Dossier & ITW
Lettre ouverte à Michael Mann

Cher Michael,

Alors qu’Hollywood fumait - et Dieu sait que ses cendres symboliques fument encore - quand les turbines des jeunes brats faisaient tourner la tête des cinéphiles les plus exigeants, quand les sirènes de la gloire éternelle et de l’art aux nécessités accrues appelaient à elles tous les plus prometteurs cinéastes de la terre; tu t’exilais dans une Europe encore plus libertaire pour y tourner, caméra à l’épaule, documentaires inédits et films indés et ainsi apposer au réalisme ta propre sensibilité. Quand Hollywood fumait, quand tu tournais en dehors de tes frontières natales, je dormais dans les limbes berçantes de l’inexistence. Je suis né en 1991, quarante-huit ans après toi et je pense pouvoir affirmer, aujourd’hui et au nom de ma plus intime subjectivité, que tu représentes ce que le cinéma américain fait de mieux depuis au moins deux décennies, depuis ma naissance en fait. C’est pourquoi tu fais partie de ces quelques réalisateurs auxquels je voue une forme de culte qui consiste à vous citer dans chacune de mes conversations cinéphages, à vous défendre jusqu’à la mort (morale tout au moins) et à revoir vos plus grands films encore et encore jusqu’à ce que mort (clinique cette fois-ci) s’en suive.

Tu l’auras compris, ton cinéma me parle, m’émeut, m’impressionne. J’y trouve si peu de choses à jeter et tant à réfléchir, à apprendre, à partager. Le moindre de tes films est un modèle de story-telling tendu et enivrant que tu arrives cependant à rendre cotonneux par une mise en scène maîtrisée, qu’on aura pu voir grandir au fil de ta vie jusqu’à atteindre l’absolue précision et unicité dont tu fais preuve aujourd’hui.

Dans ton cinéma, j’aime l’argent qui court sur toute image, cette société que tu t’appropries, ce capitalisme sur lequel tu poses un regard, que tu investis. Dans lequel tu t’ancres sans jamais le juger. Bien d’autres auraient cédé aux sirènes de la dématérialisation. Tu préfères t’y loger et - en pleine expansion - t’y imposer.  Tu ne critiques pas, tu montres, tu bouleverses. Mais la société et ses rouages ne t’intéressent peut être pas tant. Ce que tu aimes, Michael, ce sont les répercussions sur tes semblables, sur l’humain, sur le mâle, mal en point, sur son fonctionnement. Et c’est pourquoi, je sais qu’à bout de lettre, je tiens un homme, quelqu’un de grand.

J’aime aussi ces acteurs que tu filmes comme personne, comme des statues de marbres flottantes sur l’horizon, sur ces lignes de fuites que tu chéris et dans lesquels tu plonges leurs regards avant de laisser le loin les dévorer tout entier. Comme des entités, tu les sublimes. Monolithes aux ambitions douteuses. Interchangeables, ils sont l’humain avant tout. L’humain comme tu le comprends, comme tu l’entreprends avec ses failles, ses différences, ses ressemblances. De Niro et Pacino ne se seront jamais autant ressemblés. Rarement, auront-ils été si beaux, cherchant la liberté à tout prix dans une toile sans fin les menant irrémédiablement l’un à l’autre.

N’en déplaise aux ignorants ou simplement à ceux qui ne partagent pas ma passion pour ton art, tu demeures un immense auteur. Chacun de tes films en atteste l’évidence. Cette façon que tu as d’aborder tes sujets, sans les asséner. Donner un sens supplémentaire à tout un film en une scène fugace, voilà, une part de ton identité, de ton génie. Quand Johnny Depp, s’avance dans un centre d’appel des années trente, c’est le vertige. En spectateur assidu, on sent toute ton œuvre antérieure vibrer. Les téléphones portables de Miami se taisent, la folle vélocité de la cité des anges s’enraye, même les grosses cylindrées braquent les mille chevaux. C’est là que tout a commencé. La fuite en avant pour suivre l’amour et pourchasser la liberté, devancer la mort, toutes ces choses ont toujours été là: la mécanique, la sape, les femmes fortes et puissantes, les bons mauvais et les méchants gentils, les méchants mauvais et les bons gentils. C’est ça qui t’intéresse. Et puis arrive, dans ce même film que l’on dit peu personnel, presque raté, une simple phrase dont je ne me souviens plus exactement. Ca doit raconter quelque chose comme « ton gangstérisme est mort Dillinger, aujourd’hui, c’est ici que ça se passe ». Voilà Michael, tout ton intérêt pour ces gens, ces flics, ces braqueurs magnifiques rendus possibles grâce à quelques appels téléphoniques. Quelques câbles pour lier le monde. Voilà aussi, tout un film qui redouble d’intérêt et s’enjolive des tes obsessions. Je n’ai pas encore vu Hacker mais dans ces circonstances comment pourrait-ce être mauvais, comment pourrait-ce échapper à ton génie ?

Enfin, Michael, j’aime ton univers gravé au néon, tes héros, tes héroïnes qu’ils s’aiment ou s’entretuent, tes cocktails en corps à corps, tes nuits qui rassemblent et qui rapprochent le chien du loup, ta maîtrise esthétique, tes inventions formelles, ton statut unique aujourd’hui du plus radical des auteurs de blockbusters, ta propension à faire revivre la force suggestive du cinéma hollywoodien, et enfin, et surtout, l’absence de concessions dans ton cinéma. Et ça, Michael, mérite le plus grand des respects. Tu en tiens déjà un bon bout au sein de notre rédaction !

Bien à toi,                                                                                                                                Lucien.

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Critique mise en ligne le 23 Mars 2015

AUTEUR
Lucien Halflants
[127] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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