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La petite fille au bout du chemin

Jodie Foster porte de bout en bout le long-métrage de Nicolas Gessner. Sans elle, cette histoire intrigante mais mal ficelée se serait perdue dans les caves du patrimoine cinématographique. L'éditeur LCJ, discret mais riche d'un catalogue de 1000 titres issus de théâtre et de la télévision, remet ces jours-ci ce titre à l'honneur. Le passeur se devait de s'y arrêter.

En 1976, la jeune Jodie Foster est déjà connue pour ses nombreux rôles au cinéma et à la télévision. Wonder kid prototypique, elle amorce cette année-là un virage adulte. Elle n'a que 13 ans et apparaît dans le légendaire Taxi Driver, affolant Robert de Niro, ses fans, les cinéphiles et quelques éphébophiles. Elle récidive quelques mois plus tard dans cette Petite fille au bout du chemin, adapté du roman éponyme de Laird Koenig. On le confirme : le film est bancal mais la performance de Foster est hallucinante. Explications. Ryn (Jodie Foster) est une jeune anglaise de 13 ans, vivant retirée avec son père, poète de son état, dans une maison au bord de la mer, au Canada. On apprend vite qu'ils viennent de la vieille Europe, fuyant une ambiance peu propice à l'inspiration poétique. Dès la première image, on suit Ryn, entre enfance et adolescence, mais gérant seule la maisonnée. Tandis que le père taquine la muse, Frank (Martin Sheen, excellent comme à son habitude) tente de taquiner Ryn. C'est qu'il aime les jeunes, Frank, les très très jeunes même... Satyre bourgeois, Frank traque les jeunes filles et ne peut que sentir sa libido s'affirmer à la vue de cette délicate Anglaise, sauvageonne et affirmée. Ryn ne se laisse pas démonter et évacue sans ménagement le pathétique prétendant. Mystère néanmoins : le papa poète n'apparaît pas. Ryn vit seule, totalement seule, fait les courses, passe à la banque...

Quand la propriétaire de la maison (Alexis Smith) passe chercher ses pots de confiture et s'assurer que son bien survit à l'invasion de ces Européens sans éducation, c'est Ryn qui l'accueille et qui la tue sans vraiment le vouloir. La suite que nous ne dévoilerons pas est le parcours de cette jeune Ryn, de ses rencontres, de ses tentatives de masquer son forfait et de protéger sa solitude. Elle s'attache à Mario (Scott Jacoby), tout aussi jeune et inadapté qu'elle ainsi qu'au flic local (un des seuls rôles sur grand écran de Mort Shuman, plutôt convaincant).

Aux manettes de la bobine, on retrouve Nicolas Gessner qui effectua une carrière honnête principalement à la télévision. On le comprend aisément au regard de la mise en scène, assez minimaliste et sans effort. La photographie est assez terne alors que les rivages canadiens auraient mérité un peu plus d'amplitude et de lumière. Tout est fait de pluie et d'intérieurs assez moches et pâlots. On clôturera le chapitre des défauts par la narration, très approximative. Les éléments de thriller sont mélangés aux tentatives auteuristes (auteurisme : tentative, souvent infructueuse, de dérouler de longues scènes de dialogues sans susciter l'ennui chez le spectateur). Gessner s'y perd totalement alors que les questions se posent (quid de la propriétaire ? Où est le père?). Ces questions trouveront une réponse, mais pour cela, il faudra poireauter quelques longs moments, durant lesquels une modeste scène de nu éveille notre attention (on ne voit que le dos, petit coquin... En plus, comme dans Taxi Driver, c'est le dos de la grande soeur de Jodie qui apparaît, pudeur compréhensible de la jeune actrice).

Mais trêve de méchancetés, Rendons à César ce qui lui appartient. Jodie Foster assure ici une de ses prestations les plus enviables. Présente de bout en bout, regard froid et maturité assumée, elle tient tête aux adultes. Pour le quidam, Jodie Foster = QI d'Einstein = parfaite bilingue français/anglais. Mise en abîme donc que le portrait de cette jeune fille francophone, surdouée, embobinant sans difficulté les adultes qui l'entourent. Entre le flic de base (ours mal léché, grand et costaud) et Ryn, c'est cette dernière qui tient la corde. Regard angélique, corps d'adolescente, séductrice, furieuse et autoritaire, Jodie allume les satyres, illumine l'écran mais reste une petite fille (comme l'affirme le titre) en manque d'affection. Cette large palette convient, sans difficulté, à Foster qui assure dans une interview d'époque, présente en bonus sur le DVD et dans un français impeccable, que tout cela n'est que du cinéma. Elle a 14 ans quand elle dit ça. Elle a raison la bougresse, mais le cinéma, c'est tellement de choses, non ?

Edition DVD correcte. L'image est satisfaisante. Son mono 2.0 assez clair. Bizarrerie : le film est disponible en anglais et en doublage français (très bien effectué) mais sans sous-titres. Pas d'autre bonus que l'interview étonnante de la jeune révélation de l'année 1976.

Durée : 01h40

Date de sortie FR : 27-01-1977
Date de sortie BE : 12-05-1977
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Critique mise en ligne le 03 Mars 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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