Sorties DVD et Blu-ray
Blackbird

 

Sous le ciel nuageux et pluvieux d'un banlieue canadienne, Sean (Connor Jessup) vit une adolescence tourmentée. Il écoute The Cult et Joy Division alors que, dans son lycée, c'est l'enfant du pays, Justin Bieber, qui fait tourner les têtes. Look gothique, mine triste, regard fixé sur ses pieds, Sean vit dans un isolement qu'il a décidé, faute de mieux. Mais sous les clous de son perfecto, sous ses t-shirts arborant moult signes hostiles, Sean reste un beau gosse. Calimero attire une des beautés de l'école, Deanna (Alexia Fast). Un baiser furtif redonne le sourire à Sean mais énerve le copain officiel de la belle, par ailleurs capitaine de l'équipe locale de hockey.

Je t'en prie, ne me quitte pas ici, cher lecteur. Je ne te raconte pas ici une énième bluette pour jeunes boutonneux ou trentenaires fatigués. Blackbird nous emporte loin de cette introduction gnan-gnan. Car Sean, fou de tristesse et de ressentiment, se lâche sur internet, menace ses petits camarades jusqu'au jour où le syndrome de Columbine pousse les parents de Deanna à déposer plainte. Et si l'étrange adolescent menait ses menaces à exécution ? Et voilà le jeune Sean envoyé dans une prison pour mineurs, alors qu'il n'a que 15 ans...

Blackbird charrie de nombreux sujets mais évite l'éparpillement. On suit Sean, présent dans tous les plans du début à la fin du métrage. On comprend sa tristesse d'à peine exister pour un père (Michael Buie), version redneck parfumé au sirop d'érable plus intéressé par la chasse, la bière et les matchs de hockey que par la musique industrielle et Kafka. On comprend que sa mère (Tania Clarke) s'est éloignée par un avenir citadin plus confortable et qu'elle soit plus occupée par la mignonne petite fille qu'elle a engendrée avec un col blanc sans consistance.

On découvre par ailleurs que le principe de précaution prend de plus en plus le pas sur la réalité. Emprisonné sans avoir commis le moindre fait, Sean subit l'incompétence d'un avocat commis d'office et les remontrances d'un juge cacochyme qui veille « à la tranquillité de la communauté ».

On découvre enfin un système carcéral qui punit sans comprendre, qui éveille à la délinquance plus qu'à la réhabilitation.

Blackbird est le premier long-métrage du Canadien Jason Buxton, nous proposant pour le coup une mise en scène soignée et, reconnaissons-le, parfaitement maîtrisée. Annihilant les enjeux dramatiques par une première scène figurant la perquisition de la maison de Sean, Buxton préfère nous livrer le portrait tout en nuance d'un ado tourmenté qui, parce qu'il ne communique pas, se voit mis à l'écart par une communauté qui ne communique plus. Usant d'un réalisme à la Alan Clarke (on pense très souvent à Scum), il n'en oublie pas ses personnages leur offrant quelques magnifiques plans à la Truffaut. Rien de moins... Pour preuve, cette rencontre poignante entre Sean et sa mère, plus occupée par son portable que par la détresse de son gamin.

Buxton fait porter une lourde responsabilité à son acteur principal, Connor Jessup. Rôle d'une vie, il s'en sort avec les honneurs. A l'aise dans sa tenue morbide de gothique mal assumé, touchant dans sa tenue carcérale, Jessup emporte tout sur son passage. Sa petite copine, Deanna, est incarnée par Alexia Fast qui malheureusement peine à apporter une réelle épaisseur à son personnage.

Portrait subtil et nuancé d'une jeunesse bouffée par les angoisses parentales et enfermée devant skype comme seule liberté, Blackbird tape où la société vit mal. Et quand une magnifique mise en scène se met au diapason de ces sourdes préoccupations, on ne peut qu'applaudir à la quasi-perfection de ce premier film. Il vient de sortir en DVD et l'achat est indispensable. On eût aimé une édition en Blu-ray qui aurait rendu grâce aux magnifiques images de Stéphanie Biron, par ailleurs directrice photo attitrée de Xavier Dolan. On se rattrapera en découvrant les interviews relativement intéressantes des acteurs, présentes comme seuls bonus.

Durée : 01h42

Date de sortie FR : 12-06-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

mjfb
10 Février 2014 à 17h49

Tout à fait d'accord avec toi sur la qualité de ce premier film réussi.
La lente transformation de ce jeune homme confronté à l'absurdité du système juridique canadien et à l'aveuglement des adultes montre, de fort belle façon, que le passage à l'âge adulte est un accouchement douloureux où l'individu doit faire des choix pour exister en tant que personne capable de discerner ce qu'il veut faire de sa future vie. Très bonne critique du monde aseptisé contemporain où les personnalités des hommes se plient au conformisme de la normalité sociétale sous peine de rejet ou mise à l'écart.
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 11 Novembre 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
[186] articles publiés

Petite route du Nevada, inondée de soleil. Deux personnes au bord de la route. Contraste. Homme jeune, atti...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES