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Portrait : Roman Polanski

Roman Polanski, déteste la critique, il l’a hait. Il hait celle que, selon lui, l’informatique a tiré vers le bas, celle qui préfère s’intéresser aux célébrités qu’au cinéma. « Celle qui n’en vaut pas la peine alors franchement… Allons bouffer. » Si les autres cinéastes présents lors de la présentation cannoise du film collectif Chacun Son Cinéma, ne se sont pas levés d’un seul homme lorsque Polanski prit la tangente, les sourires en coin ne manquaient pas d’illuminer certains célèbres visages.

N’en déplaise au maitre polonais (Wajda et Skolimowski ne trainant pas très loin, Kieslowski et Zulwaski non plus), tout critique se doit de rapidement retracer la tumultueuse destinée d’un génie du septième art tant celle-ci influerait sur son œuvre. Par respect cependant je n’entrerai pas dans les détails fumeux qui aujourd’hui encore échauffent les foules.

Roman Polanski débute sa carrière de cinéaste après des balbutiements de vie quelque peu mouvementés. Il survivra à la quasi totalité de sa famille dans le ghetto de Cracovie ainsi qu’à des retrouvailles houleuses avec le paternel. S’en suivra une fuite éperdue vers le dessin, le théâtre, le cinéma, vers Paris, sa ville d’adoption. C’est dans la capitale française que nourrit par la cinémathèque, il élargira sa culture troquant le joyeux Robin des Bois de Curtiz pour le triste citoyen de Welles. Contraint de rejoindre sa précédente patrie, c’est en Pologne qu’il réalise ses premiers faits d’armes. Il y rencontre Wajda qui lui donne son premier rôle, puis sortant de la réputée Ecole nationale du cinéma de Lodz il met en scène Deux hommes et une armoire encore considéré par beaucoup comme son premier métrage. Quatre ans plus tard sort Le Couteau Dans l’Eau. Coécrit par Skolimowski, il sera le premier long d’une série de succès mondiaux.

Mais déjà, la roue tourne pour le jeune Roman, alors même pas trentenaire. Il échappe à la mort promise par une tentative d’assassinat, divorce de sa femme, l’actrice Barbara Kwiatkowska et le succès plus que mitigé de son film en Pologne le pousse à nouveau à migrer vers l’Ouest, vers Paris, puis vers Londres où il réalisera son prochain film.

Répulsion n’est autre que l’entame d’une trilogie ponctuée par les deux chefs d’œuvre que sont Rosemary’s Baby et Le Locataire. L’auteur y met en malaise des personnages confinés dans différents appartements, métaphores essentielles de la schizophrénie dans la trilogie du maitre de l’horreur latente. Il y distille la folie grandissante de ses héros à travers le cadre et utilise le lieu, très usité dans les films de Polanski comme partie prenante à l’histoire, ici, aux hallucinations.

L’année 1967 reste une date importante dans la vie de Polanski. Il y réalise Le Bal des Vampires, géniale satire des films de la Hammer, aussi comique qu’horrifique, poétique que laconique, il est à lui seul le souvenir lumineux d’une Sharon Tate, face claire de l’œuvre polanskienne, une muse sauvagement assassinée en 69, alors qu’elle portait leur enfant.

Si Répulsion et Le Locataire se cantonnent à disséquer l’esprit et ses névroses, Rosemary’s Baby – premier film américain et point d’orgue de la carrière du cinéaste – trouve un écho troublant dans la paranoïa qui s’emparera quelques années plus tard d’une Amérique brusquée par les complots gouvernementaux. Le film prend donc son envol quand la peur d’engendrer un monstre se transpose en cauchemar absolu, celui de se faire dévorer par les repères, par le monde environnant, par ceux en lesquels on croyait tant. On peut voir la peur du cinéaste lui même d’enfanter un monstre cinématographique qu’il ne pourrait en aucun cas protéger des interdits hollywoodiens.

Après une période de deuil un peu plus faible cinématographiquement (le sympathique Macbeth produit par Hugues Hefner et la grinçante comédie italienne Che ? ), le metteur en scène revient avec un nouveau chef d’œuvre. Hommage crépusculaire aux films noirs, Chinatown propose une vision du monde une nouvelle fois gangrenée par la corruption. Qu’il soit politique ou familial, le mal est toujours présent et en costume cravate. Encore une fois Polanski y maitrise la mise en scène toute en subtilité, à travers sa parfaite gestion du cadre, Polanski se pose en observateur d’un triste complot, il est le détective de la vérité artistique. Il est impossible de nier l’influence qu’aura ce film sur le cinéma américain contemporain (Les nez pansés de Brad Pitt et Mickey Rourke respectivement dans Se7en et L’année du Dragon en sont les preuves, les références).

Ce sont probablement les années 80-90 qui fâcheront Polanski et la critique. Celle-ci boudera quelques titres du cinéaste, à tort (Frantic, Lune de Fiel), ou à raison (Pirates, La jeune fille et la mort, La neuvième porte). On ne peut que donner raison aux deux parties, jamais Polanski ne renouera avec le génie de Rosemary’s Baby, Chinatown, Le Locataire et autres Tess, jamais non plus il n’abandonnera sa gouaille et sa noirceur et ce même dans de plus grosse production comme Le pianiste aujourd’hui encore vaguement sous-estimé par la critique.

 

En 2010 Polanski fait la une des journaux. Ironie du sort ce n’est pas autant pour son excellent The Ghost Writer que pour un vieux scandale qui refait surface. Chacun sait de quoi il en découle.

Entre pièces maitresses et maitrisées et expérimentation parfois hasardeuses, toujours passionnantes, le cinéaste aura su mener, à travers les tumultes d’une destinée, une œuvre parmi les plus personnelles qu’il soit donné de voir, de regarder. Elle compte tout de même aujourd’hui quelques sommets inatteignables du septième art.

Au grand nombre d’adaptation qu’il produira (Shakespeare, Topor, Bruckner, Reverte, Dickens …) Polanski, insuffle une touche personnelle propre aux grands auteurs. Son œuvre, vestige de l’esprit d’un homme qui toujours avancera à l’ombre de la mort, continue de hanter par sa justesse et l’intrusion de l’horreur au quotidien. Sa propre cruauté prend forme dans les destins de ses personnages qu’il n’épargnera jamais. Du pessimisme sans borne que la vie lui aura imposé, il tire une réflexion sur le monde et sur l’humain. Pour Polanski on est jamais que seul face aux autres, l’être humain provoquant souffrance et angoisse, si ce ne sont les femmes qui sauvent, aiment, et achèvent.

Roman Polanski est né à Paris en 1933.

Polanski est en train de travailler sur le film D, qui traitera de l'affaire Dreyfus. Le film actuellement en pré-production devrait sortir en 2014 et est co-écrit avec Robert Harris (qui a également écrit le scénario de The Ghost Writer).

Filmographie de Polanski sur IMDB.

Réalisateur : Roman Polanski

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 29 Octobre 2012

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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