Edito
Festival des Arcs - Bilan

Le festival du cinéma européen des Arcs en Savoie, créé par deux enfants du pays, Guillaume Calop (directeur de Chalet Pointu, service de post-production) et Pierre-Emmanuel Fleurantin (producteur) est un défi logistique et organisationnel qui donnerait des migraines rien que d’y penser. En effet comment organiser la venue de milliers de personnes dans une station de ski tout en essayant de programmer une soixantaine de films dans des salles éloignées les unes des autres (les salles sont dans d’autres stations que celle où sont hébergés les festivaliers) ? Pour cela un système complexe de navettes a été mise en place pour faciliter les déplacements et avec un petit peu d’organisation on finit par s’y faire.

La grande idée du festival c’est son cadre. Pourquoi un festival de cinéma dans une station de ski ? Parce que fin décembre c’est l’ouverture de la saison, les touristes ne sont pas encore présents en masse (surtout une semaine avant les fêtes de noël) et que le festival a misé sur une association entre cinéma et sports d’hiver. En effet la grande originalité du festival c’est de donner accès aux personnes accrédités aussi bien aux films mais également aux pistes. L’accréditation s’accompagne de tickets de ski (un par jour de présence) qui donnent droit à un forfait. Et au prix du forfait à la station des Arcs (46€ par jour) c’est un cadeau non négligeable. Surtout que les différentes stations Arcs (toutes reliées entre elles par des remontées mécaniques) sont tout simplement les plus belles stations des Alpes offrant une vue incroyable sur le Mont-Blanc.

Là où le festival devient tout simplement génial c’est dans son aspect club de vacances. Car étant tous logés dans la même station (Les Arcs 1950), les festivaliers se croisent en permanence. Tout le monde se mélange (journalistes, professionnels, équipes des films etc…) sans qu’il n’y ait aucune barrière. En même temps il n’y a qu’un bar d’ouvert le soir aux Arcs (l’emblématique O’Chaud) donc c’est le point de ralliement de tout le monde. C’est comme le supermarché local, il n’y en a qu’un donc lorsque l’on va se ravitailler en vivres (principalement alcool et nourriture bon marché) on y croise acteurs et professionnels indifféremment. J’ai d’ailleurs été témoin d’une scène cocasse. Les deux jeunes actrices (géniales) de l’excellent We are the Best! de Lukas Moodysson ont fait tomber un pack d’Actimel (goût fraise) qui a explosé au sol provoquant le courroux du caissier qui les a vertement engueulées. Quand elles auront grandies et seront des stars internationales je raconterai cette anecdote à mes amis.

La semaine passe donc à toutes vitesse car on s’organise entre sports d’hiver (généralement le matin) et cinéma l’après-midi avant de terminer la journée par une virée au chaud O’Chaud (la blague la plus prononcée du festival) et plus si affinités (on est tous logés en appartement Pierre & Vacances). On n’a pas le temps de se reposer aux Arcs. Surtout quand l’organisation du festival propose des évènements comme cette inoubliable soirée dans un igloo de 350m² dans lequel on s’est rendus en luge ! Ou encore ce petit déjeuner paradisiaque (mais glacial) à l’Aiguille Rouge, pointant à 3200 mètres et offrant une vue à couper le souffle sur les Alpes et le Mont-Blanc. D’autres évènements tels qu’une compétition de ski réservés aux festivaliers étaient organisés. Tout est fait pour que le séjour de chaque participant soit inoubliable.

Rarement avait on eu le sentiment qu’il s’agit donc bien plus qu’un festival de cinéma mais comme une expérience en vase clos d’une semaine où tout est fait pour favoriser les rencontres professionnelles et le rapprochement informel des différents acteurs de l’audiovisuel. Moi-même j’ai rencontré lors d’une remontée mécanique un peu longue un producteur qui m’a parlé de son travail et auquel j’ai parlé du mien. Des rencontres qui dans des festivals beaucoup plus « grands » et impersonnels comme le Festival de Cannes sont beaucoup moins faciles. Les soirées sont privées et les professionnelles restent entre eux.

 

Venons-en maintenant à la programmation. Plus de 60 films étaient proposés cette année (sans compter les nombreuses avant-premières organisées par DIRE et réservées aux professionnels). Encore une fois la logistique et les tentations (ski, grasse matinée après une soirée trop arrosée) font qu’il est difficile de voir beaucoup de films. Pour ma part, j’avais décidé de concentrer mon travail de journaliste-blogueur sur la compétition sacrifiant certaines catégories (notamment l’impressionnante rétrospective yougoslave).

Comme toutes les compétitions, celle-ci fut relativement inégale. J’ai eu la chance d’avoir deux énormes coups de cœur, We are the Best ! de Lukas Moodysson qui revient au niveau de Fucking Amal dans une chronique adolescente tendre et feel good qui m’a donné la pêche comme rarement et également Ida de Pawel Pawlikoswki film en apparence austère (1.33 et N&B) mais qui se révèle être une puissante claque (visuelle et émotionnelle) dont on parlera sans doute beaucoup lors de sa sortie en salles en février.

Alors encore bravo à tous les organisateurs pour cette semaine magnifique, pour cette inoubliable expérience à la croisée du festival de cinéma traditionnel et d’autre chose. Un festival où l’on est là en permanence, que l’on ne quitte jamais vraiment qui fait partie pendant une semaine entière du quotidien. Ils ont eu une idée géniale et ont su aller au bout. Bravo également à son président le pétillant et sympathique Claude Duty (par ailleurs réalisateur cette année de Chez nous c’est trois) qui n’est jamais avare d’une anecdote concernant le festival (il y a quelques années une tempête a totalement bloqué le festival notamment le dernier jour où il a fallu improviser une cérémonie de clôture dans l’urgence dans un autre lieu que celui prévu au départ).

Il faudra sans doute encore un peu de temps pour qu’il s’impose vraiment au niveau européen, notamment du point de vue des films proposés (même si cette année le festival peut être fier d’avoir été le premier festival au monde à présenter Nymphomaniac Vol1 de Lars Von Trier – diffusé aux séances DIRE). Et une de ses particularités c’est qu’il restera forcément limité au niveau de sa fréquentation liée à la capacité d’hébergement des différentes résidences Pierre & Vacances de la station 1950. Mais c’est justement cela qui est génial, cette sensation de petite famille de cinéma qui cohabite pendant une semaine, s’amuse, travaille et voit des films ensemble. Une très belle expérience. Et n’oublions pas de remercier Allociné qui a donné la possibilité au Passeur Critique de couvrir le festival. Un énorme merci à eux.

Voilà le palmarès  :

Flèche de Cristal : Ida de Pawel Pawlikowski


Grand Prix du jury : Of Horses and Men de Benedikt Erlingsson
Mention spéciale du jury : I am Yours d'Iram Haq
Prix d’interprétation masculine : Jack O'Connell dans Les Poings contre les Murs
Prix d'interprétation féminine : Agata Trzebuchowska & Agata Kulesza dans Ida
Prix de la musique : David Thor Jonson pour Of Horses & Men de Benedikt Enriksson
Prix de la photo : Pau Esteve Birba pour Cannibal de Manuel Martin Cuenca
Prix de la Presse : We are the Best! de Lukas Moodysson
Prix Cineuropa : Class Enemy de Rok Bicek
Prix du public : Les Poings contre les Murs de David McKenzie
Prix du Jury jeune : Le Grand Cahier de Janoz Szasz

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 31 Janvier 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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