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Rendez-vous avec la Peur

Wild Side nous gâte. Rendez-vous avec la Peur est un bel objet car la rondelle est ici accompagnée d'un livre exclusif et passionnant, oeuvre de Michael Henry Wilson, Le Versant Crépusculaire. On ne remerciera jamais assez les quelques éditeurs qui continuent, malgré un marché tristounet, de sortir quelques trésors du patrimoine, tout en soignant leur écrin (même si on regrettera ici l'absence de tout bonus). 

Rendez-vous avec la Peur nous narre la quête scientiste de John Holden (Dana Andrews), éminent psychologue américain et cartésien, qui débarque en Angleterre afin de percer le mystère du décès d'un de ses confrères. Sur sa route, il devra affronter l'étrange docteur Karswell (Niall McGinnis), spécialiste en sciences occultes et en charlatanisme.

Le film est un des points d'orgue de la carrière du réalisateur Jacques Tourneur. Tourné en Angleterre en 1957, Rendez-vous avec la Peur connut une postproduction chaotique, un montage malheureux et une distribution aléatoire. Pour preuve, le montage américain offert en bonus est une véritable catastrophe. Comme beaucoup d'autres bobines, le film fut redécouvert bien après sa sortie et fait maintenant l'objet d'un culte parmi ses nombreux admirateurs. Parmi eux, Sam Raimi qui emprunta certains des thèmes pour fabriquer son dispensable Jusqu'en Enfer.

Tourneur est le maître incontesté de l'horreur suggestive. Alors que la Hammer déverse ses flots de sang, lâche ses vampires et alourdit ses mises en scènes d'objectifs et de cadrages déformants, Tourneur reste sage. Tourné dans un superbe noir et blanc, magnifiquement rendu dans la présente édition, il préfère la suggestion que la démonstration.

Dès La Féline, tourné pour la RKO en 1942, il fait montre d'innovations compensant un budget famélique. La scène de la piscine est devenue un classique de la tension angoissante, par un superbe travail sur la lumière et le mixage sonore.

Mais revenons à notre Rendez-vous... Tourneur adapte une histoire de M.R. James, remise en forme par Charles Bennett. Je l'avoue tout net, l'histoire est quelque peu décevante. Simpliste dans son traitement, trop manichéenne, elle se ponctue de quelques scènes maladroites. La première est l'apparition, dès les premières minutes du film d'un démon, sorte de bestiole bricolée à la débrouille et pour quelques sous. Totalement incongrue, la bébête ridiculise la suite de la bobine. On apprendra en lisant Le Versant Crépusculaire que Tourneur regretta amèrement que le film fut remonté et qu'il s'opposa comme il put à l'apparition de la bestiole.

Plus loin, une scène d'hypnose s'avère inepte et tout autant ridicule.

Il eut été plus raisonnable de laisser à Tourneur les rênes de son film, tant il excelle dans la mise en scène d'univers clos, apaisés en apparence mais sources d'angoisse. Aidé par le décorateur Ken Adams (magnifiques croquis reproduits dans le livre), il filme et illumine les pièces du manoir du docteur Karswell. Installant ses sources lumineuses dans le champ de sa caméra, il nous familiarise avec l'étrangeté qu'il crée petit à petit, participant à notre malaise jouissif de spectateur. A ce titre, l'arrivée nocturne et interlope de Holden dans la demeure de Karswell est un petit bijou. Mais pourquoi la clôturer par une attaque d'un félin en peluche, filmée sans éclat ?

Si la direction d'acteur est sage, elle permet à Niall McGinnis de composer un méchant d'excellente facture. Complexe, excessif et grand-guignolesque, il hésite entre l'attirance et la répulsion lorsque, grimé en clown, il fait la comédie devant les enfants du village. On comprendra par contre un peu moins le personnage de Peggy Cummins, sidekick sans grande consistance dont on suppute une idylle avec le héros. Le spectateur s'en fiche, Tourneur encore plus.

Si Rendez-vous avec la Peur n'est pas le chef-d'oeuvre qu'on attendait, il reste un bon petit classique du thriller. Tourneur est un excellent « filmeur », plus à l'aise dans la mise en place d'un climat que dans l'élaboration d'une histoire. Entre scènes superbement réalisées et d'autres qui le sont moins, Rendez-vous... nous livre une réflexion intéressante sur la frayeur au cinéma ainsi qu'une mise en abîme entre réalité, fiction, naturel et surnaturel.

 

Durée : 01h35

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 09 Décembre 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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