Edito
Carnets de festival - PIFFF jour 4

 

Compte rendu un peu étrange aujourd'hui car je ne suis pas allé au festival. En effet sur les 4 films présentés hier, j'en avais déjà vu 3. Cela ne va pas m'empêcher d'en parler mais je préfère avoir l'honnêteté de vous le dire.

A 14h était présenté Alleluia de Fabrice du Welz. Ne nous le cachons pas Fabrice du Welz n'a jamais véritablement confirmé le talent perçu dans son premier film, Calvaire en 2004. Après le catastrophique Vinyan en 2009 il a eu beaucoup de mal à monter ses projets. Il s'est retrouvé à la barre de Colt 45 film policier resté dans les tiroirs pendant un an avant de sortir cet été dans l'anonymat le plus total. En parallèle, il est parvenu à financer Alleluia, ce projet plus personnel retraçant l'odyssée meurtrière d'un couple d'amants inspiré très librement de l'histoire vraie des amants Raymond Fernandez et Martha Beck qui étaient déjà à l'origine de l'excellent Tueurs de la Lune de Miel de Leonard Kastle (1969). Tourné dans un 16mm granuleux et crapuleux à souhait Du Welz injecte un humour noir souvent réussi dans des scènes où domine le malaise le plus total. L'atout majeur du film est la prestation hallucinée et hilarante d'un Laurent Lucas malheureusement trop rare sur les écrans. Face à lui Lola Duenas n'est pas en reste en femme follement amoureuse de son homme et prête à tout pour le garder pour elle. Le film n'est aussi raté que Vinyan cependant il reste au seuil de son sujet sans jamais trouver le ton juste. On navigue donc entre d'horreur, humour noir social à la C'est arrivé près de chez vous et histoire d'amour aliénée et sanglante. Les ingrédients sont là, la mise en scène fiévreuse et la photographie volontairement sale sont un écrin de choix mais au final il ne se passe pas grand-chose. Le film ne va pas assez loin, reste trop confortablement installé sur son postulat (un couple qui escroque des femmes faibles pour mieux les assassiner).

La séance culte est consacrée à Avalon de Mamoru Oshii sorti en 2001. C'était à l'époque le premier film live du réalisateur culte de Ghost in the Shell. Les premières images qui nous étaient parvenues paraissaient dingues et l'excitation était à son comble dans la communauté geek de l'époque. Le film avait sans doute beaucoup déstabilisé par son propos complexe, sa photographie intégralement sépia et ce choix de faire le film en Pologne et en polonais. C'est sans doute pourquoi aujourd'hui il semble un peu oublié, il n'a pas marqué le genre à la hauteur de ses qualités. Car quoiqu'on en dise cela reste un film visionnaire qui, à l'instar de Matrix sorti deux ans avant, superposait des couches de réalité comme autant de virtualités numériques dans lesquelles les personnages finissaient pas se perdre. Au-delà de son propos le film est une merveille visuelle, intemporelle et anachronique rappelant autant le cinéma soviétique classique qu'une science fiction décadente post apocalyptique. On se souviendra longtemps également de la bande originale absolument sublime de Kenji Kawai qui orchestrait une symphonie opératique bouleversante et mythologique. Un petit chef-d’œuvre injustement oublié à redécouvrir, qui figure toujours à l'heure actuelle parmi les films les plus intéressants sur le jeu vidéo.

Enfin le festival diffusait hors-compétition R100 de Hitoshi Matsumoto. Matsumoto a gagné ces dernières années une réputation de réalisateur culte basée sur ses deux premiers films, Big Man Japan et Symbol. Deux films absolument uniques dans leur propension à aller dans l'absurde le plus total saupoudré d'un humour de cour de récréation. Un cinéma extrême mais qui démontre une vraie personnalité hors-norme et iconoclaste en plus d'un certain talent de réalisateur. Il faut voir l'hallucinant Symbol, l'histoire d'un homme coincé dans une pièce blanche dont il ne peut sortir. Une espèce de version dégénérée écrite en mode random de Cube. Il avait un peu déçu avec son troisième film, Saya Zamourai qui tentait de raccrocher son univers à quelque chose de plus populaire voire même d'un peu enfantin. Plaisant mais beaucoup plus inconséquent. R100 revient à ses premières amours en nous racontant l'histoire de ce salaryman qui, par ennui, décide de faire appel à une société de services SM. Sauf que les sévices peuvent survenir n'importe quand. Quand il marche dans la rue, dans son travail etc... Eh bien évidemment c'est l'escalade avec une explosion dantesque et jouissive. N'oublions pas la mise en abyme absurde au cours de laquelle les producteurs du film viennent interrompre le tournage pour discuter de l'évolution plus que douteuse de l'intrigue. Le film est assez inégal, sa première partie se traîne un peu trop et tout n'est pas hilarant mais on retrouve une fois de plus la personnalité si particulière de Matsumoto. Par exemple  dans cette façon étrange qu'il a de nous montrer physiquement le plaisir sexuel du personnage principal par le biais de vagues électromagnétiques qui s'échappent de son visage en le déformant peu à peu. Cette manière de mettre en scène la bizarrerie comme un élément purement non-évènementiel est ce qui la rend d'autant plus saugrenu. Bref un vrai délire, une version débile de The Game qui malgré ses baisses de régime vaut largement le coup d'oeil !

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 22 Novembre 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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