Edito
Lettre ouverte à Ben Affleck

Cher Ben,

Probablement ne t’en souviens-tu pas mais nous nous sommes souvent croisés. Ça ne s’est pas toujours très bien passé mais je ne t’en veux pas et puis même si je t’en avais voulu… Ben non, je n’aurais pas pu. Enfin, je dis qu’on s’est croisé… Je t’ai plus souvent croisé que l’inverse. On ne peut pas vraiment dire que tu aies souvent joué dans des films sachant regarder le spectateur. Oui, tes films ne sont pas toujours bons et toi-même n’y brilles pas systématiquement. Mais t’as une bonne gueule, Ben, et puis t’as du culot. Le culot, par exemple, d’un jour forcer la main de Gus Van Sant avec ton pote Matt Damon pour qu’il mette en scène l’un de vos scénarios, plutôt bon. Ca donnera un beau film, culte en plus. Et pour ça, Ben, respect.

Puis il y eu quelques bons films et des réalisateurs qui ont su te regarder et t’inventer. Tu as même été l’un d’entre eux. Et à ce niveau-là, se placer à hauteur de Malick et Van Sant, c’est pas si mal. Tes films sont bons, j’entends, les films que tu as réalisés. Pas des chefs-d’œuvre, ni même des grands films, mais des films qui font plaisir, plutôt malins et bourrés de cœur. De belles visions et de beaux sentiments, dans le bon sens du terme. Pas des trucs dégoulinants comme certaines daubes dans lesquelles t’as joué. Tes films portent une certaine solidité classique et une mélancolie diffuse que tu te refuses généralement en tant qu’acteur. D’ailleurs tu t’en sors bien avec ceux-ci. Ed Harris était génial dans ton Gone Baby Gone et Jeremy Renner, la nouvelle clenche d’Hollywood, n’a jamais été aussi bon que dans The Town.

Eh Ben, je fais le malin mais… Quand Armageddon est sorti, j’ai grave kiffé. Et quand Bruce se sacrifie et que tu hurles en tambourinant sur la vitre de ton ascenseur spatial, j’ai peut-être bien versé une larme. Mais ça reste entre nous, hein ?

Tu remarqueras que lorsque j’ai évoqué Gone Baby Gone, j’ai omis de mentionner le nom de Casey, ton jeune frère. J’imagine que ce ne doit pas être tous les jours facile pour toi. Un petit frère, acteur lui aussi, et tellement plus doué. Tu dois rêver de rôles comme les siens. On a pourtant dû t’en proposer. Qu’en as-tu fait ? Mais bon tu es plus beau que lui, tes femmes doivent l’être aussi. Plus star aussi, plus fort et plus moyen, plus typique. On ne peut tout avoir, Ben. Et ça, tu sembles parfois l’oublier.

Il est vrai que ta reconversion en metteur en scène s’est plutôt bien passée et que tu sembles t’éclater en famille quand vous passez vos après-midi à vous renverser des seaux d’eau glacée sur la gueule, maman, papa et les gamins mais souviens-toi qu'il te reste encore pas mal de chemin à parcourir. Il te reste toujours à nous prouver une bonne fois pour toutes que tu peux être bon acteur. Pour l’instant, tu peux compter sur Fincher et pourquoi pas Snyder et son Batman dans pas longtemps. Mais non, tu t’es fait tout seul. Tu vas pas t’arrêter en si bon chemin. Donne-le toi ce rôle, cette prestation dingue qui nous déchirera le cœur et les rétines. Profite de Live By Night, par exemple. Et offre-toi un personnage pour les enterrer tous. Tous les mauvais bien sûr.

Et puis quand je lis que – en démocrate que tu es - tu défends l’Islam ou plutôt que tu grondes contre l’islamophobie sur un plateau télé peuplé de décérébrés apeurés, je me dis que t’es vraiment un mec bien. Intelligent, intègre, concerné. Et puis, quand l’un de tes opposants du soir en rajoute, tu laisses échapper un « Jesus ». Et ça, moi, j’adore. Au travers même de ce geste de stupéfaction, tu montres toute la dualité qui est tienne. Celle d’un homme qui n’aurait pas encore tout prouvé. Un homme bon, sympathique, souvent tourné au ridicule. La faute à pas de chance et à ce visage béat que tu as parfois. On est pas mal à l’aimer, ne t’inquiète pas pour ça.

Alors rappelle-toi, Ben. Rappelle-toi de ne pas te laisser miner par les geeks peine-à-jouir qui te cracheront à la gueule lorsque tu incarneras Batman. J’imagine que tu n’as pas oublié Daredevil, eux non plus, hélas pour toi. Pense simplement à faire mieux que la dernière fois, ça te confère quelques latitudes. Garde ta verve sur les plateaux quels qu’ils soient et continue tes projets, fais de bons films, toi l’acteur/réalisateur.

Voilà, Ben. Je te laisse désormais parcourir le monde et promouvoir ce Gone Girl qui me fait tant envie. Je suis sûr que tu y seras très bien. Fincher comme Malick savent filmer les acteurs comme les entités qu’ils peuvent être. Tu y auras donc tout à gagner. A travers ton physique d’américain moyen et ta prestance toute relative, tantôt décevante, tantôt créatrice. A toi de te laisser sublimer par ceux qui sauront le faire ou alors, fais-le toi-même. Bon ou mauvais, après tout, tu es un acteur, tu restes capable de tout.

Prend soin de ta silhouette,

Lucien.

Ps. J’ai tout juste attendu la sortie du dernier Fincher pour foncer l’admirer, t'admirer. J’ai évidemment été un peu déçu, mais déjà le temps efface la désillusion et laisse l’espoir de découvrir le grand film tant attendu lors d’une seconde vision. Le fait est que je ne me suis pas planté. Tu es ce monolithe rigide, inchangé. Tu es très bien. J’avais raison.

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Critique mise en ligne le 10 Octobre 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[128] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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