Edito
Les personnages féminins dans l'univers de Miyazaki

Quand le Passeur m’a rappelé l’invitation à écrire sur ce thème, (invitation faite il y a plus d’un an… et oui, j’ai pris mon temps), je commençais à me demander si je devrais revoir les films, analyser, faire un parallèle avec la théorie jungienne des archétypes, avec la métanoia induite par les contes de fées ou l’enfant intérieur dont la psychanalyse moderne fait tant d’état ou encore avec les personnages oniriques qui déambulent dans nos nuits ou bien même le panthéon très vaste des mythologies asiatiques.

Mais finalement, ce n’est pas si nécessaire car je porte beaucoup de ces personnages féminins dans ma mémoire et mon cœur. Je n’ai pas tant besoin de référents psychologiques ou philosophiques. Il n’est pas nécessaire de comprendre les ficelles -si légères- des films de Miyazaki pour les aimer. D’ailleurs faut-il jamais comprendre quelque chose ou quelqu’un pour que jaillissent un amour naturel et un acquiescement profond et absolu. Ces attachants et malicieux personnages ressemblent à beaucoup de petites filles « réelles »: de celles qui se promènent dangereusement dans les bois, à celles qui s’envolent dans les airs à la recherche de princes cachés dans des châteaux volants ou à la recherche de mondes perdus et meilleurs, en passant par celles qui entrainent leurs charmes loin des leurs avec pour toute arme un vieux balai à maman…

Celle qui m’a touchée le plus profondément est sans doute Chihiro. Elle flotte dans cette rupture fragile où l’enfance cède la voie à l’adolescence et à l’individuation… subitement… et peut-être tristement… quand les Rois et Reines de nos vies, se transforment en affligeants -ou attendrissants - gloutons et avides petits cochons. La fête foraine est finie et de longs tunnels sombres nous mènent vers notre initiation. Chihiro est magnifique, elle est facile à aimer comme un double sublimé ou comme une anima rêvée. D’ailleurs, le prince-dragon est toujours déjà là... animus ou alter ego vaillant et bienveillant. Enfin, pas tant que ça ! Car Miyazaki a cet art de ne jamais verser dans un manichéisme qui n’existe que dans la pensée hyper-rationnelle et superficielle, des pensées d’animus. C’est ainsi qu’enfants comme adultes sont (r)attrapés par des archétypes immortels, leur Soi et leur Ame... d’enfant ?

Celle que j’ai approchée le plus difficilement est la petite Ponyo. Sans doute est-ce la plus difficile à accueillir pour les « grands », loin de l’esthétique héroïque et romantique de Chihiro ou de la Princesse Mononoké, la petite Ponyo est ce petit être encore amphibie, têtue, sauvage, prête à prendre sans autorisation, à aimer sans retour. Ponyo se met sur deux pattes pour suivre son amour et par moment régresse, redevient poisson dans sa course folle et polymorphe. A bien y regarder, elle est la plus forte, son intuition est infaillible. Elle est cette ombre à quatre pattes qui selon Pinkola court toujours derrière nous. Et elle court beaucoup cette chère Ponyo, et embrasse et boude aussi. C’est sans doute plus facile à un jeune enfant d’aimer et comprendre sa passion, son monolithisme plein d’entrain.

Et si ces fillettes, pré et post-latence, sont seules face à leur destin, elles ne sont pas esseulées. L’ambigüe « que sabe », la vieille sage, la Grande Mère est toujours prête à jouer son rôle de guide, une fois les apparences de vieilles voleuses ou de méchantes sorcières démasquées par la patience et la douceur. Et l’éthique… Oui, l’éthique ! Pas la morale à deux sous cinq centimes que nous servent Disney et Bob l’éponge. Une morale immuable, un sens du Juste, l’instinct du Bon, ce sentiment de ce qu’on doit laisser advenir! Ce qui permet la jonction mystérieuse des opposés… pour retrouver la paix, sa paix, le Tao. 

Après, maintes transformations, il y a union (parfois fragile et éthérique) de la petite fille et son prince, approche de la mort avec sérénité (mais aussi révérence), ou consubstantiation avec la terre mère avec une sauvagerie insolente qui défie le consumérisme industriel. L’ego anthropocentrique n’a plus que la place qui lui revient au sein de l’Altérité luxuriante.

Dans le panthéon animé de Myiazaki, il y a de la place pour les daïmons incandescents, les fées carabosse, les lutins en suie et autres fantômes taciturnes car il est dans notre destinée humaine de porter nos lumières comme nos noirceurs… comme Sophie sa Sorcière des Landes !

Miyazaki est un conteur salutaire dans un monde qui n’en compte plus beaucoup. Ses contes sont à la fois intemporels et nourris du présent, de notre réel… enfin ré-enchantées. L’hyper présence du féminin est essentielle -voire salvatrice- dans l’univers phallique qui est le nôtre. Retrouver son nom, dépasser l’avidité, briser les prisons de verre, faire face aux déchainements des 4 éléments, nettoyer la plaie qui pue, détisser les malédictions… Tout cela fait échos aux initiations magiques et pourtant très telluriques des fables de partout et de tout temps, mais servi par un génie de trames narratives allégorique, de dessins poétiques et de bandes-son merveilleuses.

Je ne me souviens plus si bien de « ce qui se passait » dans le Voyage de Chihiro qui m’a tant émue, mais je garde en mémoire les larmes qui coulèrent sur mes joues durant le générique… Parce que c’était fini. Parce que c’était beau.

Farellia Venance

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 11 Mai 2015

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