Sorties DVD et Blu-ray
Belle Starr Story - Matalo

C'est le printemps et les colts refont parler d'eux dans une ambiance très « flower power » chez les stakhanovistes d'Artus films avec deux sorties consacrés aux derniers jours du western transalpin.

Il était une fois la femme

Tourné en 1968, Belle Starr Story, western plus féminin que féministe s’éloigne du biopic attendu consacré au personnage historique de femme hors-la-loi de Belle Starr pour s’aventurer sur le terrain inattendu du drame romantique. Centré sur la relation amour-haine entre la belle pétroleuse et un chef de gang incarné par ce grand cabotin de Georges Eastman, Belle Starr Story vaut surtout pour l’alchimie indéniable qui se dégage des scènes de confrontation entre les deux protagonistes. Ici le vrai duel se joue entre deux yeux et sur l'oreiller. Bien plus évocateur et racoleur que le très générique Belle Starr Story, le titre italien Il mio corpo per un poker (1) traduit à merveille le caractère insaisissable, aléatoire et changeant des sentiments de Belle Starr à l'égard de son rival masculin. Interprétée par l’ex–mannequin Elsa Martinelli (La rivière de nos amours), Belle Starr ressemble à une de ces nombreuses héroïnes de roman de gare à destination de la gent féminine. Succession d’humiliation ininterrompue devant l’être aimé avant de prendre les rênes du récit dans le dernier acte, les aventures de cette criminelle au grand cœur s'apparentent à la transposition de la collection Harlequin dans le cadre très viril du western à l’italienne.

Pour une poignée d'opium

Beaucoup moins sage et classique, Matalo de Cesare Canaveri est un pur trip sous celluloïd, à mi chemin entre le cinéma d'exploitation et le cinéma expérimental. Baignant dans une ambiance psychédélique, ce remake déguisé de Dieu ne paie pas le samedi démarre de la plus belle des manière avec une séquence de pendaison opératique filmé comme le début d'un concert de rock progressif. Emmené vers l'échafaud, attendant les premiers accords de guitare pour prendre possession de la scène, le pourtant très falot Corrado Pani est présenté comme une rock star capricieuse et narcissique. Un an après Woodstock, le pistolero laisse sa place au hippie pour un film conçu comme une succession d’intermèdes musicaux où la caméra virevoltante de Canaveri emprunte tous les artifices usités de l'époque pour maintenir le spectateur dans un état de transe sensorielle. Aussi fascinant qu'irritant, usant et abusant de zooms, d'effets de flou ou de panoramiques circulaires, Matalo amorce le déclin d'un genre. Désormais uniquement orchestré autour d'effets de style ou s'apprêtant à verser dans sa propre auto parodie avec le premier volet de la série des Trinita sorti la même année, le western italien n’existe plus que dans la surenchère. Objet étrange et inclassable, Matalo fait penser aux essais cinématographiques du duo Cattet et Forzani (Amer / L’étrange couleur des larmes de ton corps) dans sa manière de dépouiller le genre de tous ses attributs narratifs pour n'en garder que l'aspect formel et sensoriel. Un traitement radical et expérimental qui tranche avec le reste de la production mais qui constitue à la fois tout l' intérêt et toute la limite du film de Cesare Canaveri.

Disponibles séparément dans de belles copies et agrémentés des habituelles interviews du spécialiste maison Alain Petit, Belle Starr Story et Matalo n'ont jamais connu plus bel écrin. Cerise sur le gâteau, l'édition de Matalo est accompagné d'un documentaire inédit signé Eric Cherrière et Claude Ledu Rouge Profond qui laisse la parole à de nombreux artisans du western européen tel que Ferdinando Baldi, Alberto de Martino, Ruggero Deodato ou Sergio Sollima.

(1) Mon corps pour une partie de poker


 

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : 05-04-2016
Date de sortie BE : 05-04-2016
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Critique mise en ligne le 02 Juin 2016

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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