Sorties DVD et Blu-ray
Les Aventures Fantastiques du Baron de Münchhausen

Je vais devoir user de tous mes talents aujourd'hui. Vous engager à visionner, voire pire, à acheter les Aventures Fantastiques du Baron de Münchhausen est un défi. Je le relève avec ferveur, tant cette bande, rééditée ces jours-ci par Artus, s'avère agréable. Pourtant, elle cumule les arguments contre elle. Imaginez : en 1943, la société de production cinématographique allemande UFA (pour Universum Film AG) a 25 ans. Joseph Goebbels, le macabre ministre de la propagande, ordonne la réalisation d'une grande fresque divertissante, bien utile pour amuser le bon peuple en ces temps douloureux.

Tout ce que l'Allemagne compte de talents se retrouve donc dans l'aventure Münchhausen, au budget pharaonique pour l'époque de 6,5 millions de Reichmarks. Je recommande aux plus cinéphiles de nos lecteurs de se plonger dans les bonus dans cette double édition DVD, dans lesquels Alain Petit discourt avec ferveur sur Josef von Baky, le réalisateur, sur Emil Hasler et Otto Gülstorff aux décors ou sur Erich Kästner, le scénariste, qui, malgré une interdiction d'exercer put écrire l'histoire sous un nom d'emprunt. Comme quoi, même dans l'Allemagne hitlérienne, la censure est à géométrie variable...

On doit ici oser un parallèle avec la production cinématographique française de l'époque. Comme en France (La Main du Diable par exemple), les temps de guerre imposent au cinéma des thèmes fantastiques, histoire d'éviter tout message ou récupération politique ou propagandiste. Même si commandité par le pouvoir, les Aventures Fantastiques du Baron de Münchhausen ne contient aucun message qui pourrait prêter à confusion. On suit ainsi les aventures, à travers toute l'Europe, tantôt délirantes souvent fantastiques et loufoques d'une figure du folklore allemand. Le baron de Münchhausen est, entre autres, connu des psychiatres car il a donné son nom à un syndrome assez fréquent, à savoir la tendance à simuler ou à exagérer des plaintes afin d'attirer l'attention, la compassion ou les bons soins d'un médecin crédule. 

Dans le film, les fabulations du baron sont présentées de manière comique. Notre bonhomme en fait des tonnes, s'invente des pouvoirs magiques (avec l'aide de l'illustre Cagliostro), fait preuve d'un donjuanisme impressionnant (il drague sans vergogne, et sans difficulté, la Grande Catherine qui règne à l'époque sur la Russie) et fréquente le magnifique harem d'un sultan, musulman pratiquant mais amateur d'alcool autrichien. Comme quoi, la religion est à géométrie variable... Il en réchappe avec, dans ses bagages, la belle princesse italienne Isabella d'Este (Ilse Werner). Et c'est à Venise qu'il les dépose, occasion pour lui de rencontrer un concurrent d'envergure, Casanova... A l'image de Gargantua ou de Gulliver, les aventures picaresques du héros sont racontées de manière feuilletonesque, pour se terminer par une scène lunaire, poétique et onirique, superbement mise en scène.

Blockbuster des années quarante, les Aventures Fantastiques du Baron de Münchhausen est à l'image des superproductions actuelles. Plus technique qu'artistique, il se doit d'être revu pour admirer le talent de quelques grands artisans. Parmi les premiers films en couleur, grâce à la toute nouvelle technique en Agfacolor, Münchhausen peut se targuer d'effets spéciaux impressionnants. Ray Harryhausen n'est pas loin. Les décors sont du même acabit. Enfin, on est loin des couloirs de dialogues faisandés des comédies de l'époque. on sourit et on rit des affirmations abusives du baron, magnifiquement interprété par Hans Albers, star il y a 70 ans dans toute l'Europe mais oublié aujourd'hui... Albers aurait pu en rajouter mais il s'en garde. Lors de l'épilogue, il se montre d'une intense sensibilité, nous laissant à quelques réflexions sur le temps qui passe...

Artus a mis la main sur l'édition complète et définitive du film, disponible depuis la réunification allemande. Argument supplémentaire pour se procurer l'objet, par ailleurs augmenté d'un enrichissant documentaire technique. Témoin de l'époque, les Aventures Fantastiques du Baron de Münchhausen ne sent absolument pas la naphtaline. Le plaisir de gamin ressenti à la vision n'est donc en aucun cas honteux et satisfera les nostalgiques d'un cinéma fantastique ludique et naïf, à rapprocher sans doute des derniers films orientaux de Fritz Lang...

Allez, pour vous donner un petit avant-goût, la célèbre scène du boulet de canon et l'arrivée du baron dans le harem du sultan débonnaire...

ainsi que sa rencontre avec la Grande Catherine pour vous donner une petite idée de la luxuriance des décors et des costumes.

 

Durée : 01h50

Date de sortie FR : 08-02-1944
Date de sortie BE : (date indisponible)
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mekkaoui
01 Juillet 2017 à 00h08

Bonjour. Il.y a quelque annees.. Je ne me souviens pas du nombre de celle-ci, ARTE diffusa a 20h40 les aventures.. Cette version pour n en avoir vu qu 1 celle-ci, me surpris agreablement par son aspect fantasmigorique et surrealiste.. Tant et si bien.. Que quelque jours apres cette 1ere diffusion.. Je guettais avec vigilance la date et l horaire prochaine de celle-ci.. Je revis avec grande joie.. Les aventures du baron.

Merci a vous.
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Critique mise en ligne le 20 Juillet 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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