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English Revolution

Le cinéaste britannique Ben Wheatley est peu à peu en train de devenir un cinéaste culte. En à peine 2 ans et trois films il a acquis une certaine réputation d’auteur underground. Il y a d’abord eu Kill List, thriller cryptique et ésotérique. Ensuite ce fut au tour de Touristes, comédie très noire un brin absurde et aujourd’hui c’est English Revolution, beaucoup plus difficile à mettre dans une case, sorte de film historique délirant. On retrouve à travers ces trois films un mélange assez fascinant entre un certain sérieux dans le traitement de ses sujets contrebalancé par le sentiment d’une absurdité permanente. D’un cinéma presque construit en mode random (cf, la fin de Kill List par exemple). Comme si Ben Wheatley sabordait sciemment ses propres films pour les faire sortir violemment des rails. Cela donne des œuvres assez uniques et foncièrement originales dans le ton mais en même temps on ne peut se départir d’un sentiment constant de désinvolture difficile à cerner et un brin énervant.

English Revolution vient en tout cas définitivement enfoncer le clou. Lors de la révolution anglaise, quatre soldats, fatigués de la bataille, désertent et s’égarent dans un champ à la recherche d’une taverne qui ne cesse de se dérober à leurs yeux. Rapidement, des champignons hallucinogènes vont faire leur apparition, ainsi qu’une obscure chasse au trésor. Alors dit comme ça, cela ressemble à une comédie champêtre bon enfant et non-sensique à la Monty Python. Mais ce n’est pas ça ou du moins pas uniquement ça. On pourrait tenter de rattacher le film à certains réalisateurs, parler d’Albert Serra meets Jodorowsky meets The Monty Python mais ça ne donnerait malgré tout pas une idée juste de ce qu’est English Revolution. Il n’appartient finalement qu’à lui-même dans cette folie généralisée qui est la sienne. 

Visuellement superbe (magnifique noir & blanc et cinémascope), Ben Wheatley va composer un chapelet de séquences incongrues et pas toujours très claires du point de vue narratif. Cependant il ne cesse de tenter des choses, proposant ici un ralenti extrême et emphatique, là une scène d’hallucinations à base d’images stroboscopiques et symétriques, là encore des arrêts sur image picturaux (rappelant l’Hypothèse du Tableau Volé de Raoul Ruiz). Mais cela n’empêche pas les dialogues plus terre à terre entre ses personnages. Le résultat est donc une œuvre totalement hybride entre hyperréalisme et maniérisme plastique poussé à son extrémité (jusqu’à l’expérimental même). Avec toujours cet humour grossier et parfois sans relation avec le reste du film (avec des pénis et des histoires de constipation). Wheatley raconte malgré tout quelque chose, il y comme une petite tragédie théâtrale qui se met en place entre les personnages dont le personnage principal, savant un peu naïf, utilisé par ses maîtres comme un chien et qui s'affranchit brutalement.

Difficile du coup d’y voir autre chose qu’un exercice de style, un petit laboratoire d’expérimentations qui manque peut-être de cohérence générale. Cependant on ne va pas bouder notre plaisir devant ce film relativement drôle, très soigné esthétiquement (très gros travail sur le son notamment) mais surtout furieusement original. Sans aucun doute le meilleur film de Ben Wheatley.

Le film est disponible en VOD chez Wild Side.

Durée : 1h31

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 16 Septembre 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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