Sorties DVD et Blu-ray
Johnny 316

Sorti directement en DVD le 4 décembre, l’inédit Johnny 316 d'Erick Ifergan (réalisateur français émigré à Hollywood connu dans le monde de la pub et des clips) fait partie de ces films aux accouchements difficiles. Présenté en 1998 au New York Underground Film Festival, il ne sera définitivement monté qu’en 2012, certaines scènes ayant été retournées en 2006. Porté par le couple Vincent Gallo et Nina Brosh, le film s’intéresse avec style aux oubliés du rêve américain et notamment à ceux qui s’isolent dans la religion. Assurément l’un des ovnis cinématographiques de l’année.

Le générique démarre sur un Vincent Gallo volant au-dessus d’Hollywood Boulevard. Prêcheur du quotidien haranguant les passants de ce trottoir aux étoiles, Johnny (Vincent Gallo), vêtu de blanc, cherche à les convaincre d’écouter la parole de Dieu. Non loin de là, à quelques encablures, Sally (la magnifique Nina Brosh) qui s’occupe de sa mère handicapée acariâtre avant de péter un câble dans son salon de coiffure finit par errer dans les rues et d’échapper de justesse aux avances d’un tenancier de sex-shop qui aimerait l’enrôler dans son bouge. Dans ce coin de la planète, les prêcheurs côtoient les macs et les jeunes femmes paumées s’égarent souvent dans des impasses malfamées, faut dire que les églises jouxtent les sex-shops sur ce boulevard de l'égo.

Usant de cadres ultra symboliques et copieusement illuminée, Erick Ifergan réinterprète le mythe de Salomé dans une Los Angeles incarnée. Tout autour de Johnny et Sally, des visages singuliers (des gueules) opèrent comme autant de narrateurs d’une histoire millénaire où Sally va tomber amoureuse de ce prêcheur qui dit l’aimer à l’instar de Dieu. Sally le suit alors dans les rues, jusqu’à sa chambre d’hôtel minable, et cherche désespérément à le séduire, à embrasser ses lèvres comme Rita Hayworth dans le film de William Dieterle (Salomé). Nourrie par le pouvoir de l’image et sa répétition, Sally s’abandonne au prêcheur mais celui-ci n’aimant que Dieu et lui-même la repousse. Ce qui provoquera la vengeance de Sally.

A sa critique d’une société qui abandonne ses ouailles à un prêchi-prêcha de substitution, Ifergan superpose la tentation de l’homme de foi, quelques tableaux immobiles suggestifs traduisent les pulsions refoulées de Johnny, interprété comme il se doit avec le regard fou de Gallo, immuable frappé dingue. Le contraste entre ces séquences et les plans auréolés de lumière sont saisissants. Même s’il est d’inspiration très symbolique et que son interprétation est assez terre à terre, le film délivre une atmosphère proche du documentaire. Tous les intervenants semblent appartenir à ce lieu et compléter la chaîne brisée de l’errance sociale, anciens combattants estropiés, macs, prostituées, tenanciers de bars et gérants d’hôtels miteux se succèdent à l’écran pour paraphraser le mythe actualisé.

Le chef opérateur Darius Khondji (La cité des enfants perdus, Seven, My Blueberry Nights, Amour) travaille la matière brute de l’image pour créer un trip mystico-réaliste dont la confrontation accouche d’une œuvre particulièrement inspirée.

Le DVD comporte en outre des bonus comme l'interview du réalisateur, un court métrage "Présence Divine" et quelques galeries photos. Ifergan développe en ce moment un nouveau projet de long métrage dans la même veine que Johnny 316 où il sera encore question des paumés du rêve américain.

Durée : 1h27

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 10 Décembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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