Edito
Lettre ouverte à Scarlett Johansson

Chère Scarlett,

Je me permets de t’écrire en français, j’ai lu que tu avais emménagé à Paris. N’aie crainte, je ne suis pas français. J’espère donc n’être ni impoli, grossier ou désagréable. J’ai d’ailleurs apprécié ton parisian bashing, voilà 5 ans que je suis installé dans la capitale et que mes voisins de palier continuent d’ignorer mes salutations, que les conducteurs de scooters ne cessent de me faire des doigts d’honneur quand je traverse sur les passages piétons et qu’inlassablement les gens continuent de me bousculer dans la rue sans jamais s’excuser.

Ton actualité étant chargée, j’espère que tu auras le temps de lire cette petite lettre. Entre deux pubs, des shootings photos, ton rôle d’ambassadrice pour Oxfam, ta carrière de chanteuse et les projets ciné qui ne vont cesser d’atterrir sur le bureau de ton agent, difficile de trouver le temps, je comprends. Mais ce n’est que de cinéma dont je veux te parler. Tu as été souvent citée parmi les femmes les plus sexy du monde et j’ai rarement lu que tu étais une grande actrice. Eh bien, il était temps qu’on te l’écrive. Scarlett, tu es immense !

Je t’ai découverte dans Ghost World, tu avais obtenu le second rôle. Cette Rebecca qui peinait à rentrer dans la vie adulte m’a tout de suite plu, elle était simplement naturelle. Ce n’est que longtemps après que j’ai compris que tu n’étais pas une parvenue, tu jouais déjà à l’âge de 10 ans, éblouissant Redford dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, faisant tourner la tête de Billy Bob Thornton en Lolita black and white dans The Barber des frères Coen avant de prendre la pleine lumière dans La Jeune fille à la perle. C’est évidemment dans Lost in Translation où ton spleen ravissant électrisait Bill Murray, vieux loup solitaire imbibé au scotch, que le monde t’a reconnue mais peut-être pas pour les bonnes raisons. Ado ébouriffante à la plastique ravageuse, voilà ce à quoi le cinéma aurait pu te cantonner. Et c’est ce qu’il a tenté de faire à en juger par le titre français de A Good Woman, traduit par le laconique : La Séductrice. Woody Allen a surfé sur la vague pour Match Point, qui peut oublier cette scène sous la pluie ? Je suis heureux qu’il ne soit pas limité à vendre ton chemisier blanc aux enchères et qu’il ait compris avant les autres que tu avais un registre comique indéniable. Joseph Gordon-Levitt s’en est, lui aussi, aperçu par la suite.

Ensuite tes choix de carrière épousèrent les velléités des studios, impossible d’échapper aux blockbusters comics, trois fois déjà dans le costume étouffant de la veuve noire. Peu importe car tu viens de m’éblouir à deux reprises cette année et tu es parvenue en deux films à tourner les clichés en dérision et retourner les critiques en ta faveur. Tu as d’abord rappelé qu’une actrice se définissait avant tout par la qualité de sa voix. Et la tienne rauque et grave, légèrement voilée et éraillée, sensuelle à l’excès, est identifiable en une syllabe, merveilleux instrument d’évasion que tu souffles à l’oreille des spectateurs. Tu n’apparais jamais à l’écran dans Her de Spike Jonze mais on n’entend que toi, on ne voit que toi…. Perle d’Intelligence artificielle animée d’une volonté, d’un désir de vivre et d’aimer qui fissure les plus épaisses solitudes. C’est sans aucun doute ton plus grand rôle, car tu n’incarnes pas, tu ouvres la boîte de l’imaginaire, tu le décuples. Quel pied de nez à ceux qui pensaient que ton corps était ton seul atout. C’est ta voix qui aveugle.

La toile s’était agitée sur un selfie de profil hacké sur ton portable, une nouvelle fois réduite à n’être qu’une courbe aux fantasmes. Mais tu viens de contre-attaquer avec Under The Skin de Jonathan Glazer ! Que dire… il y a tellement à écrire sur ton rôle et ce film gigantesque. Glazer t’a mise dans la « peau » de ce que tu représentes dans l’inconscient collectif, une extra-terrestre vouivre, une prédatrice sexuelle. Mais cette peau que tu n’as pas choisie, ce corps qui freine ta reconnaissance, tu en joues ici comme une soliste démente, mise à nue devant sa propre interrogation, renvoyant ce selfie à sa représentation symbolique, l’innocence. Devant ces miroirs, celui de ton autoportrait, et celui devant lequel Glazer suspend ta course, cette même question : pourquoi le corps qui nous appartient finalement si peu nous définit-il autant ? Under The Skin déconstruit ce paradoxe, et par la même occasion le tien, avec génie, il te délivre de cette peau encombrante et seul résiste au temps le souvenir de ton timbre, rieur et généreux, mystérieux et envoûtant.

Tes deux derniers rôles m’ont tellement fasciné que je trépigne de découvrir Lucy, le dernier Besson. Tu vois ce que tu me fais écrire ! En Nikita qui utilise 100% de ses capacités intellectuelles, tu vas briller, j’en suis certain.

Alors si tu t’ennuies à Paris, cloîtrée chez toi de peur de fendre la foule, je t’inviterai bien à venir boire un verre. Quand tu arriveras à la table, je fermerai les yeux pour t’entendre me dire bonjour et épancherai ma soif au timbre de ta voix.

Prends soin de toi,

Cyrille

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bouvier
05 Mai 2016 à 18h45

Je suis Français et choqué par l attitude de Scarlett Johansson dont pourtant je suis un fan. Mais l? c est se foutre du monde. Il y a plein de d'endroits de ski en France dont la Savoie . Et la fondue n'est pas que suisse connaît elle la fondue savoyarde? Les Suisses Sont pedants et un paradis fiscal. Ce n'est donc pas à cause de Paris mais pour éviter les impôts français quelle quitte la France. Et c'est choquant quand on a autant d'argent.
Les Français ont dans l ensemble de meilleurs valeurs que les Suisses. Paris n'a jamais été un exmple. Ils sont pas Français mais Parisiens!
voilà mon avis sur le sujet.
Scarlett a perdu son plus grand dans.
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Critique mise en ligne le 21 Juin 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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