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Le Jour d'après

Une journée. Un homme, trois femmes. Sous ses airs de vaudeville classique (une intrigue minimaliste, des quiproquos et retournements de situation), Hong Sangsoo signe un film fascinant aux multiples strates : grâcieux et aérien dans sa forme, mélancolique et métaphysique sur le fond. La lâcheté masculine en fil rouge.

Reparti bredouille du Festival de Cannes 2017, le jury de Pedro Almodovar semble être mystérieusement passé à côté de la grâce fragile mais entêtante du dernier Hong Sangsoo. De sa petite musique sensorielle. Car Le Jour d’après vaut beaucoup plus que son pitch ne le laisse penser. Comme chaque jour, Bongwan, patron d’une micro-maison d’édition, quitte son domicile bien avant l’aube pour se rendre au travail. On apprend que son attitude des dernières semaines a éveillé les soupçons de sa femme qui se croit trompée. De son côté, Bongwan pense toujours à cette femme avec laquelle il a entretenu une relation, mais qui est désormais partie. Ce jour-là, Areum prend ses fonctions pour son premier jour de travail ; elle ne sait pas encore qu’elle remplace Changsook, celle qui occupe encore les pensées de Bongwan…

Oui, Le Jour d’après a en apparence tout d’un vaudeville. Le mari, la femme, la maîtresse, l’irruption d’une troisième femme pleine de candeur et d’enthousiasme qui se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, le malentendu (la femme de Bongwan prend Areum pour sa maîtresse), la confrontation, etc. Tous les éléments attendus de comédie sont en place. Grossière en apparence, légère et poétique en réalité.

La poésie du dernier film de Hong Sangsoo vient d’abord de sa structure étonnamment libre, musicale, où les scènes riment entre elles, où passé et présent se répondent ou même parfois se confondent. Grâce de l’esthétique de la répétition, de la variation. Avec une fluidité remarquable au niveau des transitions, Le Jour d’après joue avec les temporalités, les événements ou les lieux du présent ramenant constamment le personnage de Bongwan à un morceau/une conversation de son passé. Même si les événements décrits peuvent être lourds, le film est constamment ludique, léger, fluide, à l’image de cette neige qui tombe ou du sourire désarmant de sincérité de Areum (magnifique Min-Hee Kim) répondant à un compliment d’un chauffeur de taxi. Les conversations si naturelles qui rythment le film possèdent également ce charme fou d’un tournage sans scénario, dans l’urgence et l’économie (ce qui explique aussi le retour de lieux identiques), entièrement structuré en plans-séquences.

Mais Le Jour d’après est aussi un mélodrame bouleversant, car Hong Sangsoo y met à mal son personnage masculin, le fragilise jusqu’à l’os. Chacune de ces femmes le confronte à ses lâchetés, à son indécision, à ses doutes. En fonction des circonstances, toutes le placent face à ses contradictions. Et une mélancolie tenace (doublée par un leitmotiv musical) innerve l’ensemble du film si l’on se place du côté de Bongwan. Si ce dernier subit constamment les situations, Le Jour d’après n’est pourtant pas non plus un film féministe dans la mesure où chacune de ces femmes ne semble exister que dans son rapport à cet homme, qu’il soit amoureux ou hiérarchique.

Au milieu du film, Bongwan et Areum dissertent sur la difficulté des mots à saisir le réel. Un paradoxe dans une œuvre où le verbe a autant d’importance. Mais comme tout grand créateur, Hong Sangsoo ne saisit pas le réel, il le sublime et capte l’émotion dans ce qu’elle a de plus pur, de plus évident, de plus simple. C’est bien ça, la magie du cinéma.

Durée : 01h32

Date de sortie FR : 07-06-2017
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 13 Décembre 2017

AUTEUR
Guillaume Saki
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