Edito
Les garçons et Guillaume, à table - Pour

Article écrit en réaction à la critique de Les garçons et Guillaume, à table ! de Frédéric Mercier

C’est à coups de critiques dithyrambiques que le film de Guillaume Gallienne a été (peut être trop) encensé dans la presse, dans les festivals, dans les congrès professionnels, etc. A son grand dam. Car à l’avoir tant acclamé et admiré pour sa mise à mal des préjugés et sa réconciliation d’un cinéma dit « populaire » et d’un autre plus académique, l’attente était telle, qu’on a pu parfois être déçu de cette auto-analyse burlesque issue de son spectacle éponyme. Oui, à son grand dam, car c’est un bon film, qui viscéralement attaché à l’engouement général, nous propose pourtant une lecture assez fine des méandres de la catégorisation des genres aujourd’hui.

Au cœur du film, il y a le projet esthétique un peu fou d’interpréter à la fois sa personne et le personnage de sa mère. Il rend cela possible par un travestissement et une imitation sans fausses notes, signes d’une véritable performance scénique. Mais interpréter le rôle de sa mère avec autant d’acuité, c’est symboliser par son jeu la fusion de cette relation mère-enfant. L’omniprésent Gallienne à l’écran se détache également des marqueurs de l’évolution physique. Guillaume et sa mère n’ont pas d’âge, ils ne vieillissent pas. Ils évoluent dans une relation intemporelle qui s’accroche au réel en jouant des dimensions et des situations. Dans les premières scènes du film, Guillaume – l’enfant – est assis sur un tout petit fauteuil ; un décalage amusant avec sa taille alors adulte.

S’abstenir des normes temporelles, ou bien sociales, c’est un des nombreux procédés utilisés par Gallienne pour convoquer le rire, et sans débattre de sa subjectivité, Bergson soutient également que le comique le plus profond se relie au comique le plus artificiel. En accord avec ce principe c’est tout un éventail de situations humoristiques que Gallienne développe, des plus fines aux plus grossières, qui depuis le sourire jusqu’au franc rire nous touchent différemment en fonction des sensibilités de chacun. Souvent en allusions, en métaphores, on parle de sexe, on rit du sexe, mais on ne montre pas le sexe : « T’as toujours eu peur des chevaux, forcément ça ne peut pas marcher » s’exclame sa mère.

Et c’est justement la question des genres sexuels et de leur catégorisation que Gallienne soulève en tournant à la dérision les stéréotypes qui y sont associés. On le voit efféminé, à l’image flamboyante de l’apprentissage du tango qui lui vaudra tant de moqueries. Pourtant, c’est bien plus la portée du féminin dans sa personnalité qui pose problème. En tant qu’homme, on attend de lui un certain comportement, et c’est parce qu’il s’en éloigne que son attitude est risible. Osons évoquer à nouveau Bergson qui théorise le rire comme une réaction inconsciente qui vise à maintenir l’homogénéité du tissu social en sanctionnant les comportements déviants. Si les petites filles s’amusent à imiter Sissi et la duchesse Anne, c’est un dur retour à la réalité pour Guillaume qui est stoppé net par son père. La succession de plans parallèles, le premier onirique, suivi du plan de la honteuse découverte nous montrent un Guillaume déboussolé et ridicule dans l’accoutrement qui lui sert de robe. Mais au final, pourquoi seules les filles seraient disposées à s’amuser ainsi ? Pourquoi la pratique passionnée du sport devrait-elle être signe de virilité ? Aussi brûlant d’actualité le sujet soit-il, on s’amuse de ces déviances, nous-mêmes conditionnés dans nos propres préjugés. Sauf que Gallienne ne s’arrête pas là. Bien plus que le préjugé qui se monte et se démonte, il s’attaque à la catégorisation, aux étiquettes, qui elles collent, et pas seulement chez les aristos.

Mais n’y voyons pas là un simple pamphlet contre la tyrannie des normes. C’est aussi et avant tout une ode à l’amour, l’amour pour Jeremy déjà et la non-réciprocité dans laquelle il se noie, désenchanté et statique dans l’eau turquoise la piscine du pensionnat, symbole de sa chute sentimentale rythmée au son de Supertramp. Puis, amour pour sa mère et des femmes plus globalement, dont il filme en gros plan les visages, les gestes, le souffle.  

Le film a ses faiblesses c’est sûr. La fin on en conviendra, est un peu trop happy ending, bien vite réglée dans les bras de la première femme venue. Sans parler de la confrontation expéditive avec la mère, sorte d’acceptation et de hauteur soudainement prise sur les névroses et ambiguïtés de leur relation, en une minute le cordon est coupé, les années de conditionnement sont dépassées. On saute du coq à l’âne, dans ce film surement même de la poule à l’âne. Quel dommage de révéler son coming out de manière si prompte alors que le film est un lui même un exutoire – c’est par le film, par le théâtre que Gallienne se détache de son étiquette, du malentendu identitaire fantasmé par sa famille. Travail de longue haleine au final qui aurait peut être mérité quelques scènes en plus.

Bâton de la fin (pour me faire battre), estimons cette bête noire qu’est l’argument financier. Alors d’emblée, ce ne sont pas les sommes investies qui font la qualité d’un film, j’en conviens. Mais quand l’oeuvre est artistiquement intéressante, comment ne pas rappeler qu’elle fait en plus partie du Saint Graal des 10% de films rentables en 2013 ? Bien sûr, il y a de mauvais films rentables, et de très bons qui ne le sont pas, mais à l’heure des critiques du système d’avance sur recettes, du système de préachat et de réinvestissement des chaînes, de la rentabilité des films français, en somme, de notre système d’exception culturelle français, il est bon de souligner un film simple, honnête et touchant qui a su capter l’intérêt d’un plus grand nombre. 

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Critique mise en ligne le 18 Janvier 2014

AUTEUR
Claire Demoulin
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