Sorties DVD et Blu-ray
La Grande escalade

C’est quoi ce film ?

Avec La Grande escalade, l’éditeur Elephant films poursuit son exhumation du cinéma anglais oublié. La sortie en DVD de cette comédie précoce dans la carrière de l’auteur de Le Troisième homme (1949) est conjointe à celles de trois autres œuvres signées Sir Carol Reed: Week-end (1938), L’Héroïque parade (1944) et le chef d’œuvre Huit heures de sursis (1947).

Le pitch

Dans le Londres de l’entre-deux guerres, Diana Castles (Jessie Matthews) mène une vie de bohème en compagnie de sa sœur sculpteuse et de son papa marxiste. Alors qu’elle cherche du travail, Diana est renversée par la voiture conduite par Nicky Brooke (Michael Redgrave), un sportif richissime. Bien qu’engagé auprès d’une bourgeoise manipulatrice, Nicky Brooke s’éprend de la fraîche Diana. Le titre s’explique dans la dernière bobine, où tout ce petit monde résout ses conflits lors d’une dangereuse randonnée dans les Alpes suisses.

Screwball Comedy

Principale curiosité de La Grande escalade : le réalisateur connu pour ses polars aux éclairages expressionnistes s’essaie ici à une honorable screwball comedy à l’anglaise, en plein âge d’or du genre (1938 est l’année de L’Impossible Monsieur Bébé d’Howard Hawks et l’hilarant Cette sacrée vérité ! de Léo Mc Carey date de l’année précédente). Lien évident, le scénariste Lesser Samuels a été formé à Hollywood, collaborant notamment avec Billy Wilder. Le scribouillard tente donc d’imposer au film de Carol Reed cette cadence infernale typique des chefs d’œuvres de la comédie américaine. La Grande escalade compile d’autres traits majeurs du genre : l’héroïne forte et indépendante (irritante Jessie Matthews dans sa seule comédie non-musicale) ou encore les jeux de classes sociales (les pauvres y sont aussi vertueux que les riches retors). Réalisé une dizaine d’années après l’avènement du cinéma sonore, La Grande escalade fait aussi vibrer la corde du burlesque au cours d’une dantesque séquence d’ouragan, avec personnages emplâtrés, amidonnés ou entartés.

Lenine, I have betrayed you !

L’autre ingrédient qui fait toute la saveur de la comédie de Carol Reed, c’est son ton enjoué, résolument d’avant-guerre, réminiscence d’une époque où le sens même du mot «cynisme» semblait inconnu. Presque quatre-vingt ans d’Histoire après la production de La Grande escalade, le traitement du père communiste interprété avec bonheur par Alastair Sim, engagé malgré lui dans l’antichambre de l’enfer capitaliste (une agence de publicité) gagne aujourd’hui un charme aussi involontaire que délicieux. Enfin, le film véhicule d’inattendues valeurs féministes, tant l’héroïne est frondeuse, libre autant de ses actions que de son corps. Au détour d’un plan, Carol Reed va même jusqu’à suggérer que le couple a consommé son union avant même d’être uni par les liens du mariage, et ce avec le consentement de la famille d’artistes gauchistes !

Mais malgré tout…

Cette œuvre de jeunesse du grand Carol Reed fonctionne avant tout comme une succession d’épisodes comiques, reliés entre eux par une trame amoureuse pas franchement passionnante. Mineur et oubliable, La Grande escalade touche grâce à son ravissant parfum suranné.

Durée : 1h18

Date de sortie FR : 05-11-1980
Date de sortie BE : 05-11-1980
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Critique mise en ligne le 29 Novembre 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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