Sorties DVD et Blu-ray
The Lords of Salem

 

Rob Zombie nous révèle enfin sa vraie nature dans The Lords of Salem. Créateur torturé, cinéphile acharné, Rob a mis beaucoup de lui dans cette oeuvre hors normes. Et il n'a pu que susciter adhésion ou incompréhension parmi ses fans, aux aguets depuis la délicieuse Maison des 1000 Morts sorti il y a 10 ans déjà.

Le cinéma horrifique a ceci de caractéristique qu'il est souvent une expérience collective. Les chiffres de fréquentation sont excellents pour ces films qu'on aime regarder en groupe, partageant sourires et effrois. C'est en salle qu'on va sursauter, guettant les réactions de la grosse dame de la quatrième rangée et des boutonneux qui s'isolent dans le coin pour partager leurs salives. La salle et ses spectateurs prolongent le plaisir qu'on a à se faire peur...

A l'opposé de ces frissons mainstream, The Lords of Salem sort directement en DVD et ce n'est pas plus mal. Ironie du sort, Rob Zombie profita d'une liberté totale offerte par les producteurs d'Insidious et de The Conjuring pour tourner sa vision du Mal et du tragique, loin des portes qui grincent, des jumpscares et des effets grand public.

Dans ma cave, face à Rob et ses vision de l'Enfer, j'ai partagé quelques-unes de ses angoisses et frémi avec lui, tutoyant certaines de mes pensées les plus noires.

Le réalisateur-scénariste nous convie à la décomposition délirante et trippante d'une animatrice de radio, Heidi, interprétée par l'incontournable, et enfin compétente, Sheri Moon Zombie. Descendante d'une génération de sorcières, elle est rappelée à sa fonction atavique quand un disque débarque sur sa platine. Incantations diaboliques susurrées par un groupe, The Lords, qui vont réveiller la nature de la belle DJ et la pousser à enfanter le rejeton que le Démon attend depuis la nuit des temps.

Succession de scènes cauchemardesques, The Lords of Salem est autant d'hommages à la compagne de Rob qu'au cinéma qu'il a dévoré et foutrement bien digéré (le cinéma hein, pas touche à Sheri Moon!). Il y a du Ken Russell (Les Diables, Le Repaire du Ver Blanc, Au-delà du Réel) dans l'approche excentrique et baroque des scènes sabbatiques. Les travellings kubrickiens (Eyes Wide Shut, 2001) aèrent quelque peu l'oppression digne des meilleurs productions britanniques (Le Voyeur, Twisted Nerve) et polanskiennes (Répulsion, Rosemary's Baby).

Quelques scènes sont brillantes et glaçantes (Heidi pénétrant dans la cathédrale en plein Requiem de Mozart, ses tourments nocturnes bercés par la lune de Méliès, le cortège des sorcières menées au bûcher), d'autres maladroites et improbables (le curé libidineux, la fin quelque peu bâclée). Mais on reste scotché devant cette peinture intimiste de gens ordinaires, moches et patauds qui nous ramènent à nos propres angoisses ordinaires, soulignées par la musique sous LSD de John 5, le guitariste du groupe de Rob.

 

Plaisir geek, The Lords of Salem est aussi l'occasion de découvrir dans des rôles inattendus des seconds couteaux imprimés sur quelques précieuses pellicules bis. Ken Zombie Foree, Meg Invasion Los Angeles Foster, Dee La Colline a des Yeux Wallace ou Maria Conchita Running Man Alonso accompagnent Jeff Daniel Philips, alter ego saisissant du maître, et le véteran et excellent Bruce Davison.

Preuve supplémentaire que Rob Zombie adore ses acteurs et leurs personnages, leur offrant une vraie épaisseur. C'est chez ses amis, chez ses contemporains, peut-être chez ses fans que Rob retrouve un peu de quiétude. Les scènes de groupe exhalent une tendresse et un apaisement qu'on aimerait partager. On est là Rob, prêts à te suivre dans tes prochains voyages, peu importe où ils nous mènent (1).

(1) Ayant appris que son prochain film parlerait de hockey, j'ai quelque peu revu mon jugement...  

La suite de notre dossier Rob Zombie, c'est par ici

Durée : 01h41

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Princécranoir
28 Octobre 2013 à 14h35

Empreint de mélancolie et parfois zébré d'éclats poétiques, le film s'avère hélas affreusement bancal, maladroitement monté, et terriblement brouillon dans son développement final. Rob Zombie est en train de s'égarer dans un surréalisme de contrebande qui tourne à la pacotille.
ps : bravo pour votre sélection au GBA

Olivier Grinnaert
27 Octobre 2013 à 16h08

Parlons d?abord de la direction d?acteurs qui jusqu?à présent n?était pas le fort de monsieur Zombie (comme beaucoup de réalisateurs de films d?horreur d?ailleurs). Déjà, les trois s?urs sont franchement bien dirigées, et en ce qui concerne madame Sheri Moon, je la trouve touchante, convaincante, la plastique toujours aussi agréable et surtout, ses fringues sont vraiment géniales.
Parce qu?il faut en parler, des costumes, des décors, de la lumière? Visuellement, la direction artistique de l?ami Rob est magnifique, bardée de visions inspirées et surtout cohérente.
C?est sûr que le scénario laisse à désirer, mais la mise en scène de Zombie élève l?ensemble d?un sacré cran. S?intéressant toujours à des laissés pour compte d?une Amérique profonde et modeste, il parvient à installer un malaise tenace, proche du Polanski de Répulsion. Rob tourne le dos aux effets faciles et réussit un truc incroyable : mettre en scène des scènes de sorcellerie crédibles sans jamais tomber dans le ridicule. Enfin l?utilisation de la musique est franchement jouissive (déjà cette idée de base de vinyle maudit je trouve ça proprement excellent et cette chanson du Velvet Underground à la fin !), d?ailleurs d?une manière générale le traitement sonore est franchement inspiré, rappelant souvent le travail du Argento de la grande heure. L?influence d?Argento n?est d?ailleurs pas négligeable, voire l?espace délirant de l?appartement numéro 5.
En bref, je trouve le film franchement rassurant. Connaissant les problèmes financiers et de production du métrage, on rêve de ce que Zombie pourrait faire en travaillant avec un scénariste digne de ce nom, des moyens conséquents et surtout une liberté artistique totale.
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Critique mise en ligne le 26 Octobre 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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