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La lame infernale

Au départ, le rédacteur bisseux que je suis ne peut qu'être attiré pour cette nouvelle maison hexagonale The Ecstasy of Films et sa première sortie La Polizia Chiede Aiuto (titre original), sorti en Italie en 1974. Un logo très 70's, un désintéressement évident, un amour du giallo... Tout pour me plaire... Les choses commencent bien. L'objet est joli. Une jaquette réversible nous plonge dans une nostalgie des affiches gentiment violentes qui ornaient nos cinémas de quartier. Et cadeaux bonux: une petite affiche du film et un livret bien informé. Mais on ne juge pas un vin à son étiquette. Passons au programme principal.

La lame infernale sort en 1974, en plein âge d'or du giallo et Dallamano, le réal, est loin d'être un inconnu. Chef-opérateur reconnu, il traîne ses guêtres dans le cinéma populaire depuis une vingtaine d'années. En tant que metteur en scène, il a pondu une dizaine de longs-métrages dont sa bobine la plus connue Mais... Qu'avez-vous fait à Solange ? (1972), giallo malsain et éthéré, suspect d'éphébophilie, mais en tous points admirable. Dallamano fait partie de cette génération d'esthètes du cinéma populaire (Argento, Bava), honni par les élites de l'époque mais sanctifié maintenant par les cinémathèques du monde entier. Dallamano divertit le public, mais en charriant des thèmes lourds, comme la corruption au sein de la police. Nous sommes en Italie dans les 70's. Les années de plomb voient s'affronter la vieille Démocratie chrétienne et les Brigades Rouges. L'Etat est remis en question, le bon peuple se pose des questions. Dallamano enfonce le clou dans La lame infernale.

A Turin, une jeune fille est retrouvée pendue, dans un grenier anonyme. C'est le point de départ d'une enquête difficile pour l'inspecteur Silvestri (Claudio Cassinelli, beau et excellent) et la juge d'instruction Vittoria Stori (Giovanna Ralli, tout aussi belle et excellente). Au départ d'un réseau de prostitution d'adolescentes, ils mettent au jour la gangrène corruptrice des institutions locales, envoient au diable les journalistes charognards et pestent contre la surveillance envahissante des autorités romaines. La lame infernale évoque des thèmes durs, mais n'oublie jamais que le public a besoin de divertissement. Les codes du cinéma populaire sont respectés, sans prétention et sans le moindre didactisme. Narration pointilleuse, absence de temps morts, Dallamano est un excellent artisan. Les filles sont jolies et les explosions de violence sont au rendez-vous. Sans être des points d'orgue fétichistes comme chez Argento, les agressions perpétrées par le tueur sont magnifiquement orchestrées. Armé d'un couteau de boucher, le motard, tout de cuir vêtu, exécute une chorégraphie sanguinaire qui ne peut nous laisser de marbre. La musique de Stelvio Cipriani est superbe, habillant les poursuites et soutenant les inquiétudes et angoisses de l'inspecteur, bien décidé à extraire la pourriture qui détériore la ville. 

Malsain par moments (l'écoute des bandes-sons des passes des jeunes filles induit un malaise évident), brutal à d'autres, le film ne laisse jamais ses personnages s'abandonner à des comportements simplistes. Nos deux justiciers sont des êtres complexes, épris de probité mais bourrés de contradictions. Cette épaisseur est réconfortante et empêche le film de n'être qu'un simple B-movie dispensable et oubliable. La fin est sèche et sans concession. Le constat est définitivement amer. Contrairement à d'autres, Dallamano ne s'abandonne pas au fantastique, voulant s'ancrer dans le réel. Son cinéma reste néanmoins émouvant, voir émotionnel. Le plaisir voyeuriste du spectateur est satisfait. Coup de poing politique, La lame infernale fait songer à Friedkin (Cruising), Lumet (Le prince de New York), Siegel (L'inspecteur Harry), Boisset (La femme flic) et ne plaira donc pas qu'aux fans nostalgiques du giallo.

Enrobée d'une image exceptionnelle et d'un son mono d'une clarté rassurante (la BO de Cipriani est magnifiquement mise en valeur), cette édition de La lame infernale est un coup de maître pour The Ecstasy of Films. Les bonus enfoncent le clou en proposant, entre autres, des entretiens revigorants de François Guerif et David Marchand. The Ecstasy nous promet, sous peu, une édition de La Guerre des Gangs de Fulci. Autant dire que, après ce superbe Dallamano, on ne peut que piaffer d'une impatience justifiée...

Durée : 01h30

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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marchand
02 Janvier 2014 à 18h10

Merci pour cette critique du DVD et pour votre enthousiasme pour les bonus,ce fut ma 1ere interview pour un DVD ravi que vous ayez aimé :)

daniel rezzo
28 Janvier 2013 à 23h09

Erreur corrigée. Merci et désolé pour la coquille

Pruvost
28 Janvier 2013 à 22h27

Le court métrage " le destin de Torelli " et l'entretien de 30 minutes du réalisateur est non pas Fréderic Marchand mais David Marchand . Merci pour lui .
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Critique mise en ligne le 26 Janvier 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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