Sorties DVD et Blu-ray
Rhapsodie en trois bandes

Un film d’Alan Clarke

Louanges aux éditions Potemkine films qui en 2011 ont publié un coffret DVD consacré à l’œuvre d’Alan Clarke, propulsant ainsi le réalisateur sous les feux de l’actualité cinématographique. Un nouveau public découvrait alors ébahi quelques-uns des films les plus connus du britannique: Scum sur les centres de détention pour mineurs (1977), Made In Britain avec Tim Roth en skinhead (1982), The Firm avec Gary Oldman en hooligan (1988) ou le fameux moyen-métrage Elephant qui inspira Gus Van Sant (1988). Autant d’uppercuts pelliculés parfumés d’une délicieuse odeur de soufre. Décédé d’un cancer en 1990 à l’âge de 55 ans, Alan Clarke a débuté en travaillant comme réalisateur de fictions télévisées pour la BBC, à l’instar de son contemporain Stephen Frears. Rhapsodie en trois bandes (1985), œuvre oubliée qui refait aujourd’hui surface par la grâce de l’éditeur Elephant Films, témoigne au premier abord d’une inspiration inconnue chez le cinéaste.

Ô Snooker !

Si les surréalistes définissaient leur élan en appelant Lautréamont à la rescousse (« La rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection »), sûr qu’ils auraient trouvé le pitch de Rhapsodie en trois bandes à leur goût. Jugez plutôt : la rencontre rythmique entre un vampire et Billy The Kid dans une salle de billard. Billy The Kid & The Green Baize Vampire titre original de l’Objet-Filmique-Non-Identifié en présence, est une comédie musicale pop, tendance new-wave, qui raconte comment un certain T.O. (pour The One), joueur maladif, se retrouve à la merci du bookmaker The Wednesday Man. Ce dernier, accessoirement salaud de l’histoire, force son nouvel obligé à organiser une rencontre au sommet entre le prolétaire cockney Billy The Kid et l’aristocrate du tapis vert Maxwell Randall, vampire de son état. Le nouveau prodige et le multiple champion du monde de billard s’affronteront au fameux club Big Jack Joy, en dix-sept manches et surtout en chansons.

Comédie musicale & sociale

Entre sa structure narrative empruntée au film de boxe à la Rocky et son esthétique eighties façon clip de Kate Bush, Rhapsodie en trois bandes ne semble entretenir que très peu de rapport avec l’œuvre profondément politique d’Alan Clarke, peuplée de laissés pour comptes en tous genres. Et pourtant, le plus étonnant dans Rhapsodie en trois bandes c’est qu’il s’assume sans détours comme une satire de l’Angleterre des années Thatcher. À ce titre, le dispositif final, celui de l’affrontement dans la salle de billard, est particulièrement éloquent. Billy The Kid et Maxwell Randall s’affrontent dans une arène, où les surplombent leurs publics respectifs: punks braillards d’un côté, gentlemen distingués de l’autre. Au milieu : le Wednesday Man. Costume sobre, grand patron ou politicien (au choix), entouré de ses sbires asiatiques, il tire les ficelles et souhaite l’élimination de tout ce qui représente la nouvelle génération: trop flashy, trop bruyante, pas assez docile.

À quoi ça ressemble ?

Avant de lancer le film, difficile d’imaginer un tel pitch en images. Afin que vous vous fassiez une idée, signalons que Rhapsodie en trois bandes n’est pas entièrement chanté, mais contient des scènes dialoguées. De plus, comme beaucoup de comédies musicales, le film assume complètement son artificialité : aucune lumière naturelle, multiplication déraisonnable des gros-plans à la courte focale, éclairages expressionnistes et effets sonores inspirés de l’univers des jeux-vidéos naissant. Pour les décors, à titre d’exemple, pas de rues dans Rhapsodie en trois bandes, les personnages passent d’une scène à l’autre en parcourant de longs couloirs étroits faits de murs en ciment. Si l’époque, l’esthétique ou le côté pop-opéra rappellent certains films de Ken Russell (Tommy, Lisztomania), le style d’Alan Clarke se distingue de celui de son compatriote par le maniement de la caméra. Si les films de Ken Russell regorgent d’effets de montage (surimpressions, calques ou volets), Alan Clarke privilégie quant à lui une caméra extrêmement mobile et réalise d’impressionnants plans-séquences (notamment une scène tournée en arrière au steadycam dans des couloirs ou un mémorable plan à la grue dans la salle de billard/arène finale).

Teenage riot

En somme, Rhapsodie en trois bandes est une curiosité flashy qui se laisse agréablement regarder, surtout si on a un faible pour la pop-anglaise et les coupes de cheveux eighties. Si le film est anecdotique dans la carrière d’Alan Clarke (pour les néophytes, Scum, par exemple reste une œuvre puissante), Rhapsodie en trois bandes est un témoignage éclatant de l’incroyable liberté des cinéastes formés à la télévision dans la perfide Albion de l’époque. Une œuvre audacieuse, d’une revigorante ardeur juvénile. 

Réalisateur : Alan Clarke

Acteurs : Phil Daniels, Alun Armstrong, Bruce Payne

Durée : 1h27

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 29 Octobre 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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