Dossier & ITW
La Saga Scream

Quand le téléphone sonne et qu’une jolie tête à claque vient décrocher, l’équation est vite résolue. « Allo ? ». Une voix répond. Elle est rauque et profonde, elle goute le sang. La fille amusée refuse d’approfondir la conversation… « What’s your favorite scary movie ? » Elle raccroche. Elle a peur. Tôt ou tard elle va mourir. Disparaître de la pellicule.

Inutile d’inventer des réalités autour de Ghostface, inutile de chercher à connaître les meurtiers au gré des épisodes. Ceux-ci ne sont que prétextes. A chacun de se perdre dans les masques de ses tueurs itinérants, ses relèves du crime ou ses victimes, qu’importe, tous respirent le cinéma. Scream porte à même le visage, l’importance des cultures de l’image. Plus qu’une feuille de latex pour couvrir la vanité, le film s’érige en réflexion sur les symbolismes qui régissent nos vies et plus encore sur le cinéma, celui qui fait peur. Scream a l'intelligence qu'on veut bien lui attribuer. L'intelligence de regarder sa propre condition au travers d'une subtile dérision. Regard dérisoire porté sur une génération marchant sur les images. Brouillard de poussière dans les faisceaux lumineux. Une génération flanquée d'une inénarable passion. Celle qui nous anime. D'un art. Le septième. Peut être le plus beau !

Par ennui, les adolescents d’une époque s’attardent sur la culture télé, le cinéma d’horreur et les popcorns. Incapables d’attiser leurs propres vies, ces archétypes d’une certaine répulsion pubertaire vont se jeter à corps perdus et à perte de corps dans la plus grande aventure qui soit : le cinéma. A travers cette simple idée et au fil des années, le metteur en scène choisit la mise en abîme pour étoffer son propos. Chaque film présente un intérêt cinématographique sur ce point. Chaque scène se répond. Chaque plan propose plusieurs degrés d’interprétation. Les références amusent, les allégories impressionnent. Wes Craven construit un immense terrain de jeu, dont les thèmes seraient le cinéma, le jeu et la peur.

Les abîmes, Craven connaît, son cinéma s’y plonge régulièrement. Rêves, drogues et corps humains déchirés, pénétrés, sont les vecteurs d’une œuvre aux élans lyriques et aux séquelles éternelles. Le cinéma, il choisit d’en transcender les règles permettant jusqu’à son tueur d’apparaître dans le cadre, dans l’action en se gaussant de toute crédibilité. Il est le cinéma. Il peut bien tuer, disparaître, les autres hurler ou mourir, les portes de l’imaginaire restent ouvertes. Chacune des fins proposent une ouverture pour le spectateur. Faire place à l’imagination. A l’horreur, à la gaieté, le cinéma d’une évidente liberté.

En harmonie parfaite avec son passé, son œuvre, ses références et le spectateur, Wes Craven plante la lame de l’épouvante dans le corps même de son cinéma. Harakiri splendide et crépusculaire d’un des grands cinéastes de l’horreur. Il dissèque sont art et celui des autres pour cette œuvre ultime, à cœur ouvert.

Que le sang coule. Que la chair s’écarte au passage de mes doigts. Que l’horreur transperce vos yeux de n’avoir que trop regardé. A faire de vous des monstres, les frères de l’indignité. Je crie mais par amour. Pas par amour des gens, je les hais ! Pas non plus par amour de la peinture à qui je dois mon apparence. Mais par amour du septième art. Il m’a rendu ce que j’avais perdu. Il a aiguisé ma créativité.

 

- Scream (1996)
- Scream 2 (1997)
- Scream 3 (2000)
- Scream 4 (2011)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 07 Novembre 2013

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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