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Comtesse Dracula

Tel est pris qui croyait prendre

Depuis le milieu des années cinquante, la recette Hammer tient en quelques ingrédients: atmosphère victorienne, détails sadiques, couleurs flashy et actrices plantureuses. Ajoutez-y un réalisateur solide et inspiré (Terence Fisher), deux acteurs charismatiques (Peter Cushing et Christopher Lee): la légende Hammer films est née, le premier âge d’or de l’horreur estampillé Universal enterré. Mais dix ans plus tard, en 1968, quatre-vingt-quinze minutes transgressives venues d’Amérique révolutionnent le genre: La Nuit des morts-vivants ringardise à son tour la formule Hammer. La réponse de la légendaire compagnie britannique ne sera pas des plus efficaces: plus de gore, plus de fesse(s). Comtesse Dracula est un exemple de cette tentative de rafraîchir une formule faisandée alors qu’outre Atlantique, l’horreur ouvre une veine contemporaine, adulte, réaliste et que des chefs d’œuvres sont à venir.

C’est quoi ce film ?

À l’instar du méconnu Les Lèvres rouges d’Harry Kümel, Comtesse Dracula (1971) puise sa source dans l’histoire de la Comtesse Elisabeth Bathory, soit une noblione hongroise de la fin du 16ème siècle dont la légende prétend qu’elle prenait des bains de jouvence -littéralement- dans le sang frais de jeunes filles vierges.

À l’orée du 17ème siècle, l’Empire austro-hongrois est en guerre avec la Turquie. Dans une province reculée, le Comte Nadasdy décède, laissant derrière lui sa veuve: cette vieille peau aigrie de comtesse Nadasdy (Ingrid Pitt). Alors qu’elle devrait épouser son amant de longue date, le Comte Dobi (Nigel Green), la comtesse flashe sur le jeune premier Imres Toth (Sandor Eles). En plein délit de cruauté sur sa femme de chambre, la comtesse découvre que le sang de la fraîche jeune fille rajeunit son apparence. Avec la complicité de son amant, la comtesse saigne la malheureuse et rajeunit d’un seul coup. La poitrine toute remontée, elle se fait passer pour sa propre fille, Ilona, afin de séduire le jeune éphèbe.

Cahier de charges

Si vous ne savez pas quoi attendre, attention: un film Hammer sent souvent un peu le renfermé. Le petit produit vite fait tourné pour pas cher dans des bouts de décors abandonnés dans un coin des studios Pinewood, comptant au casting des acteurs de seconde zone aux costumes rapiécés avec un bout de rideau pendant au bow-window de la mamie d’en face. Mais parfois, le miracle s’accomplit. Le scénariste a fait son boulot, le réalisateur y met du sien, les acteurs s’amusent et cette addition de bonnes volontés donne d’excellents résultats (Le Cauchemar de Dracula, La Gorgone ou Le Chien des Baskerville, tous les trois signés Terence Fisher, sont par exemple des Hammer-films hautement recommandables). De son côté, Comtesse Dracula remplit le cahier de charges: vieux château, maquillages et postiches approximatifs, costumes qui puent la mite à vue d’œil, acteurs outranciers à souhait, décors recyclés tout au long du métrage (les mêmes couloirs, mêmes escaliers, mêmes chambres et panneaux de décor réutilisés ad nauseam). Mais hélas ! À l’image de sa réalisation fonctionnelle et de son rythme sous perfusion, Comtesse Dracula ne fait pas grand-chose pour s’élever au-dessus de sa condition et  un petit produit sans âme.

Toujours plus ?

Hammer-production du début des années soixante-dix, s’inscrivant dans la volonté suscitée de montrer plus de sang et de chair à l’amateur, Comtesse Dracula déçoit très largement sur ces points. Si on a droit à quelques scènes de danses du ventre et que la vedette Ingrid Pitt dévoile l’essentiel de ses charmes après seulement treize minutes de métrage, le film demeure bien trop sage, particulièrement en matière de gore. Au-delà de quelques gouttes de sang versé, le réalisateur Peter Sasdy mise principalement sur des effets de maquillage ratés pour flanquer la frousse à son audience. Pour filmer la crise d’hystérie d’une comtesse redevenue frippée, enfermée dans sa chambre façon cellule capitonnée, le réalisateur déploie enfin quelques idées, convoquant l’un ou l’autre effet de lumière ou de cadrage. Mais cette séquence de hurlements est bien trop dépourvue d’enjeux dramatiques pour faire vibrer autre chose que les tympans d’un spectateur plongé dans un état catatonique depuis de nombreuses minutes.

Paresseux et sans saveur

Finalement c’est bien l’ennui qui s’avère mortel dans Comtesse Dracula. Le film se subit sans surprises ni enjeux dans un cycle terriblement répétitif (Comtesse vieille/meurtre/comtesse jeune/comtesse vieille….). La faute à un scénario qui ne se donne pas la peine de creuser les quelques troubles sillons qu'il met à jour et une mise en scène de fonctionnaire peu zélé. Pourtant la nymphomanie de la comtesse ou le masochisme de son vieil amant (personnage le plus intéressant servi de plus par un acteur valable) auraient suffi à relever le plat fadasse servi ici par une compagnie britannique définitivement sur le déclin.

 Vous pouvez retrouvez ici les critiques du Cirque des vampires, de La fille de Jack l'éventreur et des Sévices de Dracula  également édités par Elephant Films dans sa collection Hammer Films.

Réalisateur : Peter Sasdy

Acteurs : Ingrid Pitt, Nigel Green, Sandor Eles

Durée : 1h33

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 21 Août 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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