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Long Weekend

Sorti aux États-Unis chez Synapse, Long Weekend n’a pas encore connu, en France, le même sort que Wake in Fright. Toujours pas d'édition HD de ce digne représentant de la Ozploitation, bien plus passionnant qu'un simple film de genre. Car s'y mêlent tragédie du couple, exacerbation de la masculinité, intelligence des dialogues et rapport complexe avec la nature et les animaux. 

A la suite du doc Not Quite Hollywood: The Wild, Untold Story of Ozploitation!, on est en pleine redécouverte de cette décennie fantastique du cinéma australien que furent les '70s. Vitalité, fraîcheur et aides de l'Etat accouchent d'une New Wave foisonnante digérant tant une culture occidentale hippie qu’une histoire aborigène ancestrale.

Rien ne va plus entre Peter (John Hargreaves) and Marcia (Briony Behets). Le couple se déchire pour des raisons qui seront révélées petit à petit. Peter semble vouloir arranger les bidons et propose à Marcia un weekend de camping sur une place isolée de Nouvelle-Galles du Sud. La nature prend tout de suite sa place car, lors du voyage nocturne, le couple se perd dans une forêt dense puis entre les dunes. On découvre Peter en mari irascible et bourré d'orgueil. Il traite sa femme comme la nature environnante, avec mépris et égoïsme. Ému à peine par le kangourou qu'il renverse ou la clope qu'il jette sur de sèches brindilles, il s'enfonce dans le bush comme il s'installe dans ses certitudes. 

Leur histoire prend un tour inquiétant quand, une fois arrivés sur leur plage, Peter et Marcia subissent les désagréments puis les attaques de la faune locale. "My premise was that Mother Earth has her own auto-immune system, so when humans start behaving like cancer cells, She attacks" dira le scénariste Everett De Roche (Razorback).

L'ennemi est subtilement caractérisé par des animaux, étranges peut-être pour tout citadin européen, mais inoffensifs pour le quidam australien. On se prend, dans un attitude anthropomorphique, à défendre cet opossum grignoteur de fruits et de doigts humains ou ce dugong, entre vie et mort, dont la vengeance nous semble légitime. Pas d’affreuse créature donc mais plutôt une démonstration assez subtile et sartrienne du fait que l'horreur émerge des relations humaines. L'environnement agit comme révélateur voire comme métaphore des conflits interpersonnels. Le couple est le vrai "méchant" du film et il ne va tarder à s’en prendre plein la gueule...

Aux manettes de Long Weekend, Colin Eggleston vient de la télévision et mise sur une réalisation d'une efficacité redoutable. Les dialogues claquent, les animaux frappent dans un huis clos entre ciel, terre et mer sans fin. Eggleston offre aussi une place au surnaturel, élément indissociable de la nature tout court, qu'on retrouve à la même époque chez Peter Weir (Picnic at Hanging RockThe Last Wave). Il se permet aussi de transformer le dernier quart du film en survival quasiment muet qui se clôture par un climax décoiffant. 

Briony Behets et surtout John Hargreaves, haineux mais inséparables, sont impeccables dans leurs survêtements vintage et en campeurs expérimentés, plus intéressés par leurs bisbilles que par le danger global. Métaphore, disions-nous...

L'édition de Long Weekend, disponible chez Synapse, est impeccable car elle rend justice aux intentions de l'équipe. Craquements, dérapages, cris d'animaux et musique synthétique occupent un 5.1 bourré comme œuf et participent au plaisir du cinéphile bien équipé. L'image en 2.39:1 respecte les couleurs primaires tranchantes d'origine mais pourrait être celle d'un film actuel tant les défauts sont absents. 

Seuls les commentaires audio du producteur Richard Brennan, du chef-op Vincent Monton et de John Hargreaves nous sont offerts en bonus, malheureusement sans sous-titres français... On attend donc une édition française digne de ce film qui font passer son remake officiel de 2008 voire le pourtant réussi Eden Lake, aux thèmes assez semblables, pour des B-movies sans saveur.

Durée : 01h37

Date de sortie FR : 30-07-1980
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 17 Août 2015

AUTEUR
Daniel Rezzo
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