Sorties DVD et Blu-ray
Deranged

 

Toujours, Deranged souffrira de la comparaison avec Massacre à la Tronçonneuse. Sa réédition, sous la bannière Arrow Video, lui confère pourtant un lustre agréable, que le DVD français, brouillon et sombre, ne tutoyait jamais.

Comme le joyau saucissonnant de Tobe Hopper, Deranged s'inspire des méfaits du boucher de Plainfield, modeste bourgade du Wisconsin. Ed Gein y mène une vie âpre et brutale, en compagnie de sa mère aimante. Lorsque celle-ci décède, Ed, un peu débile et inconsolable, ne trouve rien de plus malin que de déterrer quelques corps dans le cimetière local et d'orner ses lampes d'abats-jours cutanés du plus bel effet. Il confectionne également des gants, des draps et des rideaux à partir de ses trouvailles. Histoire de prolonger la fête, il assassine deux femmes, dont on retrouve les têtes dans des sacs en plastique. Tout cela est illégal. Ed ne le savait pas. Direction donc l'hôpital psychiatrique pour un enfermement à vie bien légitime.

Ed passe à la postérité. Icône pop, mythe urbain, Ed inspire romans de gare, groupes de rock et cinéastes déviants. Robert Bloch et Alfred Hitchcock lui donnent un motel. Tobe Hopper l'affuble d'une tronçonneuse. Jonathan Demme lui offre un cerveau dans Le Silence des Agneaux.

Seul Deranged s'impose un semblant de réalité historique. Il en fait même un argument. Durant le premier plan, un journaliste (Leslie Carlson, qu'on verra plus tard dans Videodrome) nous baigne dans un bain de réalisme : « Vous allez assister aux agissements d'un monstre ». Tout cela est par ailleurs confirmé par un panneau racoleur. Fi de journalisme, il s'agit d'un M Loyal, comme dans le prologue du Frankenstein de 1931. C'est au cirque qu'il convie le spectateur. Réalisme factuel certes mais grand-guignol formel. Mis en boîte par le triumvirat Bob Black Christmas ClarkAlan OrmsbyJeff Gillen, Deranged multiplie les scènes grotesques, visqueuses et sanguinolentes. Tel ce dernier râle maternel, filmé à l'épaule, surjoué par Cosette Lee. Même vivantes d'ailleurs, les femmes sont peu à leur avantage. Elles sont au choix idiotes, délurées ou érotomanes (palme burlesque à Marian Waldman pour une séance de spiritisme détonante). L'occasion pour notre trio aux manettes d'emballer des scènes aux couleurs agressives, au montage hachuré durant lesquelles se succèdent plans en caméra subjective, longs plans fixes et gros plans peu flatteurs.

Dans le film, Ed Gein s'appelle Ezra Cobb. Et c'est Roberts Blossom qui se charge de lui redonner vie. Sa prestation est fascinante. Lunatique, étonnamment serein, Ezra semble organiser ses méfaits avec une réelle placidité, posant ainsi la question de son irresponsabilité pénale (eh oui, même dans Deranged, il y a un message...). Les personnages idiots qui l'entourent ne voient rien venir. Vocabulaire laconique, communication à base d'interjections, Blossom incarne à merveille cette débilité désintéressée et vulgaire, mais finalement inoffensive... Ezra joue à fond l'idiot du village pour mieux endormir les soupçons et rester fidèle au cadavre maternel. Pour preuve, cette scène absurde et drôle où, Ezra, en nécrophile averti, se fait lire la rubrique nécrologique du journal local par un voisin naïf...

Contemporain du Massacre à la Tronçonneuse, Deranged s'en approche lors de la scène du repas familial. Après avoir embarqué la serveuse du tripot local (la jolie Micki Moore), Ezra organise un joli festin auquel participe, contre son gré, la jeune fille. Scène abjecte et drôle qui n'a rien à envier aux délires charcutiers de Tobe Hopper et auquel le jeune Tom Savini apporte tout son talent pour le latex, les effets caoutchouteux et le sang de couleur vive.

Soyons honnêtes, Deranged n'est qu'un bon petit drive-in movie auquel la patine du temps offre une charme de bon aloi. Les défauts sont nombreux et on regrettera une narration mal maîtrisée, laissant s'éterniser des scènes parfois lassantes. Seul le personnage d'Ezra Comb est (un peu) fouillé. Les autres, interchangeables et excessifs, sont de la simple chair à canon. Fonction que les acteurs exercent avec professionnalisme.

Par contre, on ne pourrait, même avec tout le cynisme qu'on nous connaît, détecter le moindre défaut dans la réédition pondue par Arrow Video. Présenté dans son format orginal 1:85:1, le transfert Blu-ray redonne vie aux couleurs brutales des scènes d'intérieur ainsi qu'aux obscurités des scènes en extérieur. Le grain est préservé dans un total esprit grindhouse. La bande son (Mono LPCM s'il vous plaît) est parfait, évite la saturation et amplifie les lancinants sons d'orgue. La comparaison avec la modeste édition DVD Mad Movies est sans appel. A ce tableau flatteur, se rajoutent des bonus intéressants (entre autres interviews revenant sur l'héritage artistique d'Ed Gein), une introduction de Tom Savini (qui, avec le temps, ressemble de plus en plus à ses créatures) et un livret de 40 pages. Packaging de rêve qui vaut bien de rajouter une étoile bien méritée à une note somme toute assez moyenne...  

Durée : 01h22

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 15 Septembre 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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