Edito
Carnets de festival - Entrevues Belfort - Jour 1

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Entrevues est un festival dédié à la découverte de jeunes talents, qui se fixe pour objectif de programmer des 1er, 2ème, et 3ème films, toujours précédés d’un court-métrage en amorce de séance. Belle approche, résolument solidaire avec les créateurs, tant rien n’est plus dur que le démarrage d’une carrière, en particulier le cap du 2ème film. Et positionnement exigeant, qui oblige le critique, souvent blasé de nature et bardé d’a priori, à une curiosité réelle. Pas ou peu de réputation pour annoncer les œuvres présentées, la surprise sera ma routine pour les 4 prochains jours.

Surprise dès la première séance, avec le court-métrage A Tale de l’Allemande Katrin Thomas. Le festival débute donc pour moi avec un récit autobiographique d’une quinzaine de minutes, raconté en hors-champ par la réalisatrice, dont la caméra ne s’intéresse en gros plan qu’aux visages de son auditoire, une classe d’étudiants. Procédé minimaliste, qui inquiète au début, fleurant bon le parti-pris neutre d’un auteur débutant ne sachant quoi filmer. Pourtant, le souvenir longuement partagé par la réalisatrice d’une nuit aux rencontres improbables sur les hauteurs d'un Los Angeles en flamme durant les émeutes de 1992, où elle fut l’hôte amusée puis inquiète de laissés pour compte de l’American Way of Life, infuse lentement l’esprit. Sorte de rêve éveillé reconstruit 20 ans plus tard par la voix chaude et le réel talent de conteuse de Thomas, il navigue entre l’imagerie touchante d’une Americana cabossée, et un malaise diffus, faisant craindre le basculement de l’histoire dans une variante de Massacre à la Tronçonneuse. Et le public de se retrouver par un effet miroir, dans la position des étudiants filmés, simplement suspendu aux mots de la conteuse. Ainsi commencera donc le festival, dans un court moment d’écoute et de partage, dans le ventre chaud d’une histoire simplement racontée. Précieux, et appréciable.

The Mend, premier jet de John Magary me sort de cette parenthèse atmosphérique avec une ouverture rageuse et bordélique, suivant les pas d’un new-yorkais sévèrement azimuté, s’invitant dans le quotidien et l’appartement de son frère, plus effacé, rapidement dépassé par la folie de son aîné. Si l’entrée en matière fait espérer une narration rythmée pour palier un récit que l’on voit venir assez vite, la suite n’est pas franchement fascinante, sans être repoussante pour autant. Banale et attendue, la relation des deux frères aux vies indécises et aux colères non résolues s’étire, et le film se cherche un sujet et une filiation du côté de chez Cassavetes, en multipliant les scènes d’engueulades sans enjeux, tout en réussissant quelques autres et en préservant un espace bienvenu au talent de ses acteurs. Un film « ITunes » en somme, qui se regarde comme on écoute sa sélection musicale non mise à jour depuis 1 an : sans déplaisir ni attente particulière, en mode aléatoire, sans l’entendre vraiment, mais d’où surnagent encore des notes et des moments connus, qu’on se surprend à apprécier encore.

Il aura donc fallu le beau et sensible Permanencia, autre coup d’essai, du Brésilien Leonardo Lacca, pour faire naître une vraie émotion, à travers le séjour chez son ancienne compagne, désormais mariée, d’un photographe organisant sa première exposition. Une histoire sans cesse racontée, mais qui sait partager toute sa douleur contenue avec élégance, dans une parfaite gestion du temps. L’un de ces films discrets, qui s’appuie sur des sensations éprouvées par tous, et chargeant des acteurs précis et inspirés de les rendre avec précision, pour tenter d’entraîner le spectateur à la suite des personnages, dans l’espoir d’une consolation. Encore un partage, et un art de l’écoute. 

 

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 24 Novembre 2014

AUTEUR
Emmanuel Raspiengeas
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Après avoir longtemps voulu devenir « facteur-Robert Mitchum-journaliste », l’heure des ch...
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