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L'Obsédé

L'Obsédé (titre original The Collector) est l'un des derniers films de William Wyler, un des grands de Hollywood. En 1959, il réalise Ben-Hur, ses onze oscars, ses centaines de chameaux, ses milliers de chevaux, ses dizaines de milliers de figurants et ses millions de dollars. Il sauve la MGM du désastre.

Les studios déclinent durant les années 60. Les artisans du vieil Hollywood se voient bombardés auteurs et, pour beaucoup, la disparition des producteurs omnipotents les laisse orphelins, seuls face à leurs seules compétences artistiques. Certains s'en sortent bien. Pour d'autres, le tournant est plus périlleux. A la vision de L'Obsédé, on se prend à classer Wyler dans la deuxième catégorie. Superstar de l'adaptation sur grand écran d'oeuvres littéraires souvent arides, le réalisateur déjà sexagénaire tente la même expérience, sur un mode intimiste, avec le roman éponyme de John Fowles.

Soit l'histoire de Frederick Clegg (Terence Stamp), jeune employé de banque, inapte social et tristement seul. Il gagne une somme importante dans des paris sportifs et s'en va acheter une demeure isolée dans la campagne anglaise. Il occupe son temps à chasser et collectionner les papillons. Mais son esprit est surtout tourmenté par Miranda Grey (Samantha Eggar), une jeune et jolie étudiante en arts qu'il croise depuis son enfance.

Les premières minutes nous font suivre Freddie, lui même aux basques de Miranda. La belle se promène dans le swinging London, rencontre ses amis et attire les regards. Au détour d'une rue peu achalandée, Freddie sort sa bouteille de chloroforme et endort sa proie. Le film démarre réellement quand Miranda se réveille dans une chambre aménagée dans les caves de la demeure cossue de son ravisseur.

Dans leur travail d'adaptation, les scénaristes John Kohn et Stanley Mann gomment les seconds rôles en resserrant l'intrigue sur les deux personnages. Le roman d'origine est construit de telle manière que l'on passe du point de vue de Freddie à celui de Miranda. Wyler efface ce qui en fait le sel et, c'est un réel défaut, nous offre une intrigue qui devient aseptisée. Rarement, on rentre dans la psyché du bourreau ou de sa victime. L'Obsédé fait plutôt la part belle aux joutes oratoires des protagonistes sans brusquer le spectateur, par ailleurs mis à distance par une musique omniprésente mais anonyme.

Les tunnels de dialogue restent néanmoins subtils et les caractères de l'un (quête inassouvie de tendresse et de contacts humains) et de l'autre (confiance en elle et en son éducation) bénéficient d'une ampleur de mise en scène parfaitement maîtrisée. Quelques climax viennent d'ailleurs jalonner le métrage, évitant l'ennui.

Terence Stamp, deux ans après Billy Budd, est parfait dans son rôle de calculateur froid mais inadapté. Figure assez juste du psychopathe, loin des clichés assassins et sanguinaires, Freddie a un rapport complexe à la nature humaine, la recherchant mais ne la comprenant pas. Wyler se contente de nous le présenter, nous préservant de ses penchants pervers. C'est un gentleman. Psychopathe certes... Mais gentleman. Wyler a un train de retard. On est pourtant cinq ans après Le Voyeur et Psychose, qui posèrent les bases du thriller horrifique et contemporain de Répulsion. Mais quelle monde de différences ! En 1965, le spectateur apprend à être maltraité. Dans L'Obsédé, le vieux réalisateur nous offre une thématique qui sent le soufre mais, comme s'il s'en doutait, nous prodigue confort et distance.

Miranda, elle, est le produit de son temps. La jeune Samantha Eggar, qu'on verra 12 ans après dans le sublime Chromosome 3 de Cronenberg, est magnifique de justesse et de beauté dans ce rôle de jeune fille, un peu superficielle mais hyperadaptée, capable de défendre L'Attrape-Coeurs de JD Salinger avec ferveur mais tellement stéréotypée... Freddie s'en rendra compte. Mais qui est défaillant ici ? Le film est ici particulièrement juste.

Finalement, L'Obsédé est un résidu du grand Hollywood, échoué en pleine décennie de remise à plat artistique et idéologique. Trop daté, mais magnifiquement mis en scène, le film peine à captiver... Académisme, qui a dit académisme ?

Très jolie copie que celle proposée par Wild Side. Mono cristallin et, en bonus, interview passionnante de Terence Stamp.  

Réalisateur : William Wyler

Acteurs : Terence Stamp, Samantha Eggar

Durée : 01h59

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 01 Juin 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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