Sorties DVD et Blu-ray
Plein Soleil

La restauration de Plein Soleil rend hommage au talent animal et sensuel d'Alain Delon. Les premiers plans le serrent de près, scrutent son regard, attendent ses réactions. Il y a dans la caméra de René Clément une spontanéité obligée, imposée par son héros. Si le conflit s'invente puis se confirme entre Tom Ripley (Alain Delon) et Philippe Greenleaf (Maurice Ronet), il s'impose entre la caméra et le jeune acteur. Premières armes pour Alain Delon, avant Rocco et Tancredi, mais déjà le piège se referme pour ces réalisateurs, béats de fascination pour ce gamin qui attire le regard et suscite des fantasmes paradoxaux, entre attraction et répulsion. Obligé de se libérer de plans fixes ennuyeux, Clément modernise sa mise en scène pour capter tout ce qu'il peut des gestes, des attitudes de ce petit salopard de Tom Ripley, chargé par un père millionnaire de ramener un fils dépensier sur les rails de la bienséance.

Après une nuit adolescentaire, les beaux gosses rejoignent la fiancée officielle de Philippe, la naïve et pimpante Marge (Marie Laforêt) avant de s'embarquer dans une croisière mortifère. Envahi d'un bleu somptueux, c'est encore cette brute de Tom qui attire le regard parmi les vagues et le bois onéreux de l'embarcation. Si la caméra suit l'affrontement entre Marge et Philippe, elle nous donne de plus en plus d'indices sur le plan que fomente ce Ripley, finalement pas si impulsif que cela. Et c'est au couple Delon-Clément qu'on doit ces fausses pistes. Ripley n'est pas ce jeune arriviste, amateur de dolce vita et de lires en paquets. C'est ce qu'on croit lors d'une scène suggestive où il se pare des postures, des habits et de la voix de son hôte pour terminer par un baiser satisfait et narcissique au miroir, témoin de son transformisme. Mais Ripley a un plan et le métrage nous confirme qu'il est réfléchi et machiavélique. L'animal, fugitif impulsif, profiteur et extraverti, solaire et grande gueule compose avec une part sombre, froide et obscure, calculatrice et perverse. De cette ambivalence naît une complexité passionnante pour le spectateur et admirablement rendue par Clément aux manettes, Decaë aux lumières et Rotta à la baguette, eux-mêmes victimes de la douce perversité de Delon. Doté de tels atours, Ripley peut tout et obtiendra tout.

De la restauration solaire du matériel de base, on retiendra les magnifiques couleurs, les yeux clairs des trois acteurs, les intérieurs sombres des demeures napolitaines, les déambulations hasardeuses sur les marchés, le bronzage agressif de Ronet, la beauté fade de Laforêt et la perfection de Delon. Haletant et fourbe comme l'est l'amour feint par Ripley, contemplatif comme l'est l'amour véritable de Marge (comme en témoigne cette sublime scène d'échanges de regards en gros plans à la fin), Plein Soleil agressera et fascinera ceux qui ne l'ont pas encore vu.

L'achat du blu-ray s'impose par la seule réussite que constitue le travail sur l'image et le son (mono sans faille). Les bonus foisonnent d'intérêt (interview récente de Delon, retour sur la genèse du film et document sur la restauration). La réédition de l'année ?

Durée : 01h52

Date de sortie FR : 10-03-1960
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 31 Août 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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