Edito
Festival du Cinéma Allemand 2015

Le Festival du cinéma allemand, a investi pendant une semaine (du 7 au 13 octobre), comme il est de coutume, la salle Panorama de L’Arlequin dans le 6ème arrondissement de Paris. Ce beau festival à taille humaine, lieu de rencontres et de débats, fête cette année ses vingt ans et c’est pour les organisateurs l’occasion de remercier le public fidèle et toujours plus nombreux.


Elser, un héros ordinaire d’Olivier Hirschbiegel

Cependant, Il est parfois difficile d’être en phase avec la date de son anniversaire. Sont-ce les circonstances, soit que le coeur n’est pas à la fête ? Car globalement, la qualité des films présentés n’est pas au rendez-vous. Dès l’ouverture, avec la projection de Elser, un héros ordinaire d’Olivier Hirschbiegel (dont nous ferons une critique à sa sortie en salle, le 28 octobre), le ton est donné, nous ne remettrons pas cette année de prix du scénario ! Alors que les éditions précédentes, nous ont pourtant habitués à une certaine audace d’écriture et de point de vue, car même concentrée sur l’histoire de l’Allemagne, la production cinématographique a cette qualité majeure, de réfléchir le monde, de faire résonner les bruissements de son époque, bref, de vivre avec son temps. Pour le coup, on ne peut reprocher au cinéma allemand de n’être pas politique, car c’est précisément ce à quoi il s’attèle : détricoter patiemment, film après film, la mémoire collective, les rouages du politique, en rendant intelligible ce qui fut le terreau d’une série de traumatismes. En renvoyant la balle à l’envoyeur il interroge la récurrence des symptômes, le retour du refoulé, bref, il tente de prendre la tangente.

Da Was ist los in Deutschland ?


Wir sind jung, wir sind stark de Burhan Qurbani

Et le miracle advint le dernier jour, lors de la présentation du second long métrage, Wir sind jung, wir sind stark (On est jeune, on est fort) du jeune cinéaste Burhan Qurbani, dont la famille, en 1979, a fui l’Afghanistan pour se réfugier en Allemagne. Il relate un épisode violent qui suscita l’indignation. A Rostock (ex-RDA), en 1992, la réunification ayant aussi pour conséquence l’apparition du chômage, notamment chez les jeunes, a provoqué désarroi, repli identitaire et défiance envers les étrangers. Tiens, un sujet fort à propos ! Moins démonstratif que méditatif sur les raisons qui ont conduit à cette agressivité - et extrêmement bien documenté selon les exigences de l’auteur - c’est dans un beau geste de cinéma, (un geste tant attendu) que Burhan Qurbani parvient à rendre palpable la confusion que provoquent les ruptures politiques, pour une population éduquée dans un régime totalitaire, laissant peu de place aux libertés individuelles. La création de motifs circulaires au montage, apporte au récit une tension renforcée par un habillage sonore hypnotique, et donne ainsi cette impression très efficace, que les personnages évoluent dans des nébuleuses interdépendantes, sans jamais se rencontrer. Ce beau film, organique et limpide, où le conflit des générations est encore une fois au coeur de la tragédie, résonne aujourd’hui dans toute l’Europe. Il n’a malheureusement pas de distributeur en France, quel dommage…

Ainsi en ex-RDA Le temps des rêves n’est plus, bonjour les illusions perdues. Als wir träumten  d’Andreas Dresen - dont nous dirons peu de choses ici, puisque nous en ferons une critique lors de sa sortie en salle - met en scène une autre bande de camarades des faubourg de Leipzig, dont le destin va être aussi profondément modifié, par les bouleversements politiques.


Refuge de Marc Brummund

La violence des échanges, omniprésente dans la sélection est éprouvante à la longue. Comme avec Freistatt (Refuge) de Marc Brummund. Le récit du cauchemar d’un adolescent placé par son beau-père dans un camp de redressement en RFA dans les années 60, afin de réfréner ses ardeurs. Le jeune garçon a manifestement une relation privilégiée avec sa maman. Drôle d’ambiguïté. Louis Hoffmann (le guerrier au visage d’ange) dans le rôle titre est absolument stupéfiant, donnant le sentiment de jouer sa vie à chaque séquence. Le film rappelle qu’il n’y pas si longtemps l’Europe était à ce point patriarcale, alors que soufflait un peu partout en occident un vent de liberté. Encore une histoire écrite sur une rupture, un conflit, une béance. Les paradoxes de l’histoire, voilà la dominante de cette saison.

Quand bien même les films présentés, sont souvent le récit de personnages qui ont réellement existé, on souhaite parfois qu’un scénariste, vienne proposer une idée originale, seul fruit de son imagination ou presque. Mais là aussi le festival a finalement délivré sa rareté en présentant Who am I - aucun système n’est sûr de Baran bo Odar, avec Tom Schilling dans le rôle principal (remarqué dans Oh boy prix du public en 2012). Une histoire de hackers, à mi-chemin entre les Anonymous et Fight club. Ce film éminemment contemporain au scénario encore plus sophistiqué qu’il n’y paraît, a remporté un franc succès auprès du jeune public, qui a apprécié les nombreuses trouvailles visuelles et la représentation qu’en a fait le cinéaste, du web souterrain ou s’anime la vie invisible à l’oeil nu, des cyber-communautés. A bon entendeur ! 


Who am I - aucun système n’est sûr de Baran bo Odar

Après ce déferlement d’adrénaline, ces récits de souffrance, et ces personnages cramés par l’existence et les revirements de l’histoire, il est amusant de constater que l’assentiment du public soit finalement allé vers une comédie de moeurs franco-allemande. C’est Tom Sommerlatte qui a remporté cette année le prix du public avec un premier film Un été au rez-chaussée. Sorte  de psychodrame bien de chez nous, drôle et pittoresque, tourné en quasi huit clos, avec pour seul décor une maison de campagne. Tom Sommerlatte, qui a déjà une belle carrière de comédien derrière lui, revendique assez volontiers son goût pour un certain cinéma français, celui entre autre d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Allons bon, n’est-ce pas ironique ? Nous le disions, le festival du cinéma allemand, ou le public se rend pour échanger sur la vie, l’histoire, la société, (et le cinéma) avait manifestement besoin cette année, de s’amuser et de se divertir.

 Barbara Alotto

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 17 Octobre 2015

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