Sorties DVD et Blu-ray
The Other

En 1971, Le roman de Thomas Tryon fait sensation. Neuvième sur la liste des best-sellers aux States, le bouquin creuse le sillon de Rosemary’s Baby, publié quatre ans plus tôt. Thriller psychologique teinté de surnaturel, The Other excite les foules lettrées comme le fait The Exorcist de William Peter Blatty qui paraît la même année. Thomas Tryon n’est pas un écrivain mais plutôt un acteur en quête de reconnaissance. Sans engagement, il développe un scénario. Sans contrat, il en fait un roman. Son entêtement paiera. Car le succès du bouquin lui ouvre les portes d’une adaptation cinématographique dont il signe, bien sûr, le scénario.

On est en 1935. Dans le Connecticut, le famille Perry occupe une vaste ferme. L’été se prolonge langoureusement et les mines sont tristes. Le père est mort en dévalant les escaliers de la cave et la mère se morfond dans le grenier. Les vastes étendues des champs de blé, les pollens irritants et obligations ménagères rythment le temps qui n’en finit pas. Les jumeaux de la famille endeuillée s’agitent, jouent et exaspèrent les besogneux. Dès les premiers plans, on suit Niles et Holland (Chris et Martin Udvarnoky) dans leurs jeux innocents. Leur agitation bouscule la tristesse éthérée de la campagne de la Nouvelle-Angleterre. Holland est un sale gamin. Il pousse Niles à la faute. Quand le cousin Russel chute dans la grange, quand la vieille voisine s’effondre de peur, on se prend à imaginer les pires choses sur le duo diabolique que forment les petits anges.

Drame du traumatisme enfantin, The Other développe la thématique de l’enfant maléfique, comme on le vit dans Bad Seed et qu’on reverra dans The Omen. Mais point ici de tension palpable d’entrée de jeu. Richard Muligan prend le temps de poser les enjeux dans un mid-tempo un peu daté. Pas de jump scare dans ce cinéma, loin des canons d’Hitchcock et Friedkin.

Ici tout est lumineux, et loin des ambiances glaçantes de ses confrères, Mulligan se rapproche plus de Weir (Picnic at Hanging Rock) et Winner (The Nightcomers). Il ne va pas jusqu'à attribuer à la nature des compétences et des vices cachés mais il parvient à utiliser l’environnement (vents, pluie et soleil éclatant participent à la fête) pour asseoir un climat lentement anxiogène. La caméra se veut smooth et évite les zooms stressants. La belle mélodie de Jerry Goldsmith (dont la moitié du score fut abandonnée) renforce ce paradoxe, entre été moite et tension doucement glaçante…

C’est sûrement le reproche principal qu’on fera à Mulligan et Tryon car le premier acte peine à établir une émotion spécifique qui tiendrait le spectateur en haleine. Entre chronique familiale désenchantée et film d’apprentissage, la première demi-heure déçoit.

C’est l’enchaînement des drames et un premier twist qui font démarrer l’entreprise (carton rouge à l’éditeur Eurêka qui les spoile honteusement sur la jaquette de l’objet). Le rythme s’installe et on s’accroche à son siège comme aux personnages. Mulligan, bien connu pour sa direction naturaliste de jeunes acteurs (To Kill a Mockingbird jusqu’à The Man in the Moon avec Reese Whiterspoon), fait exploser les talents des jumeaux Udvarnoky. Mais c’est l’allemande et théâtrale Uta Hagen, en grand-mère russe, qui emporte le morceau, tant sa prestation dramatique et bergmanienne appuie sur le bouton terreur de notre cerveau.

Succès plus que relatif tant critique que public, The Other fut balayé par les efforts plus efficaces de L’Exorciste et de The Omen. Mais l’ambiance cotonneuse du Connecticut (même si le film fut tourné en Californie!), élégamment filmée par Robert Surtees (Ben-Hur, The Graduate) mérite qu’on s’y attarde.

Service minimum pour Eurêka qui nous livre un joli combo Blu-ray/DVD à jaquette réversible. On l’a dit plus haut, les spoilers y abondent. Evitez d’y jeter un oeil! Joli livret à l’intérieur mais pas de bonus. On se rattrapera grâce au travail sur l’image. Respectant le format original en 1.85:1, les couleurs sont stables, précises et totalement nettoyées. Ici ou là, les plans larges naturels se révèlent flous mais rien de gênant. Le son, un clair LPCM 2.0, respecte parfaitement le matériel d’origine. 

Durée : 01h48

Date de sortie FR : 20-12-1972
Date de sortie BE : 04-02-1974
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Critique mise en ligne le 07 Juin 2015

AUTEUR
Daniel Rezzo
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