Sorties DVD et Blu-ray
L'Etrangleur de Boston

 

 

Dans son quartier du vieux Québec, les rues ont l´air d´avoir l´accent. Et l´an deux mille voisine avec les maisons grises du vieux temps. Parmi elles, quelques bouquinistes plus qu’accueillants. Au détour d'une pile de vieux livres de poche dégradés, je tombe sur L'Etrangleur de Boston. Coup de chance, le livre, paru à la fin des années 60, n'a pas été réédité depuis des lustres. Coup de hasard, L'Etrangleur de Boston, le film, inspiré du livre, vient d'être réédité en DVD et Blu-ray, en même temps que Les Inconnus dans la Ville, par Carlotta. Pour quelques dollars, j'acquiers l'objet et, sous un joli soleil tempéré, au bord du Saint-Laurent, je me lance dans la lecture de cette somme de plus de 600 pages. Je fais alors serment aux mouettes qui m'espionnent de ne regarder le film qu'après avoir digéré cette somme considérable de faits, de noms, de procédures judiciaires et d'expertises psychiatriques.

Le livre de Gerold Frank est passionnant. Il accumule les faits et les détails d'une affaire qui occupa l'esprit et angoissa les Bostoniens entre 1962 et 1964. Treize femmes sont retrouvées mortes et violées à leur domicile. Frank nous embarque dans les méandres d'une enquête policière intense et nous décrit les conflits entre les instances judiciaire et politique. Il nous trace enfin le portrait du responsable présumé de ce carnage, Albert DeSalvo. Pervers, schizoïde, mais méticuleux et affable, le tueur en série a damé le pion à la police pendant plusieurs années et ne dut son arrestation qu'au hasard. DeSalvo est un objet d'étude pour les psychiatres du Massachusetts. Fils d'un père autoritaire et violent, proche de sa mère, DeSalvo passe sa jeunesse à voler, à détrousser les petits vieux et trousser les filles de son âge. Hypersexuel précoce, jamais satisfait, Albert s'enfonce dans la violence et l'illégalité pour assouvir ses fantasmes. Pendant plusieurs années, il arpente les rues de Boston et les appartements isolés à la recherche de proies à approcher, à séduire, à toucher. Quand ça ne suffit plus, il passe à l'agression, au viol et au crime.

Devant cette histoire imposante et ce document dantesque, Fleischer doit faire des choix. Il laisse de côté des pans entiers de l'histoire et resserre son propos autour de trois thèmes : l'enquête, les meurtres et DeSalvo. Il impose et innove pour captiver le public. Première idée : le split-screen. Popularisé et abondamment utilisé par De Palma, l'écran démultiplié suscite l'attention et la tension croissante des spectateurs. Le procédé, dénué de toute ambiance sonore et de musique, met en scène les meurtres perpétrés par DeSalvo. Premier bon point pour Fleischer : ça fonctionne plutôt bien. L'enquête, foisonnante dans l'ouvrage de Frank, s'isole, dans le film, autour de deux flics, à la forte personnalité : Phil DiNatale (George Kennedy) et John Bottomly (Henry Fonda). Sans grande originalité, Fleischer nous sert une enquête plan-plan, faite de coups de gueule, de remise en question mais peine à susciter une vraie identification et, reconnaissons-le, de l'intérêt.

L'Etrangleur de Boston est avant tout, et c'est ce que l'Histoire retiendra, une performance de Tony Curtis. Déjà présent sur Les Vikings du même Fleischer, Curtis aurait fait des pieds et des mains pour participer au projet. Et on lui offre un espace à sa mesure ! Absent des 60 premières minutes, il occupe l'écran durant les 45 minutes restantes. Excellente prestation de la part d'un acteur plus connu à l'époque pour sa légèreté (Certains l'Aiment Chaud). Nez postiche, accent méditerranéen, il campe un tueur fou très lointain de la réalité décrite dans l'ouvrage de Frank. Selon Richard Fleischer et Edward Anhalt (le scénariste), DeSalvo est un schizophrène qui perpétra ses meurtres dans un état second. Double personnalité, schizophrénie de foire, L'Etrangleur de Boston convoque plutôt Norman Bates dans Psychose que Humbert Humbert dans Lolita.

Etrange liberté prise avec la réalité, le film suscite une relative incompréhension et un léger malaise tant il tend à expliquer et à justifier les actes d'un pervers meurtrier. A trop susciter une empathie envers le tueur en série, le film rate allègrement sa cible. On aurait aimé voir le traitement d'un sujet tellement fort par le même Fleischer s'il n'avait pas fait le choix d'une prestation d'acteur à Oscar plutôt que de favoriser la réalité des faits.

Film bancal, haché et à la narration hasardeuse, L'Etrangleur de Boston n'en reste pas moins une réussite cinématographique. Faisant le choix du document brut, à peine relevé par quelques artifices visant la dramatisation (audacieux et précoce split-screen!), le film de Fleischer influença Friedkin (The French Connection) et même Siegel (Tuez Charley Varrick). Une rareté enfin disponible donc chez Carlotta, techniquement parfaite et relevée par une interview trop élogieuse pour être honnête de Friedkin et un documentaire explicatif et passionnant sur le tournage.

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Durée : 01h55

Date de sortie FR : 30-10-1968
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Daniel Rezzo
04 Août 2013 à 01h23

De ce qu'on sait de DeSalvo, il s'agit d'un agresseur sexuel, affublé de pas mal de perversions. C'est la présence de ces perversions, non suffisamment contrôlés par des fantasmes, qui l'ont mené au crime. Humbert Humbert est de la même trempe. Un pervers sexuel qui se contrôle heureusement mieux que DeSalvo mais qui passe de temps en temps a l'acte. Pour une analyse plus fouillée:
http://www.lepasseurcritique.com/dossier-itw/portrait-de-personnage-:-humbert-humbert-dans-lolita.html

Merci de ta question

marielle Issartel
03 Août 2013 à 20h55

Bonjour Monsieur

Je n'ai pas saisi l'allusion à Humbert Humber dans Lolita ?
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Critique mise en ligne le 03 Août 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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