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Le Bossu de la Morgue

Comme nous le rappelle Alain Petit dans le long bonus de la galette et dans le bouquin qui l'accompagne, le cinéma fantastique espagnol a connu un premier âge d'or dans les années 70. Assez paradoxalement, la censure franquiste s'avère assez tolérante avec une industrie qui accumulera les excès en tous genres. Loin du circuit des cinémas de quartier, les films fonctionnent à plein, réunissant jusqu'à plus d'un million de spectateurs à chaque sortie.

Les réalisateurs stars de l'époque créent des classiques (Narciso Ibanez Serrador et son fantastique Les Révoltés de l'An 2000 ou Jorge Grau avec Le Massacre des Morts-Vivants) et un acteur devient le visage officiel de l'horreur made in Spain. Paul Naschy, ancien culturiste, est fasciné par les films de la Universal et n'aura de cesse, tout au long de sa carrière, d'en ressusciter le bestiaire. Très connu pour sa rôle de loup-garou, il touchera à toutes les figures du genre comme acteur, scénariste ou réalisateur. Exemple de cette étonnante filmographie, le Bossu de la Morgue (1973), qu'Artus réédite ce 2 septembre de l'an 2014.

Durant les 80 minutes du métrage, rien ne nous sera épargné. On se balance dans des bains d'acide, on trucide à tout va, on découpe des pieds, des mains et des têtes. Concentré de grand-guignol, Le Bossu de la Morgue sidère tant il exagère. Une perle pour fan de cinoche déviant.

Gotho (Paul Naschy) est un malheureux bossu, employé d'une morgue dans un hôpital où l'effroyable Dr Orla s'amuse à recréer la vie à partir d'organes prélevés sur des corps, tantôt morts, tantôt vivants. Concentré de gore donc et concentré de mythes, puisqu'on convoque tant Notre-Dame de Paris que Frankenstein.

Quand meurt la fille dont Gotho est amoureux, il supplie Orla de lui redonner vie. Le savant fou accepte à condition que l'infirme devienne l'auteur de ses basses besognes. Même les jolies filles de service, horrifiées ou attirées par la bosse de Gotho, se perdront dans les souterrains de la cité. Les rats dégustent du cadavre en morceau. Gotho tue n'importe qui et fait n'importe quoi. Un délire croustillant qui se termine par l'apparition d'une créature plus pathétique que terrifiante.

On ne remerciera jamais assez Javier Aguirre, réalisateur de la bobine, d'avoir lâché son inspiration et de nous proposer toute l'étendue de son savoir-faire. Car le film tient debout du début à la fin. Après une introduction délicieusement mise en scène qui nous dépeint un Gotho mélodramatique subissant les moqueries des villageois, il fait exploser son récit autour de ce personnage attachant. Il nous offre même, ce qui est rare dans le cinéma alimentaire de cette époque, quelques jolis travellings.

Gothique dans sa forme, adaptant le style Hammer aux émotions hispaniques, Le Bossu de la Morgue est bien la réussite vantée par ceux qui ont eu la chance de l'avoir vu. Présentée dans un montage « international » qui n'élude rien des pires tortures infligées aux cadavres, le film se permet même d'être particulièrement bien préservé tant en ce qui concerne l'image que le son.

A l'époque (argument publicitaire?), on a raconté que de véritables cadavres avaient été mutilés. Foutaise évidemment. Mais qui en dit long sur l'impact réel qu'a exercé et qu'exerce encore ce film sur nos mirettes ! 

Durée : 01h20

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 31 Août 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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