Sorties DVD et Blu-ray
Rolling Thunder

L’unanimité autour de la sortie chez Wild Side du film de John Flynn est en partie méritée. On ne félicitera jamais assez l’éditeur pour son entreprise de résurrection de classiques oubliés. D’autant plus que les choses ont été faites en grand. Jaquette, bonus et livret de Philippe Garnier participent à la fête. On nous annonce un chef-d’oeuvre, un « précurseur définitivement placé parmi les oeuvres les plus marquantes de l’Histoire du cinéma », rien de moins.

Les premiers commentaires des magazines spécialisés ou sur le net sont du même acabit. On serait face au Graal des ‘70s, au premier brûlot anti-Vietnam dans l’Amérique de Ford et de Carter. Bon, on se calme les amis. Rolling Thunder est un excellent film mais reste un B-movie, de luxe certes, mais pas exempt de défauts.

Brûlot anti-Vietnam? mouais…

Sorti en France sous le titre plus explicite de Légitime Violence, Rolling Thunder fait référence aux campagnes de bombardements aériens de la Guerre du Vietnam. Tout le paradoxe du film est ici. Hésitant constamment entre évocation martiale et revenge movie, la pellicule trouve difficilement son chemin. On aime à le citer comme premier film anti-Vietnam, avant Voyage au bout de l’enfer, sorti un an plus tard. Mais on est loin de la force de Cimino. Car il s’agit ici de mettre en avant, en pleine mode de la psychiatrie du trauma, les conséquences néfastes de l’enfermement, de l’isolement et de la torture. Et c’est plutôt pour justifier le parcours vengeur du héros, au prix de flash-backs grisâtres et en grande partie ratés, que le réalisateur John Flynn appuie sur la touche « la guerre, c’est pas bon pour la santé mentale ». Pas de remise en question de la politique américaine, voire même glorification de l’encadrement des vétérans. C’est le Viet Cong qui s’en prend plein la gueule, adepte qu’il fut de la torture et d’autres joyeusetés.

Un Vigilante assez classique

Le corps du film s’attache avant tout à exploiter le juteux sillon du Vigilante, très en vogue depuis Un justicier dans la ville avec ses « la police est incompétente », « on va les dégommer nous-mêmes ces salopards » et ses sous-textes vaguement racistes. Dans le livret, excellent de drôlerie et hyper informé, Garnier confirme que le scénario initial signé par Paul Schrader insistait beaucoup plus sur les aspects anti-militaristes, horrifiques et nihilistes. Refusé comme tel, le script est retravaillé par Heywood Gould pour donner plus d’épaisseur aux personnages et atténuer les dialogues incorrects. A l’arrivée, si le film devient respectable, il perd une partie de sa substance bis et jouissive. Pour preuve, la fameuse scène du broyeur à ordures où le personnage principal se fait manger la main qui devient, après une projection-test catastrophique, une gentille saynète de plomberie… Idem pour la scène finale. Flynn use d’un découpage parfait mais on sait, photos de tournage à l’appui, que le carnage cathartique voulu par Schrader fit les frais d’une réécriture cool Raoul et de coupes en salles de montage. 

Acteurs au top

Il serait néanmoins injuste de reprocher à John Flynn d’avoir voulu hisser son film au niveau des grands films de studio. La direction d’acteur est irréprochable. On n’a jamais vu William Devane aussi bon et borderline. Jamais Linda Haynes n’eut et n’aura un rôle aussi sexy et ambigu. Enfin et surtout, Tommy Lee Jones, dans un de ses premiers efforts face caméra est félin, inquiétant et manie les flingues comme Dirty Harry. Souci de l’entreprise, les personnages, s’ils sont « épaissis » n’en restent pas moins monolithiques. No stress pour les spectateurs de drive-in et les DVDvores, on peut se laisser aller à nos petites activités annexes. Les méchants restent méchants et les gentils restent gentils. La subtilité n’est pas le genre de la maison et ce ne sont pas les personnages du flic maison (Lawrason Discroll) et des méchants (les sublimes James Shock corridor Best et Luke Easy rider Askew) qu’on aurait vu chez Cassavetes…

Une dramaturgie hésitante

Comme souvent chez Flynn, les personnages subissent les événements plus qu’ils ne les suscitent. Devane semble plus errer entre son Texas et le Mexique que d’accomplir sa mission et d’assumer son destin. Un Macadam à deux voies involontaire en quelque sorte. Un relatif ennui s’installe donc chez le spectateur devant ce road movie fait d’allers-retours répétés de la pourtant bien sympathique cadillac rouge… Les scènes de baston égayent alors le métrage à coups de prothèse aiguisée entre les jambes. Le bisseux jubile enfin! 

Porté pendant quatre ans par le producteur Lawrence Gordon, tourné et monté en quelques semaines par une bande de vieux et futurs vieux briscards (Frank P. Keller au montage et Jordan Cronenweth à la photo), Rolling Thunder n’est pas le film coup de poing qu’on nous a promis. Il n’en est pas pour autant indécent, loin de là. Mais pas de tromperie sur la marchandise, le film reste un digne représentant du cinoche d’exploitation des ‘70s, ni plus, ni moins. Et nous, on adore ça!

Durée : 01h35

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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daniel rezzo
31 Août 2015 à 08h06

en effet, on se rapproche, un peu, de Peckinpah mais, comme la scène finale, on est très loin du maître...

mjfb
24 Août 2015 à 18h42

Lynda Haines explose la rétine de toute sa blondeur et sa fraicheur.
Elle offre au héros une possibilité d'échappée à la folie meurtrière qu'il côtoie depuis son emprisonnement au Vietnam. Mais ce dernier est depuis un mort vivant, et n'aspire plus aux joies d'un idéal de vie normale. Après avoir tant souffert et certainement frustré de n'avoir pas bouffé du jap, il revient chez lui où le sort s'acharne à lui pourrir l'existence. Confronté à une telle violence et à la perte de sa famille, il décide de se comporter en justicier et part au Mexique pour défier les assassins de sa famille.

Le personnage de Lynda Haynes me rappelle beaucoup celui de la très sensuelle Isela Vega dans le film de Sam Peckinpah "Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia". Mais Rolling Thunder reste un peu en dessous.
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Critique mise en ligne le 23 Août 2015

AUTEUR
Daniel Rezzo
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