Sorties DVD et Blu-ray
Le Cirque des Vampires

Les films de la Hammer sont emblématiques d'un cinéma honni et peu fréquentable il y a 50 ans mais qui bénéficie aujourd'hui de l'intérêt des masses, des critiques et des cinémathèques. Et ce mouvement est bien compréhensible. Mais pour s'offrir une soirée Hammer, il reste à trouver la pépite parmi les dizaines de métrages produits à la chaîne durant l'âge d'or de la firme (à la louche, entre les 50s et les 70s).

Surtout, il faut dénicher la galette qui restitue à la fois la colorimétrie d'origine et l'ensemble des scènes, très souvent coupées en fonction du pays de projection. La France est le parent pauvre de cette vaste entreprise de réhabilitation des films qui assurèrent, entre autres, à Christopher Lee et Peter Cushing postérité et vénération pour les siècles à venir. Aux Etats-Unis, en Angleterre ou en Allemagne, on trouve désormais dans des copies HD la plupart des Dracula, Frankenstein, Raspoutine et autres célèbres bestiaires...

Grâce soit donc rendue à Elephant Films (éditeur français Monsieur!) qui nous propose, au sein de sa collection Hammer, une série de quelques perles dont Le Cirque des Vampires est un des fleurons. Point ici de Christopher Lee ou de Peter Cushing. Mais il semble que l'absence des sacrés monstres de la firme a permis l'affranchissement d'un scénario trop balisé pour créer un chef-d'oeuvre inattendu. Le Cirque des Vampires est produit en 1972 et marque la fin de l'âge d'or de la Hammer. Lee s'éloigne petit à petit de productions qu'il juge indignes de sa notoriété désormais mondiale et les producteurs cherchent de nouvelles idées.

Le Cirque... est issu d'une idée de George Baxt, un scénariste américain éloigné des histoires sanglantes et brumeuses habituelles de la Hammer. Ce sera d'ailleurs sa seule contribution. A la caméra, c'est un novice, Robert Young, inconnu qui le restera, qui assume la charge de tourner en quelques petites semaines cette histoire d'un émule de Dracula exécuté par la population d'un village mais qui se vengera grâce aux vices et maléfices des artistes d'un cirque ambulant.

Le Cirque des Vampires est un véritable trésor. En cause, une histoire qui accumule les audaces scénaristiques et les scènes fantasques tout en s'appuyant sur le savoir-faire technique et artistique d'une firme qui en vu d'autres... Ainsi, on retrouve dans le métrage des scènes au pouvoir érotique insoupçonnable dans la chaste Angleterre des 70s débutantes mais aussi des thèmes (inceste, cruauté animale) qui feraient pâlir le moindre censeur quelque peu aguerri. Telle cette danse hypnotique d'un couple amoureux. Tel cet envol d'une panthère (écho à La Féline de Tourneur ?) au milieu du public hagard ou encore ce jeu de miroir qui attire enfants et adultes dans la crypte du comte assoiffé de chair et sang. 

Le montage nous assure des ellipses assez étonnantes, dues davantage au manque de temps pour tourner les scènes explicatives qu'au souci du réalisateur, imprimant la bobine dans une fascinante étrangeté où toutes les interprétations sont possibles.

Finalement, le cinéma bis à la Hammer visait un seul but : titiller les émotions primitives du spectateur. Dans Le Cirque des Vampires, cet objectif est pleinement atteint mais le petit supplément d'âme évoqué plus haut est tout bonnement jouissif. Sans lésiner sur le gore (le film fut d'ailleurs largement charcuté aux Etats-Unis et rejeté par le public), le réalisateur arrive à nous faire aimer ses personnages tout en nous communiquant des émotions nouvelles. Chapeau !

Devant la caméra, passent les habitués de la firme. Adrienne Corri (la violée dans Orange Mécanique, c'est elle...) ou David Prowse (colosse muet qui, quelques années plus tard, enfilera la cape de Dark Vador) encadrent un casting rompu aux visages horrifiés, aux yeux ronds, aux corps malmenés et aux larmes de chagrin. Des jolies donzelles se déhanchent devant l'objectif et font les yeux doux au jeune John Moulder-Brown, Giton au visage d'ange, qui venait d'exploser dans le sublime Deep End de Jerzy Skolimowski.

Le film bénéficie d'une restauration tout à fait honorable qui, malgré la persistance de quelques défauts, restitue l'ambiance et les célèbres couleurs chatoyantes et gothiques de l'époque de sa production. Proposé en combo DVD-Blu-ray et assorti d'un bonus éclairant d'Alain Schlockoff, Le Cirque des Vampires est l'achat indispensable pour celui qui veut entrer dans l'univers de la Hammer. Il comprendra enfin que le cinéma est né dans les fêtes foraines, au milieu des cirques, des clowns et des bêtes sauvages. La présente bobine nous le rappelle de bien belle manière...

Vous pouvez retrouvez ici les critiques des Sévices de Dracula, de La fille de Jack l'éventreur et de La comtesse Dracula  également édités par Elephant Films dans sa collection Hammer Films.

Durée : 01h27

Date de sortie FR : 23-08-1973
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 09 Juin 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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