Sorties DVD et Blu-ray
La Grâce

Dans son précédent film, Le Libre Arbitre, le réalisateur allemand Matthias Glasner évoquait avec âpreté les thèmes de la rédemption et du pardon chez un agresseur sexuel tout juste sorti de prison. Sujet casse-gueule mais traité avec une telle justesse qu'il laissa à tous les spectateurs une impression de vérité troublante, de malaise lancinant. De La Grâce, c'est à peu près la même chose, rajoutant à ce souffle sensitif un vent d'agréable mélancolie. Car de cette histoire, somme toute assez banale mais tellement universelle, d'un couple en crise qui tente de se reconstruire après un drame, c'est toute l'intensité d'un mélodrame qui est à l'oeuvre.

Le talent de Glasner fait beaucoup car il joue sans cesse la carte de l'intime dans le décor grandiose et glacé du nord de la Norvège. Jouant constamment sur cette dichotomie, entre intrusion dans les problèmes d'une famille et universalité tant du propos que de la beauté du cadre, le metteur en scène mobilise le spectateur jusqu'au bout.

On ne dira rien du drame en tant que tel. Il évacuerait une première demi-heure magistrale qui nous fait découvrir Niels (Jürgen Vogel) et Maria (Birgit Minichmayr), couple comme tant d'autres, qui cherchent dans ce déménagement dans le Nord norvégien une occasion de se retrouver. Froid, sombre et hivernal, le décor sert en quelque sorte de contrepoint à une description sensible mais surtout intelligente et subtile de deux êtres qui, au bout du monde, sont au bout de leur couple. Car Niels ne partage plus sa vie. Car Maria, infirmière en soins palliatifs, en a marre des conflits familiaux. On ne se parle plus, on regarde la télé et on attend que le soleil revienne tandis que leur garçon, Markus (Henry Stange), capte l'ambiance atone au travers de son iphone. Derrière sa caméra, Glasner agrippe les regards évocateurs, les mots inutiles, la tristesse d'une vie à trois où chacun ne vit plus...

Quand le drame survient, l'équilibre précaire s'effondre. Le thriller se mêle au mélodrame. Le cadre s'élargit. On quitte la petite demeure familiale. On découvre une communauté villageoise dévorée d'une colère contenue mais d'une tristesse exposée. Car Niels et Maria, intrus dans la région, importent aussi le drame.

Certes, tout ceci n'est jamais drôle. On se tape rarement sur les cuisses mais c'est toujours captivant et passionnant. Le scénario de Kim Fupz Aakeson est solide même s'il aurait gagné à se resserrer sur les enjeux fondamentaux plutôt qu'à évoquer la grossesse de la collègue de Maria ou les soucis scolaires de Markus. Erreur pardonnée évidemment tant la fluidité du récit impose le respect. Tour à tour scrutant Niels à l'usine, Maria à l'hôpital et Markus à l'école, la mise en scène multiplie les points de vue et ajoute à la subtilité du propos.

Enrobée d'une photographie qui doit beaucoup aux paysages superbes de la région, usant d'une direction d'acteurs exceptionnelle, La Grâce porte bien son nom. Seule petite déception, les décors auraient bénéficié d'un transfert HD que le modeste support DVD peine à magnifier. Deux ans après Oslo 31 Août, la Norvège tient ici une nouvelle perle sensible, triste mais revigorante.

Durée : 02h12

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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