Edito
Débat autour de Star Wars Episode VII

C’est une tradition, les passeurs fêtent Noël ensemble. Ils peuvent ainsi parler exclusivement de l'objet de leur obsession : le cinéma, loin des moqueries constantes de leurs familles qui les comparent indistinctement à des monomaniaques. Cette année, tout avait pourtant bien commencé. Alors que les cadavres de bouteilles s’amoncelaient sur un coin de table et que les discussions autour du top 10 de fin d’année étaient animées mais cordiales, le ton a subitement dégénéré. Nous en étions arrivés à la distribution de cadeaux qui sont offerts anonymement. Quelle ne fut pas notre surprise quand l’un d’entre nous déballa l’emballage d’une reproduction miniature de BB-8, le petit droïde de l’épisode VII de Star Wars.

- C’est quoi cette merde ?

- Tu vois bien que c’est BB-8, ça doit coûter une fortune ce truc.

- Il est indiqué qu’il reconnaît ta voix et y réagit.

- Non mais vous pensez vraiment que je vais communiquer avec ça ?

- Il est aussi indiqué qu’il dispose de son propre cerveau. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire.

- Mais on s’en fout bon sang. Ce Star Wars est un labyrinthe de Fan Service. Ca ressemble à Star Wars, ça a l'odeur de Star Wars, mais ce n'est définitivement pas Star wars, ça a plutôt un bon gros goût de soupe industrielle.

- T'façon ça a toujours été nul La Guerre des Etoiles, non ?

- Si cela avait été toujours nul on en discuterait même pas.

- La dernière fois que j'ai vu les trois premiers épisodes, c'était lors de la pire gueule de bois de ma vie.

- Il est très bien ce cadeau. R2D2 et BB-8 sont les seules choses intéressantes à retenir de ces 7 épisodes.

- Ah, c’est toi qui as mis cette bille sous le sapin.

- Même pas, j’ai mis l’édition non censurée de Nymphomaniac.

- Vous exagérez. J'ai eu ce que je voulais avec Star Wars, et comme il m'en fallait peu pour passer un bon moment... On me proposerait d'y retourner j'y retournerai. Vous vous attendiez à quoi ? Star Wars a toujours été un produit d'appel marketing et aseptisé.

- Non, non et non Star Wars n'a pas toujours été un produit d'appel marketing. On parle quand même d'un film qui a été produit à l'ombre des studios par un cinéaste indépendant, et sur lequel personne ne misait un kopek à sa sortie. C'était une putain de porte ouverte vers un cinéma de l'imaginaire, avec une vraie mythologie, pas un putain bidon de lessive comme ce réveil de la force, qui manie des éléments constitutifs et fondamentaux de la saga n'importe comment.

- Incroyable ! On peut aussi enregistrer et visualiser des vidéos holographiques virtuelles avec BB-8.

- C’est pas toujours virtuel un hologramme ? Ils nous prennent vraiment pour des tanches les marketeux.

- Idem, j'ai halluciné de voir à quel point ça copiait la première trilogie sans rien apporter de neuf... les clins d'yeux insistants, non merci. Et le grand méchant qui ressemble à un clone raté de Golum dans Le Seigneur des Anneaux. Mouarf.

- Je trouve les comédiens très bons y compris la jeune actrice (vraiment), comment elle s'appelle encore ?

- Celle qui joue Rey ?

- Oui.

- Daisy Ridley !

- Ouais on dirait une version fadasse de Keira Knightley.

- Sans parler de la belle surprise d'y retrouver Oscar Isaac. N'oubliez pas que le film est un produit marketing parmi d'autres, qu'il doit toucher tous les publics, nouveaux et anciens. Que tout est affaire de compromis, et qu'à partir de là difficile de combler les plus exigeants. C'est se mentir que de croire qu'il aurait pu en être autrement vu les enjeux financiers qui aujourd'hui entourent la franchise. On est plus dans 80's les mecs. Business is business.

- Quelle déprime d’entendre ça. C’était le bon temps les eighties.

- Qu'Abrams réussisse le rêve absolu industriel: fabriquer le même avec un goût de nouveau, ou fabriquer du nouveau avec le goût du même, ne fait pas de doute. C'est ce qui taraude toujours l'industrie et Abrams qui au fond ici troquent l'ironie pour la mélancolie. Sinon c'est un excellent raconteur d'histoires, c'est fluide, bien mené avec des petites surprises qui n'en sont pas vraiment. C'est à la fois de la réminiscence, de l'infantilisation, de l'auto-nostalgie narcissique. Bref, c'est intéressant mais ça ne dépasse jamais son concept industriel parce que ça ne le peut pas de toute façon.

- Je n’ai rien compris mais je suis d’accord avec toi.

- Désolé de pas comprendre ce qu'il y a d'intéressant dans de "l'infantilisation et de l'auto nostalgie narcissique", Surtout lorsque tu as en face l'antithèse absolue de ce Retour de la force, avec Fury Road qui a quand même prouvé qu'il n'y avait de fatalisme obligatoire dans un blockbuster produit au sein des studios et issu d'une grande franchise préexistante.

- Certes le film calque l’intrigue des 4,5,6 et n’invente rien de nouveau en multipliant les clins d’yeux à la saga plus ou moins agaçants (La cantina) ou réussis (l’apparition du Millenium). Le côté soap-opera est très fortement appuyé et surtout catastrophiquement mal amené dans le récit. J.J. Abrams commence tout juste à piger la différence entre mise en scène télé et cinéma et son film manque cruellement de souffle, d’épique, de vraies séquences qui soient dramatiquement, spatialement, picturalement fortes, cohérentes, intéressantes. Ceci dit : dans ses 40 premières minutes, le film prend le temps de se poser, et laisse enfin naître un peu de magie, un peu de cinéma. Je pense particulièrement à tout ce qui concerne le personnage de Rey sur Jakku. Qu’elle descende la pente de sable sur un morceau de tôle ou qu’elle prenne sa collation avec un casque sur la tête, ça n’a l’air de rien, mais ça change tout. Malheureusement, après le film oublie ce rythme et fonce tête baissée sans prendre le temps de se poser. Il ne retrouve jamais le niveau de ses 40 premières minutes.

- Il reste du vin ?

- Brad Bird t'irritait pour un ou deux placements de produits, mais là c'est l'avalanche, c'est pas du coca, c'est un placement de produit de ce qu'est devenue la marque « star wars ». L'apparition du faucon Millenium c'est juste pas possible, c'est du fan service qui n'a rien compris à la mythologie. On te montre 2 newbies apprendre à piloter en 5 secondes chrono un tel vaisseau, et pour le coup c'est l'aura de Solo et du millenium qui en prend un coup, on est vraiment dans une logique d’éjaculateur précoce, on te met au commande du millenium et c'est parti tu es un as, un sabre laser...idem, la force idem. La où la trilogie originale était un récit d'apprentissage là c'est juste le néant à mon sens.

- Répondez bon sang, est-ce qu'il reste du vin ?

- Bouge tes fesses et va voir à la cave. 

- C’est pas vrai ! Nous n'avons pas vu le même film. Dans celui que j'ai vu, il est dit qu'il y a plusieurs années qu'Unkar Plutt possède le vaisseau et que Rey, qui travaille pour lui, a été employée à y apporter des modifications à ses côtés. Pour les duels au sabre laser, même constat. Les styles sont différents dans les trois trilogies. Les jeunes jedis surentraînés de la prélogie se livrent à de folles acrobaties, ceux, vieux et fatigués, de la trilogie originale, adoptent un style autrement plus défensif et opportuniste, lorsque nos nouveaux héros combattent de manière maladroite, brusque et instinctive. Tout cela me semble cohérent et pertinent.

- M’enfin, ils disent que ce jouet n’est pas adapté aux enfants de moins de 36 mois.

- Et alors ?

- Juste en-dessous ils disent qu’il convient aux enfants de trois ans ! 36 mois c’est 3 ans non ?

- Et la scène de la Cantina, vous en pensez quoi ?

- Aucune idée, je n’ai pas encore vu le film.

- C'est bon, j'ai trouvé du vin. Un vieux cubis, ça fera l'affaire.

- On est quand même dans un film Star Wars qui cite explicitement un autre film de la saga, on est pas dans un western et une scène de saloon. Il y a ce même plan de la traîtresse (qui disparaît aussi vite qu'elle est apparue) dans la même position que Leia et Jabba dans le Retour du jedi, avec cette même traîtresse qui ressemble à l'esclave envoyée se faire bouffer au début du même retour du jedi....Dans la cantina de Star Wars tu découvrais toute une faune extraterrestre, là y'a juste rien de neuf, à part une mamie à lunette en ersatz de Yoda.

- Certes le film n’invente rien et joue la carte de la nostalgie à fond les ballons. Mais les premiers Star Wars, les premiers Indy, ne jouaient-ils pas eux non plus directement sur la carte de la nostalgie des fameux serials des années 50 ? Soit 30 ans auparavant ?

- Les Stars Wars et Indy jouaient la carte du revival de tout un pan de la culture serial des années 50 mais juste qu'à preuve du contraire ils proposaient quelque chose de neuf dans le paysage du film de divertissement de leur époque (personne n'avait vu de tels combats spatiaux, de joutes aux sabro lasers...). Qu'est-ce que Abrams propose de nouveau ???? Une étoile de la mort plus grosse mais trop facile à détruire (où elle est l'intensité de la scène de l'étoile noire avec Luke qui apprend à se laisse guider par la force et perd plusieurs de ses compagnons avant de pouvoir viser le point névralgique ? ) et surtout ils établissaient une véritable mythologie, ce que le réveil de la force refuse complètement en ressassant des choses vues mille fois dans le trilogie originale en les vidant de tous leur sens.

- Après une nuit passée dessus je pense franchement que cet épisode est bien pire que la prélogie.

- Non mais on parle de ce benêt qui joue le rôle du méchant ?

- Kylo Ren, si son histoire est ridicule et surtout trop « donnée », a le mérite d’avoir un comédien qui n’a pas froid aux yeux pour l’incarner et surtout une bonne idée : c’est un méchant en formation.

- C'est quoi la bonne idée du méchant ? C'est qu'il est en formation....et alors cela apporte quoi à part un personnage de fan mal dégrossi qui se lamente devant le casque de son papi, qui se fait un casque comme papi, et qui ...spoile... son papa dans un redite embarrassante de la grande scène de l'Empire contre attaque ? Un méchant sans aucun charisme.

- Oui ce grand dadet de film indé là, faut pas qu'il enlève son masque...

- Incroyable, le nombre d’heures que vous pouvez passer à parler de ce truc. J’ai dû voir un ou deux Star Wars et je n’en ai aucun souvenir.

- Il est infect ce vin !!!

- Passons le méchant alors ! Rey et Finn sont de vrais personnages, avec des enjeux existants (à défaut d’être forts) et l’alchimie prend vraiment entre eux à l’écran.

- Désolé de jouer les tristes Sith mais pour le personnage de Rey est juste inexistant, tant il n'est qu'un décalque mal dégrossi de Luke (même décors, mêmes aspirations) mais pour qui la force c'est un truc qu'elle ne connaît pas au début mais qu'elle maîtrise mieux in fine que n'importe qui juste par ce que lorsqu'elle ferme les yeux on lui donne un cours accéléré de la force (peut-être qu'on lui projette à ce moment l'épisode IV qui sait ?), c'est d'une bêtise sans nom.
Et concernant Finn, c'est le même topo, on t'esquisse un vague trauma autour du personnage (avec une des séquences de massacre de villageois qui rappelle tristement dans son traitement anecdotique et sans affect le massacre des apprentis jedis de la prélogie) pour absolument ne rien en faire par la suite (et comme pour Rey on est dans le même syndrome de photocopie Rey-Luke, Finn-Han).

- Waouw c’est dingue !  L'attitude et les actions uniques de votre BB-8 évoluent au fur et à mesure que vous interagissez avec lui.

- Mais tu vas nous lâcher avec ce jouet pour geeks. Donne-le moi ! Regarde ce que j’en fait de ton BB-8, je le prends, je le retourne contre le mur, je le défonce, je l’…

Là, un des passeurs, le plus énervé d’entre nous, se défroqua soudainement, visiblement furieusement imbibé, et chercha à déflorer BB-8. On avait atteint un point de non-retour. Plusieurs passeurs tentèrent alors de sauver les circuits du petit droïde. Des gifles volèrent, des insultes résonnèrent dans tout le quartier. Les passeurs se quittèrent les joues rouges et le regard haineux. Peu importe, demain tout ça sera sans doute oublié. La critique se nourrit de ce type de débats enflammés. D'ailleurs on ne devrait écrire de papiers sur un film qu'après en avoir débattu tous ensemble. On va y penser tiens.

Le mystère demeurt entier, on ne sait toujours pas à l'heure qu'il est, quel est le passeur qui a décidé d'offrir ce BB-8 en cadeau ! L'enquête se poursuit.

(Les noms des protagonistes de cette orgie ont été volontairement masqués, pour des raisons que vous comprendrez, mais étaient présents à ce dîner autour de la dinde Star Wars, Manuel Haas, Olivier Grinnaert, Florian Millot, Lucien Halflants, Daniel Rezzo, Soleil Hakansson, Frédéric Mercier, Jérémy Martin, Cyrille Falisse et Emmanuel Raspiengeas, à vous de retrouver qui a dit quoi, enfin si vous n'avez vraiment rien à faire de mieux...)

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dude
26 Décembre 2015 à 10h37

Fury road c'est bidon, comment peut-on y trouver quoique ce soit ?
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Critique mise en ligne le 25 Décembre 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
[976] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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