Sorties DVD et Blu-ray
Sorcerer

On croyait Sorcerer perdu et enlisé dans les terrains boueux d'Amérique Latine. Le Magnum Opus de Friedkin (Le Convoi de la Peur en français) a bouffé la poussière à sa sortie en 1977, plombé les caisses de la Paramount et de Universal et sûrement retardé l'agrandissement de la villa de Bel Air du maestro.

Sauf les tragiques VHS et DVD disponibles aux US dans un affreux recadrage 4/3 et aux couleurs passées et sombres, on n'avait plus de nouvelles de ce qui est considéré à raison comme le troisième chef-d'oeuvre de Friedkin après French Connection et l'Exorciste.

La galette que je tiens en main est sans conteste un des événements de l'année. Depuis le retour en grâce du réalisateur suite aux formidables Bug et Killer Joe, on lui déroule le tapis rouge et on cède de nouveau à ses caprices. Depuis 2012, C'est Universal qui détient les droits de l'objet et, après quelques passages au tribunal, il est convenu qu'une remasterisation serait lancée. C'est Ned Price qui supervisera le travail. Friedkin engage Bryan McMahan pour les couleurs et Aaron Levy pour le son.

En août 2013, le film est projeté au festival de Venise. Le buzz est lancé laissant une nuée de fans dans l'attente insurmontable de la sortie en Blu-ray.

Alors, que vaut l'objet disponible aux Etats-Unis depuis une dizaine de jours ? L'emballage est assez cheap. Point ici de travail à la Apocalypse Now. Sorcerer est uniquement disponible sous forme d'un digibook qui nous offre, en prime, la trogne de Friedkin en quatrième de couverture, prétexte à une réclame bas de gamme pour ses Mémoires. A l'intérieur, le livret de 38 pages est un patchwork de photos du film, assaisonné d'extraits... devinez... des Mémoires de Friedkin. Rien de bien passionnant donc sauf à comprendre le traumatisme vécu par le gaillard suite au bide public et critique de sa pellicule (« Bad reviews are like watching your kid being heckled during a soccer match »).

Aucun bonus n'accompagne le film. Le critique paresseux s'en offusquera. On a tout dit, tout entendu sur Sorcerer. Basta... Place aux bobines ! Friedkin inonde déjà de superlatifs quelque peu malhonnêtes les bonus d'autres galettes. Le silence est une vertu. D'autant que le DVDvore compulsif que je suis ne veut pas perdre de temps à ces desserts souvent indigestes, prolongeant un repas suffisamment roboratif.

L'émotion est intense une fois la galette engloutie par la machine. L'image est d'une limpidité impressionnante avec un ratio 1.78:1, respectant le ratio original de 1.85:1. Gros boulot de Price et McMahan sur un négatif annoncé comme catastrophique. C'est à un autre film qu'on assiste. Le parcours des trois protagonistes est ressuscité. A Jérusalem, Kassem (Amidou) dépose une bombe dans une atmosphère ocre et poussiéreuse. A Paris, Victor Manzon (Bruno Cremer) perd une fortune et risque la prison, au milieu de la forêt de Fontainebleau, verdoyante et chatoyante. A New York, Jackie Scanlon (Roy Scheider) dérobe l'argent de la paroisse dans une ambiance sombre et brumeuse.

A Porvenir, quelque part en Amérique du Sud, c'est une compagnie pétrolière qui fait survivre une misérable population, qui subit les explosions, oranges, la pluie, noire, et la jungle, verte. Les visages sont filmés de près et la remasterisation n'est pas avare de sales gueules, de gouttes de transpiration et autres détails corporels... Restitution hypercolorée donc qui en désarçonnera plus d'un, l'auteur de ces lignes y compris, tant la merde et la gadoue se voient parées de couleurs vives. Les trois fugitifs tentent de survivre à l'endroit mais, portant leur croix, feraient tout pour quitter l'enfer, sans divulguer le motif de leur présence au milieu de nulle part.

Quand les gros bras de la compagnie cherche des irresponsables pour transporter de la nitroglycérine sur une distance de 300 km, les trois gaillards répondent présents. Accompagnés du mystérieux Nilo (Francisco Rabal), ils s'engagent dans un parcours insensé et oppressant. McMahan, aux couleurs, réprime ses pulsions de coloriste. La jungle reprend ses droits. La grisaille et la boue aussi. Et c'est Aaron Levy, au son, qui se lâche. Au départ en stéréo, Sorcerer se voit offrir un 5.1 (en DTS-HD et sous-titres en français siouplaît) à faire péter les enceintes. La musique de Tangerine Dream n'a pas pris une ride. Edgar Froese et ses acolytes lâchent leurs claviers sur les routes cabossées de l'enfer... La scène du pont est réellement magnifiée par les éclats des planches, la pluie incessante et les aboiements des conducteurs suicidaires.

On sort de Sorcerer trempé, évidemment, et sous le choc du travail accompli. Sorcerer est bien le chef-d'oeuvre qu'on supputait. Storyteller de génie, Friedkin a fait le job. En plus, il le vend comme un chef. Damned, me voilà obligé d'acheter ses Mémoires...

Durée : 02h01

Date de sortie FR : 15-11-1978
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 01 Mai 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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