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La dernière maison sur la plage

Pour ses dix ans, l'éditeur Artus Films nous promet une année bis de toute beauté. Première galette prévue le 2 février prochain : La Dernière Maison sur la Plage (titre original : La Settima Donna), sorti en 1978.

En 1972, sort une petite bombe déviante. La Dernière Maison sur la Gauche nous raconte les mésaventures d'une bande de trouducs, menés par le désormais culte Krug (le regretté et explosif David Hess). D'abord agresseurs de jeunes filles, ils deviennent les victimes des parents de ces dernières. Craven n'est pas un grand cinéaste mais il crée des concepts. Avec La Dernière Maison..., il invente le rape and revenge. Soit un horror movie basique, des viols crapuleux et une revanche bien méritée pour les tortionnaires. Tout y est : violence gratuite, du sexe et une loi du Talion. De quoi effaroucher les bien-pensants et les ligues de vertu. Mais surtout de quoi attirer dans les salles de quartier le chaland en quête de sensations fortes. A succès déviant, réaction transalpine qui va nourrir un modeste filon d'avatars de la péloche de Craven. La Maison au Fond du Parc de Ruggero Deodato (1980), toujours avec David Hess, est le plus réussi de cette franchise sauvage, largement supérieur à l'original d'ailleurs.

Mais notre Dernière Maison sur la Plage vaut néanmoins le détour. Derrière la caméra, Franco Prosperi filme trois braqueurs de banque qui, dans leur fuite, débarquent dans une belle maison bourgeoise avec vue imprenable sur la Méditerranée. Dans le salon, des jeunes filles répètent Le Songe d'une Nuit d'Eté de Shakespeare. Choc de culture, de genre... Tout y est pour un home invasion malsain et suintant la testostérone. Trois psychopathes vs. quatre vierges effarouchées. Circonstance aggravante, les actrices en herbe sont menées par Christine (Florinda Bolkan), bonne soeur de son état. De quoi raviver la sève perverse et le discours anti-religieux des bambins.

Et les gaillards usent et abusent de leurs pulsions. Certes hors-champs, les scènes de viol sont les points d'orgue du métrage. Franco Prosperi, honnête faiseur du cinoche populaire italien, en rajoute dans le théâtralisme : ralentis, gros plans sur les faciès, musique assourdissante. Prise de distance salutaire mais qui, à force d'excès, rend l'ensemble plus tartiniolesque que malsain... Entre ces climax, les méchants débitent des vérités au sous-texte vaguement politique et anarchiste et les répètent à l'envi. Les filles ont la trouille, gueulent et ont les yeux ronds. Trop répétitif, le film se perd quelque peu. Même la partie revenge est expédiée, comme si Prosperi ne sentait plus son bébé.

Sans vouloir accabler le bonhomme, on ne sauvera pas la direction d'acteurs. A côté de ses acolytes à peine esquissés, le chef de la bande est incarné par Ray Lovelock, bellâtre sans scrupule mais surtout sans charisme. On est loin de la figure simiesque et outrageuse de David Hess. Rayon féminin, Florinda Bolkan joue une bonne soeur à la mine grave... Elle la gardera tout au long du film. On en attendait plus de celle qui parcoura deux chefs-d'oeuvre de Lucio Fulci (Le Venin de la Peur et La Longue Nuit de l'Exorcisme).

Bref, on reste sur sa faim devant une réalisation plus alimentaire qu'autre chose. Mineure dans sa mise en scène, à peine rattrapée par quelques trouvailles, La Dernière Maison sur la Plage se regardera comme une curiosité bis somme toute assez quelconque.

Artus se rattrape par un bonus passionnant. Car c'est à nouveau à David Didelot, par ailleurs rédac chef de Vidéotopsie, qu'on a fait appel pour nous évoquer le rape and revenge à l'italienne. Le Jean-Baptiste Thoret du bis nous explique, pendant près d'une heure, le genèse et la postérité de ce sous-genre et nous livre des anecdotes incroyables. Comme cette trouvaille de distributeurs de américains qui n'hésitèrent pas à retitrer la splendide Baie Sanglante de Mario Bava en La Dernière Maison sur la Gauche 2, alors qu'elle était sortie deux ans plus tôt. Exemple supplémentaire du lien incestueux entre création artistique et business. On rajoutera que les années 70 furent en Italie la décennie de la remise en question de l'Etat, de la démocratie chrétienne et des corps intermédiaires. Certains prirent les armes, d'autres firent des films. Sans atteindre les fulgurances de Massimo Dallamano (La Lame Infernale), la présente bobine creuse le sillon d'une colère sociale. Métaphore révolutionnaire appuyée et maladroite, le rape and revenge trouva en Italie de quoi assouvir les pulsions idéologiques d'une partie importante de la population, entre remise en question des élites et de la Justice à laquelle on substituerait la vengeance.

Durée : 01h26

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 28 Décembre 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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