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Toutes les Couleurs du Giallo

En 1963, un certain Mario Bava adresse à la postérité son séminal La Fille qui en Savait Trop (La regazza che sapeva troppo). Il récidive un an plus tard avec Six Femmes pour l'Assassin (Sei Donne per l'Assassino). Il suffit de deux films au génial réalisateur italien pour inventer un genre. Mais c'est quoi le giallo finalement ?

Le Passeur Critique a réuni plusieurs experts de la question et les a mis sur le grill.

Erotisme vénéneux, violence graphique et couverture jaunâtre

A tout seigneur, tout honneur, le duo de réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani, responsable de l'Etrange Couleur des Larmes de ton Corps nous livre une définition sensitive, à l'image de leur film : « Le giallo, c'est de l'érotisme vénéneux, de la violence graphique, une recherche esthétique, des musiques extraordinaires, une psyché détraquée, un goût pour le péché et le vice, un jeu sur le point de vue et une ambiguité sur la place du spectateur. » Définition éminemment subjective et émotionnelle que Gilles Vannier, tyrannique administrateur de l'excellent et pléthorique site Psychovision, tempère : « Donner une définition précise du giallo me paraît extrêmement difficile. » Pour Gilles, « la définition qui arrangerait tout le monde vient de son pays d'origine. A l'origine adaptations de polars à la couverture jaune, les gialli pourraient être la définition de tout thriller italien. » Car historiquement, nous rappelle Bruno Matéï, cinéphage et critique enragé, responsable du splendide Strange Vomit Dolls, le giallo était à l'origine « un roman de gare à la couverture jaunâtre dont les lecteurs avides de sexe et d'horreur se délectaient ».

Le giallo, un cinéma urbain d'exploitation

Transposition sur écran de ces romans, le giallo est, toujours selon Bruno Matéï, « essentiellement transalpin et s'apparente au cinéma d'exploitation ». Il « combine les éléments du thriller, du polar, de l'horreur et de l'érotisme. » Lionel Grenier est l'ancien rédacteur en chef de Manivelle et fulciologue acharné. Il a créé le site luciofulci.fr et il est le co-auteur de Lucio Fulci – Le Poète du Macabre. Lionel confirme : « Le giallo est un cinéma latin, urbain dans lequel le meurtre fait quasiment figure de moteur narratif puisqu'il donne lieu à un jeu de dupes où l'érotisme et le voyeurisme ne sont jamais loin. »

Un assassin ganté, des meurtres ritualisés

Le meurtre est donc au centre de tout giallo. Bava définit le genre par un whodunit (contraction de « who has done it ? » ou « qui l'a fait ? ») s'inspirant des romans à mystère d'Agatha Christie et Edgard Wallace. C'est donc à une enquête que nous invite le giallo. Qui est l'assassin devient la question centrale de ces films. Une enquête donc, mais pas que cela. Il y a aussi un tueur... Pour Stéphane Erbisti, créateur du fameux site www.horreur.com et du fanzine Toutes les couleurs du Bis, « le giallo est un thriller italien ultra-codifié mettant en vedette un tueur mystérieux souvent vêtu de noir et ganté, qui utilise des armes blanches diverses et variées pour tuer ses victimes, principalement de jolies femmes. » Bruno Matéï rajoute : « Le tueur est fétichiste, sexuellement refoulé et accoutré d'une arme blanche acérée... »

Gilles Vannier rappelle, suivant ce qu'en dit Lucio Fulci himself, qu'il convient de minimiser le rôle de l'enquête policière, afin de laisser plus de place aux parties frisson. « C'est peut-être ce qui différencie le giallo d'un simple film policier, voire d'un polar ou d'un psycho-killer dans lequel la psyché est vue de l'intérieur ». Contrairement aux futurs films d'horreur qui titilleront nos nerfs et aux slashers qui retourneront nos tripes, les gialli se caractérisent par une attention exacerbée aux personnages et aux meurtres en eux-mêmes. « Les meurtres sont ritualisés à l'extrême et érotisés, grâce à une ambiance, des images et des scénarios très travaillés et intéressants » précise Stéphane.

Machination à l'écran et manipulation des spectateurs

Gilles Vannier rajoute qu' « ils soient des gialli machination, des gialli gothiques ou des gialli esthétiques, les gialli font des meurtres des morceaux de bravoure. Il est très rare de ne pas trouver une machination au coeur du film. Après avoir laissé entrevoir l'assassin dans son premier tiers, le giallo joue avec sur la manipulation, à la fois du protagoniste et du spectateur quant à l'identité du coupable, lorsqu'ils ne sont pas multiples. »

Perversion, voyeurisme et masochisme sont les moteurs de ces bobines, faisant vibrer les plus intimes fantasmes des spectateurs. Depuis les premiers Bava, le genre n'a fait qu'évoluer et se réinventer. Depuis les mystères de Six Femmes pour l'Assassin, la chasse au meurtrier a pris des contours plus obscurs. Les années 60 furent illuminées des crimes de Bava. Les années 70 seront celles de « l'esthétisme pictural et du culte de la perversion » selon Bruno Matéï. Les maîtres s'appelleront Dario Argento et Lucio Fulci.

Le giallo, depuis les meurtres baroques de Mario Bava jusqu 'aux délires pervers d'Argento, porte l'émotion cinématographique à son paroxysme. Pas étonnant que, depuis 50 ans, une horde de plus en plus nombreuse de fans se délecte de ces macabres histoires...

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Critique mise en ligne le 22 Novembre 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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