait mieux perdre un peu d'information sur les frégates et se recentrer sur le personnage de Denis Robert. L'ambition du film était de raconter toute l'affaire sans perdre les spectateurs et les personnages dans une arborescence trop complexe.

Les scènes entre Denis Robert et sa famille servent donc d'ancrage émotionnel au récit.

La famille me permettait de montrer la souffrance des hommes face à ce monstre qui se glisse dans leur vie. Un film c'est avant tout des personnages qui souffrent, et les scènes entre Denis Robert et sa famille étaient nécessaire au récit pour ne pas rester dans quelque chose d'abstrait et de cérébral. C'était une manière de montrer sa chute, comment cette histoire finit par l'obséder, comment elle contamine sa vie. Lors de ma scène préférée du film quand il se dispute avec sa femme, je souhaitais montrer que lorsque que l'on est dans la merde, que les soucis de boulot s'accumulent, c'est toujours la famille qui se retrouve en première ligne à prendre les mauvais coups. Il y a presque une dimension autobiographique dans cette scène. Tout ceci fait partie du personnage, de son environnement et de sa chute.

Cet équilibre entre vie privée et vie professionnelle est souvent présent dans la filmographie de Michael Mann.

J'ai un problème avec les personnages de femmes chez Michael Mann. Dans Révélations, la femme de l’industriel du tabac - interprété par Russell Crowe - est monstrueuse, elle ne pense qu'à l'argent. Alors que son mari est dans un vrai dilemme moral, elle ne voit que la sécurité, la maison ...Je ne voulais pas que le personnage de Florence Loiret Caille soit comme toutes ces femmes que l'on retrouve dans les films américains et qui engueulent leur mari une fois rentré à la maison.

Quelles étaient donc vos références ?

J'ai revu Les hommes du président mais j'essaie de ne pas regarder de films qui ressemblent trop à ce que je vais faire. Je trouve que l'on est plus original si on oublie tous les autres films sur le sujet et que l'on obéit à ce que dicte le film, sans regarder du côté de sa propre cinéphilie. J'ai cependant revu le JFK d'Oliver Stone pour sa gestion toute particulière des flashback qui m'avait vraiment marqué à l'époque. Il n'y a pas de séparation entre le passé et le présent, pas de musique ou d'étalonnage spécial. C'est extrêmement moderne. Cela permet d'être plus incisif, de raconter les choses plus rapidement sans être scolaire.

La décision de la cour de cassation a-t-elle été déterminante dans la réalisation du film ?

Nous travaillions depuis un an sur le projet lorsque que la décision de la cour de cassation a reconnu le travail exemplaire de Denis Robert. Cela nous a donné un peu d'air, mais je dois saluer le courage de Christophe Rossignon (L'ordre et la morale, Présumé coupable), mon producteur qui s'est engagé sur le film en amont de cette décision. La cour de cassation aurait très bien pu statuer dans le sens des deux précédents jugements et rendre la production du film très difficile.

Après Outreau, Clearstream, quelle forme va adopter votre prochain film sur l'affaire Kalinka ?

Kalinka devrait être mon dernier film judiciaire. Au départ L'enquête ne devait pas s'inscrire dans cette veine, c'était un film sur la finance mais le volet judiciaire était indissociable de l’enquête de Denis Robert. Le milieu judiciaire ne m'intéresse pas spécialement. Sur Présumé coupable, c'était avant tout l'histoire d'Alain Maricaux que je souhaitais raconter pas celle de l'institution judiciaire. Avec Kalinka, c'est le personnage d'André Bamberski qui me fascine. Pendant 30 ans il a cherché a traîner devant la justice le meurtrier de sa fille Kalinka. Alain Maricaux, Denis Robert, André Bamberski, ce sont des personnages qui ont en commun cette recherche de la vérité, loin de tout conformisme. Peut-être que les personnages de mes films à venir seront toujours dans cette même veine.

La critique de L'Enquête

Entretien réalisé à Bruxelles le 06 février 2014 par Manuel Haas pour le Passeur Critique.

Remerciements à Heidi Vermander de Cinéart pour l’entretien.

 

Durée : 01h46

Date de sortie FR : 11-02-2015
Date de sortie BE : 18-02-2015
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Critique mise en ligne le 16 Février 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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