Edito
Le Loup de Wall Street - Contre

 

Article écrit en réaction à la critique du Loup de Wall Street par Cyrille Falisse.

Jordan Belfort n'est pas Sam Rothstein. Jordan Belfort n'est pas Henry Hill. Jordan Belfort n'est que l'ombre de ceux-la jetée au vent des insipides de nos époques.

Les Affranchis c'était la came, la coke qui ronge jusqu'aux plus infimes particules de masses. En cette idée, le Loup de Wall Street résonne comme son antithèse. Entre les deux films, les époques s'affrontent et les drogues aussi. Là où The Goodfellas, utilisait la piquante poudre blanche pour accélérer le rythme et faire battre les sangs, The Wolf of Wall Street, le ralentit. Cadence comme idées s'en retrouvent alors éthérées. La fièvre s'apaise et Scorsese s'efface au gré des testaments d'une œuvre en permanente distanciation. La grandeur d'un cinéma névrosé et brûlant comme l'enfer, où finiront ceux qui le peuplent, s'éteint avec l'amour du cinéaste pour ses inadaptés aux actions condamnables.

Scorsese, la nervosité incarnée, fait fuser les lèvres autour des mots, les balles dans les dents et les temps dans les bandes. Il vend ici son style au rabais à un acteur au sommet, un film porté par Leonardo DiCaprio, un film sur son génie. Comme un service rendu pour exposer la gloire florissante d'un acteur en grâce. Alors que De Niro avait ses antagonistes, DiCaprio est le plus grand et aucun, dans sa génération, ne flirte avec son talent. Il écrase tout ceux qui l'entourent fussent-ils excellents.

Le film devient belliqueux dans son traitement des femmes, jusqu'aux choix des actrices souvent anéanties par le poids de la bête et reléguées aux rôles de suiveuses insignifiantes. Aucune mise en abyme de l'imagerie machiste exacerbée qui persiste de nos tristes jours. Si dans CasinoSharon Stone passait pour folle, elle gardait son état charismatique de gangster paumé. Ce n'est donc pas à sa condition féminine que l'on en voulait mais à ses désirs de pouvoirs monnayables, à son égoïsme, à sa stupidité. Soit des blâmes humains plus que jamais intemporels.

Ce même film démarrait instantanément sur une théorie qu'il tenait durant plus d'une heure. Constat de base sensiblement pareil (quoique moins ancrée dans notre époque) dans Le Loup de Wall Street. Les deux heures qui suivaient la magnifique introduction à plusieurs narrateurs développaient d'autres problématiques. Ainsi, le film continuait à se torturer des douleurs de ses héros. Les bouleversantes histoires d'amours rendaient les infâmes de ce monde attachant. Le loup, lui, démarre de manière semblable et fonctionne parfaitement pendant plus d'une heure. Mais les deux heures suivantes font tourner une seule et unique idée. Pas d'enjeux nouveaux si ce n'est une enquête en filigrane dont les manques d'intérêts, du héros comme du spectateur, se font rapidement ressentir. Reste alors d'interminables sketches souvent drôles (de par leurs durées) mais répétitifs à en crever. La construction des scènes comme du film se répète inlassablement et font rire étonnamment jusqu'à un certain point de rupture. Les trois derniers quarts d'heure enchaînent les fausses fins. Casino érodait la même ruse scénaristique et en profitait pour boucler les différents questionnements soulevés plus tôt mais surtout amenait son film à la perdition et traînait son héros comme sur un chemin de croix jusqu'à son état de base. Ni plus haut, ni plus bas. A Wall Street, c'est bien différent. Le temps passe et se ressemble, les fins aussi. Puis, l'effet s'étiole et énerve tant la dégringolade perd le cœur et son comique piquant.

La remise en question du rêve de grandeur de tout être brûlait les yeux. Aujourd'hui, elle ne fait plus signe que d'évidence avant d'être tuée dans le dos par une arrogance chimique qui ne sied guère au maître américano-italien. Le cinéaste semble donc conscient et peu intéressé par un propos qu'il aura déjà tenu en mieux, sans le cynisme de l'écrit mais avec la passion de intellect. Celui d'un monde régit par l'argent et par les animaux qui le font, qui le maîtrisent. Un monde déchiré jusque dans ses plus imperceptibles orifices par la neurasthénie de ses habitants, souvent, toujours plus intelligibles que ce Jordan Belfort, ce requin aux allures de lamantin névrotique.

Le loup hurle, lui, il bave. 

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 14 Janvier 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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