Edito
Eté américain: Bilan et réflexions

Etrange. Il y a comme du changement. La rentrée ? Pas seulement. Cette semaine, pas de nouveau blockbuster à l’affiche. D’ailleurs, il n’y en avait pas non plus la semaine dernière. L’été américain est fini, c’est l’heure du bilan, et de quelques réflexions…

Une année catastrophique ?

Cette année, la période qui s’étale du 2 mai au 28 août a été la moins rentable en termes de box-office depuis 1997. En fin de course, seul Les Gardiens de la galaxie dépassera le cap magique des 300 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord (contre deux films l’an dernier : Iron Man 3 et Moi, moche et méchant 2). À l’international, seul Transformers 4 : L’âge de l’extinction a dépassé le cap du milliard. Ça semble énorme, mais le budget des très gros véhicules de l’été flirte souvent avec la barre des 200 millions de dollars, hors frais promotionnels. Autrement dit, beaucoup de ces films peinent à se rembourser sur le seul territoire nord-américain, et engrangent désormais la plus grosse partie de leurs bénéfices sur le marché international. Peut-on expliquer ce phénomène par un ras-le-bol des spectateurs, lassés des mêmes ingrédients, des suites et autres films de super-héros ? En partie. Mais pas seulement. Malheureusement, les grands studios semblent loin de changer leurs caps stratégiques pour les années à venir.

Dragons 2 de Dean De Blois.

Signes avant-coureurs

À la manière dont certains météorologues avaient prévu un été pourri, les observateurs les plus avisés avaient eux-aussi décelé quelques signes avant-coureurs de cet incident industriel. D’abord, plusieurs gros films attendus ont été repoussés et ceci pour diverses raisons (Fast & Furious 7, le prochain Pixar The Good dinosaur ou encore Jupiter Ascending des Wachowski’s). La sortie du Pixar annulée, Dragons 2 s’est retrouvé presque seul sur l’énorme marché du film familial. Enfin, les comédies ont surtout fait le plein sur le territoire de l’Amérique du Nord, beaucoup moins populaires à l’International (22 Jump Street et Nos pires voisins en sont les deux plus fiers représentants).

Gagnants/Perdants

Pour dresser un rapide schéma, le studio perdant est Universal dont aucun film n’atteint le Top 10, que ce soit en Amérique du Nord ou à l’international. Son plus gros succès reste Nos pires voisins. Les gagnants sont d’un côté la 20th Century Fox dont trois des productions squattent les deux tops 10  (X-Men: Days of future past, La Planète des singes: L'Affrontement et Dragons 2) et de l’autre la dream-team Disney/Marvel qui a enchaîné trois énormes cartons depuis avril: Captain America : Le Soldat de l’hiver, Maléfique et Les Gardiens de la galaxie.

Chris Pratt dans Les Gardiens de la galaxie de James Gunn.

Bienvenue dans l’ère Marvel

Depuis presque six mois, les super-héros estampillés Marvel n’ont presque pas quitté l’affiche. Captain America a ouvert la marche suivi par les X-Men, Spider-Man et enfin les nouveaux venus Gardiens de la galaxie. Mais suivez-moi bien: il y a plusieurs fratries au sein de tous ces héros en collants. D’une part ceux dont les droits de la franchise ont été vendus par Marvel à d’autres studios (les X-Men appartiennent à la 20th Century Fox et Spider-Man à Sony Pictures) et d’autre part ceux qui sont produits directement par Marvel Studios en association avec Disney (tous les personnages de la galaxie Avengers et autres Gardiens de la galaxie). Pour ces derniers, l’horizon est sans nuages. D’une part, Thor : Le Monde des ténèbres et Captain America : Le Soldat de l’hiver ont tous les deux battus les scores des premiers volets. D’autre part, le succès des Gardiens de la galaxie scelle la réussite du lancement d’une nouvelle franchise. À noter que l’acteur principal du film, Chris Pratt, jouit d’une grosse côte de popularité aux Etats-Unis et que l’an prochain, il tiendra la vedette de Jurassic World. Un bon point pour la revanche d’Universal.

Le retour de Bryan Singer aux commandes de X-Men: Days of future past s’est soldé par un succès à la fois critique et public, le film surpasse les recettes de son prédécesseur X-Men: Le Commencement, générant ainsi les deuxièmes plus gros bénéfices de toute la saga. Le métrage a des arguments: il propose une rencontre des deux castings (originaux et prequel) et surfe sur la vague de popularité de Jennifer Lawrence. Mais surtout, malgré quelques longueurs, le film exploite pleinement son concept et son potentiel. X-Men : Apocalypse, prévu pour 2016 avec toujours Bryan Singer aux commandes, part donc sous les meilleurs auspices.

Seule ombre au tableau, c’est bien la lose pour Sony et The Amazing Spider-Man 2. Renouvelant les mêmes erreurs (entre autres) que le lointain Spider-Man 3 de Sam Raimi (soit une overdose de super-vilains), le film de Marc Webb engrange des résultats en net recul par rapport au film « original ». Depuis la sortie du film, Sony Pictures a repoussé la sortie du 3ème volet de 2016 à 2018. Du ménage au programme ?

Jennifer Lawrence dans X-Men: Days of future past de Bryan Singer.

Girl Power

Si du changement est à venir, il est probable que l’avenir nous réserve plus de blockbusters mettant en avant des premiers rôles féminins. Maléfique a axé toute sa communication sur la composition d’Angelina Jolie. Sans doute propulsé par la disette de films familiaux, le film a été un énorme succès dans le monde entier. Une chose est sûre, on aura droit à d’autres relectures de contes de fées… Et puis, il y a le carton (eut égard à son budget modeste) du médiocre Lucy. Sorti le même week-end qu’Hercule avec Dwayne Johnson, l’intello-sniper de Luc Besson a mis en pièces la montagne de muscles mythologique. Un succès commercial qui s’ajoute à la vague positive sur laquelle surfe Scarlett Johansson, égarée il y a quelques mois encore sur la pente savonneuse d’un précoce has-beenat. Dommage, Marvel est bien trop occupé pour lancer un Veuve Noire-le film. Si l’on ajoute à cela le rôle primordial de Jennifer Lawrence dans X-Men: Days of future past (en attendant les suites de Hunger Games), les héroïnes semblent avoir de beaux jours devant elles.

Au rayon comédies, si Cameron Diaz n’a pas renouvelé les scores de Bad Teacher avec le bidesque Sex Tape, l’été 2014 a confirmé le potentiel bankable de Melissa McCarthy. Tammy, handicapé par des critiques désastreuses, a effectué un démarrage mou du genou avant de se révéler comme une juteuse opération commerciale sur la longueur. Uniquement sur la présence tonitruante de l’actrice, beaucoup aimeraient en dire autant.

Godzilla de Gareth Edwards

Médaille du mérite

En panne de super-héros (ni Batman ni Superman), saluons les risques pris par la Warner. Prévoyant à l’origine trois énormes machines « inédites » : Edge Of Tomorrow, Godzilla et Jupiter Ascending, la compagnie a repoussé la sortie du space-opera des Wachowski’s à l’hiver prochain. Pour cette sortie à venir, espérons que ne se renouvelle pas le hasardeux lancement d’Edge Of Tomorrow, incontestablement un des meilleurs films de l’été américain. Si le film a fonctionné à l’international, c’est un accueil glacial qui l’attendait lors de son premier week-end sur le territoire américain, battu aux entrées par le mélo pour ados Nos étoiles contraires. Un traumatisme si mal vécu que la Warner a depuis décidé de changer le titre du film pour son exploitation en DVD (désormais c'est Live/Die/Repeat). Voilà l’ultime manifestation de l’incapacité du studio à promouvoir le film de Doug Liman, qui déploie un univers inconnu du grand public, sur un ton inhabituel, au carrefour du film d’action, de la science-fiction et de la comédie. Néanmoins, bouche à oreille aidant, le film a tenu la distance au fil des semaines, devenant le plus gros succès de Tom Cruise à l’international depuis La Guerre des mondes (hors franchise Mission: Impossible).

Destin complètement opposé pour Godzilla. Optant pour un ton résolument sombre et porté par des trailers alléchants, le film de Gareth Edwards a effectué un départ tonitruant avant de perdre assez vite son public. Malgré tout, l’opération est suffisamment satisfaisante pour laver l’affront laissé par le film de Roland Emmerich et envisager une séquelle sur des bases plus saines.

Chris Evans dans Le Transperceneige de Bong Joon-Ho

Rapidement...

Encore un été doré pour Michael Bay. Si Transformers 4 : L’âge de l’extinction fait moins bien que ses prédécesseurs (particulièrement aux Etats-Unis), c’est malgré tout un nouveau carton planétaire. D’autre part, sa production Ninja Turtles, est un autre des francs succès de cet été, et c’était loin d’être gagné.

Au rayon des échecs Seth Mc Farlane ne renouvelle pas l’exploit de Ted avec Albert à l’ouest, on est sans doute débarrassés des Expendables après le bide du troisième volet, Adam Sandler a définitivement perdu son mojo avec Blended et en proposant la même recette qu’il y a dix ans, Sin City : J'ai tué pour elle est un nouveau revers pour Robert Rodriguez… Plus triste, Harvey Weinstein, fâché tout rouge pour ne pas avoir pu couper dans Le Transperceneige, a sacrifié la sortie du film de Bong Joon-Ho qui dès lors, n’a pas eu la chance de pouvoir faire des miracles.

En guise de conclusion

Regrettable que le public américain ait été privé d’un accès digne de ce nom au film de Bong Joon-Ho, tant Le Transperceneige compile toutes les qualités qui font cruellement défaut au cinéma hollywoodien de divertissement actuel. Comme par exemple, sans être exhaustif: un univers nouveau, riche et cohérent, un héros crédible et complexe, un objectif déterminé auquel on accède par une multitude de péripéties physiques et humaines, des scènes d’action immersives et inventives... Et au-delà d’une aventure que le film promet et offre aux spectateurs, un véritable propos. Après la découverte des films les mieux accueillis de cet été, suivie de presque autant de déceptions (le récit laborieux de La Planète des singes: L'Affrontement, l’incapacité des Gardiens de la galaxie à créer la moindre tension dramatique), force est de constater que ce sont bien les bonnes histoires qui manquent cruellement aujourd’hui à Hollywood. N’est-ce pas sur ces bonnes histoires que l’empire, jadis, fut bâti ?

 

TOPS 10: du 2 Mai au 28 août

 

U.S.A. / Canada

1-Les Gardiens de la galaxie / Disney Marvel

2-Transformers 4: L'âge de l'extinction / Paramount

3-Maléfique / Disney

4-X-Men: Days of future past / Fox

5-La Planète des singes: L'Affrontement / Fox

6-The Amazing Spider-Man 2 / Sony

7-Godzilla / Warner

8-22 Jump Street / Sony

9-Dragons 2 / Fox

10-Ninja Turtles / Paramount

 

International

1-Transformers 4: L'âge de l'extinction / Paramount

2-X-Men: Days of future past / Fox

3-Maléfique / Disney

4-The Amazing Spider-Man 2 / Sony

5-La Planète des singes: L'Affrontement / Fox

6-Dragons 2 / Fox

7-Godzilla / Warner

8-Les Gardiens de la galaxie / Disney

9-Edge Of Tomorrow / Warner

10-22 Jump Street / Sony

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Critique mise en ligne le 08 Septembre 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
[99] articles publiés

Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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