Edito
Carnet de Festival - Arras Jour 3 (Fin)

J’ai écrit, hier, douze pages chargées de génie. De ma main, sur papier. Un texte d'un lyrisme sauvage, d'une folle inventivité. J'y contais mes longues journées privées de nuits et mes nombreuses rencontres, les innombrables chefs-d’œuvre vus dans les salles arrasoises et même la nuit dingue passée à boire des coups, à réinventer le monde avec Asia et son père. Mais voilà : toutes ces pages, leur réalité relative et toute ma vanité de scribouillard se sont envolées. Parties au vent, sous une pluie battante. A l’heure où j’écris, il n’en reste rien. C'est pourquoi je me vois contraint de revenir à l'essentiel d'un festival au charme aussi certain que mes souvenirs en seront doux.

D'une sélection, peu risquée mais charmante, nous reste plusieurs beaux films dont deux très bons. (Qui, je l’apprendrai plus tard, seront justement primés) Vous l'aurez peut-être remarqué, chers lecteurs, mais mon utilisation de le première personne du singulier a bifurqué au pluriel. Le festival n'étant plus à mes yeux uniquement mon festival (celui de mon arrivée) mais bien celui d'une petite entreprise dont on reconnaîtrait, sans jamais dire mot, chacun des membres. Entre deux projections, entre deux verres, entre quelques cigarettes ou dans la pénombre quasi permanente des salles de cinéma, se croisent les regards. Au mieux un signe de tête scelle la reconnaissance de deux cinéphiles. Le sentiment qui persiste est agréable, voilà bien l'essentiel.

D'autant que les deux derniers films furent plutôt plaisants. A 14h, je découvre Aces. Il me semble être l’antithèse du film roumain vu la veille. Il se veut confortable et cherche dans une certaine pesanteur à apporter du plaisir au spectateur mais tombe, au cours d’une dernière partie défaillante, dans l’évidence de l’engagement. La première partie plus aérée s’oublie et laisse place à une dernière demi-heure sur signifiante s’achevant tout de même dans un très joli plan : l’héroïne, les yeux plongés dans une mer qu’elle va perdre, ne remarque pas l’ombre apposée sur ses bras puissants mais fatigués, une ombre comme une corde liant les poignets. La sélection naturelle aurait mal tournée. Je me dis : l’actrice (Lola Duenas) est fantastique mais ne rattrape pas la queue du récit, foutraque, molle, en somme peu écrite. S’y glisse même quelques erreurs techniques, flous inopportuns principalement. Voilà, à nouveau un film qui aura laissé passer son véritable sujet : le suivi d’une ouvrière au milieu de mâles à la virilité auto-proclamée, famille improbable mais bouleversante d’humanité. C’est aussi dans cette approche que le metteur en scène montre le plus d’inspiration. Recherche esthétique et travail avec les acteurs irréprochable. On pense à un bon « Sundance film » apaisé.

S’en suivent près de cinq heures sans film. Une éternité. Ou le temps d'un resto. Steak au poivre au brussel's café. C’est presque la maison. Ensuite, je rentre à l'hôtel, j'écris et puis je cherche un sommeil introuvable et m'en vais enfin découvrir le dernier film de mon séjour. Paris of the North, champagne islandais pétillant d'humour mélancolique. C'est doux et lumineux. Et la rencontre (en anglais nordique) avec le réalisateur et le scénariste qui s’en suit me fait aimer le film plus tendrement encore. J'irai ensuite boire un verre avant de m'effondrer vers trois heures dans un lit plastifié, quelque peu déshumanisé qui me fait étrangement penser à un cercueil. Futur commun me dis-je. Pas très profond. Maintenant, je dors.

Le lendemain, vers midi, me voilà dans un court train, direction Liège. Trois wagons bondés pour un long trajet à travers les plaines humides du Nord. Le sud en Belgique et la tristesse de ses villes privées de toute couleur si ce n'est le rouge des briques éternelles. Impossible de dormir, trop de choses à voir. En dehors des écrans mais cadré par les vitres du train : ouvriers éreintés, senteurs de charbon. La terre, le feu pas très loin d'Arras, pas très loin de chez moi. Ma parenthèse cinéphile se referme en attendant que s'ouvre la suivante, ou que reprenne la vie dans son cours le plus tourmenté. En attendant, j'écris. Après sept films en moins de trois jours s'impose l'ennui, alors que faire d'autre qu'écrire sur tout, n'importe quoi, sur moi plus que le cinéma. Mais là, je digresse.

Arras jour 2

Palmarès du Festival :

Un rapide mot sur le palmarès de ce quinzième Festival du Film International d'Arras. Mes deux coups de coeur primés.

Atlas d'or : Fair Play de Andrea Sedlackova 
Atlas d'argent : The Fool de Yuri Bykov
Mention Spéciale : Pause de Mathieu Urfer
Prix de la critique : Quod Erat Demonstrandum de Andrei Gruzsniczki 
Prix du public : The Fool de Yuri Bykov
Prix Jeune Regard : The Fool de Yuri Bykov

 

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

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Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 17 Novembre 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[128] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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