Sorties DVD et Blu-ray
Le Sang du Vampire

L'air de rien, l'éditeur Artus nous livre petit à petit certains des chefs-d'oeuvre du cinéma bis. Le Passeur a vu et adoré, entre autres bobines passionnantes, L'effroyable secret du Docteur Hichcock et Venus in Furs. La nouvelle livraison de l'éditeur est prévue ce 4 juin et ravira, encore une fois, les fans de frissons vintage. Sous la bannière British Horror, ce n'est rien de moins que le vénérable Sang du Vampire, millésime 1958, qui nous est offert. Alors, cher lecteur, ce titre ne te dit peut-être rien. Et je ne pourrais te blâmer... Mais dans la petite communauté bisseuse et déviante, on tutoie le nirvana. On ne se tient plus, on exulte, on éructe son bonheur sous les yeux dubitatifs de la populace béotienne. Réduisons notre extase à une explication à trois tiroirs...

Premier tiroir, que je qualifierais d'historique. On est en 1958. C'est l'année de l'Exposition Universelle à Bruxelles. Mais peu importe. C'est avant tout le sacre populaire d'une boîte de production anglaise, la Hammer. Décors gothiques, romantisme élisabéthain, mythes Universal remis au goût du jour. La Hammer vient de déterrer Frankenstein et s'apprête à ressusciter Dracula. Le jackpot sera au rendez-vous. Au même moment, d'autres artisans se prennent au jeu, attirés par le succès potentiel d'une historiette romantico-fantastico-gothique. Le mythe vampiresque attire une vague de réalisateurs, dont le méconnu Henry Cass. Si notre ami est et restera, désolé Henry !, dans les limbes du cinéma, il n'en est rien du scénariste Jimmy Sangster, responsable de plusieurs des plus célèbres histoires estampillées Hammer (The Curse of Frankenstein, The Brides of Dracula, Jack the Ripper). 

Sangster (nom prédestiné quand il s'agit de traiter de vampirisme) élabore une histoire originale, inspirée de Bram Stoker. Mais plutôt que de reprendre fidèlement le récit, comme l'a fait Tod Browning dans son séminal Dracula de 1931, il en recycle les thèmes. Ainsi, dans Le Sang du Vampire, on retrouve la folie, le crime et leurs liens étroits... On découvre une institution psychiatrique, où sont regroupés les « fous criminels », comme un écho aux théories scientistes et modernistes de Lambroso considérant le délinquant comme un être inférieur et infantile, donc incapable de raisonnement et d'autonomie. On devine aussi un savant fou, sorte de Van Helsing qui aurait mal tourné, qui, au nom de la science, n'hésite pas à charcuter ses patients dans une impunité omnipotente et décomplexée. Le vampire, nommé ici délicieusement Callistratus, adopte les techniques scientifiques les plus avancées pour justifier de sa misanthropie et de sa survie. Dénonçant la déshumanisation scientiste, Le Sang du Vampire modernise le message stokerien pour mieux insister sur ses dérives.

Ouvrons le deuxième tiroir qui, lui, plus technique, intéressera les amateurs obsessionnels et les collectionneurs de plaisirs cinéphagiques déviants. Nos amis d'Artus nous ont en effet concocté une édition ultime reprenant, pour la première fois en DVD, le métrage complet. Pudibonderie protestante, le film connut quelques coupes pour ses exploitations anglaise et américaine. Plusieurs plans pseudo-gore et certaines mises à mort, assez gratinés pour l'époque, furent discrètement oubliés pour la distribution anglo-saxonne. Nous les retrouvons ici, imposant au spectateur quelques changements colorimétriques et sonores brutaux. Peu importe, ces transitions en disent long sur les tabous de l'époque mais rendent surtout grâce au travail de Henry Cass, qui n'a pas hésité, semble-t-il, à faire un petit tour dans la boucherie de son quartier. Peu alerte en anatomie, Cass (ou son accessoiriste) maîtrise mieux les tissus textiles que les tissus humains (que fait donc une côte de porc au milieu de restes humains ?). L'image est certes délavée, particulièrement sur les plans rajoutés, mais reste tout à fait regardable, grâce au travail impressionnant, et furieusement daté, sur les couleurs (le mythique procédé Eastmancolor, lancé par Kodak). Le son est à l'avenant, avec en prime un excellent doublage francophone de Callistratus.

Enfin, le troisième tiroir est celui qui nous rassemblera tous, cinéphiles déviants et mainstream. Le Sang du Vampire est un excellent film ! Entouré des producteurs experts Robert S. Baker et Monty Berman, Henry Carr nous offre une histoire rythmée, parfaitement mise en scène et enrobée d'une musique calibrée de Stanley Black. Les codes du genre sont présents : décors gothiques, chandeliers, château isolé, jeunes donzelles enchaînées, chiens méchants... Et tout cela au service d'une histoire, certes prévisible, mais jamais ennuyante. Le docteur John-Pierre (trop classe, ce nom !) est un savant jugé pour avoir effectué des expériences interdites sur du sang humain. Pourtant, JP (Vincent Ball) est gentil. Il n'a en tête que le progrès du genre humain. Mais les vieux juges ne l'entendent pas de cette oreille et le condamnent au bagne, sous les yeux bouleversés et impuissants de sa jolie fiancée (Barbara Shelley). Dans son asile pour fous criminels, le docteur Callistratus (Donald Wolfit) a vent de cette affaire. Ca tombe bien, il est aussi dans le business du sang. Mais lui, c'est un méchant. Le progrès humain, il s'en fiche. Au prix de transfusions massives de ses patients, peut-être tueurs de sang-froid mais au sang chaud, il survit difficilement... Il s'arrange donc pour se faire envoyer son alter ego, qui lui servira de larbin et de technicien. Sous la menace de chiens aux dents acérées, John-Pierre n'aura qu'un seul dessein : s'enfuir de l'abominable bâtisse...

Donald Wolfit compose un savant fou passionnant, amoral et égocentrique, doucereux et mielleux, gras et repoussant. Doté de sourcils brousailleux, il domine, avec un théâtralisme digne des bobines muettes, son majordome Carl (Victor Maddern, hémiparétique tantôt à gauche, tantôt à droite, parfois hémiplégique, sosie de Quasimodo). Inspiré de Bela Lugosi, le personnage de Callistratus aurait mérité une destinée semblable à celle de son collègue, le Dr Frankenstein. Pas de chance, Christopher Lee, Dracula officiel, aura raison de Donald Wolfit, vampire officieux, qui mourut de sa belle mort en 1968.

Il y a 45 ans, parmi une production pléthorique, souvent dispensable, surgissait ce Sang du Vampire. Emporté par la vague Hammer, il ne connut qu'une postérité limitée qu'aux cénacles de spécialistes. L'édition Artus répare cette injustice.

 

Durée : 01h27

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 05 Juin 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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