Edito
Pourquoi le cinéma de Hitchcock est-il si efficace ? Parole à la Science

Il y a dans le cinéma de Hitch quelque chose d'universel. Le talent du réalisateur anglais repose sur une capacité redoutable d'emporter le spectateur dans une manipulation implacable. Tout le monde aime Hitchcock et les critiques, historiens et exégètes de tout poil dissèquent son oeuvre pour tenter d'en trouver et d'en expliquer les mécanismes.

On oublie un peu les scientifiques qui, eux, ont étudié les mécanismes cérébraux à l'oeuvre lors du visionnage de PsychoseSueurs Froides et autres Fenêtre sur Cour.

Hunger Games et machine à café, même combat

Pour étudier le fonctionnement du cerveau, les chercheurs ont à disposition un appareil génial : la résonance magnétique nucléaire fonctionnelle. Le principe est simple : on dispose de dociles volontaires (merci les étudiants en cinéma!) dans un tube inconfortable, on leur projette un film et on enregistre des millions de données sur ce qui se passe (ou ne se passe pas) dans leur cerveau.

La salle de cinéma n'est pas très accueillante. L'ouvreuse un peu plus

C'est ce qu'a fait, parmi d'autres, Uri Hasson, talentueux chercheur en neurosciences. Premier constat : les premières zones cérébrales activées lors du visionnage d'un film sont exactement celles qui sont activées dans la vraie vie. Sachez donc que lorsque vous suivez les exploits de Katniss dans Hunger Games, vos yeux envoient des influx vers les aires visuelles des lobes temporaux et occipitaux. Vos oreilles, de leur côté, stimulent le gyrus de Heschl, qui contient l'aire auditive primaire. Exactement les mêmes effets que lorsque vous croisez votre collègue à la machine à café...

Emotions limbiques et rationalité préfrontale

Mais nos cerveaux ne sont pas de vulgaires machines. Pour faire d'une expérience visuelle et auditive anonyme quelque chose de mémorable, d'émouvant, de touchant ou de révoltant, d'autres zones de notre cortex sont nécessaires. Au premier rang, le fameux système limbique, situé dans les profondeurs de notre cerveau. C'est grâce à cette structure, et aux nombreuses sous-structures qui le composent, qu'on éprouve, par exemple, de la peur ou de l'agressivité. C'est le système limbique qui va faire des exploits de Jennifer Lawrence une expérience autrement plus mémorable que la discussion que vous aurez avec votre collègue...

Système limbique en action!

Enfin, ce flux explosif de sensations limbiques, combiné aux informations factuelles visuelles et auditives est traité, nuancé, matérialisé et exprimé par d'autres zones corticales. Le cortex préfrontal, qui comme son nom l'indique, se trouve juste derrière le front, est chargé de cette tâche éminemment importante.

Alfred Hitchcock vs. Sergio Leone

Uri Hasson eut l'idée de présenter aux volontaires inconfortablement allongés dans leur tube un extrait de scènes de vie anodines dans un parc de New York, un extrait du film Le Bon, la Brute et le Truand et enfin un épisode de Alfred Hitchcock Présente (Bang ! You're Dead). Des données récoltées, les chercheurs ont défini ce qu'ils ont appelé la corrélation inter-sujets. Cette corrélation, exprimée en pourcentage, indique la proportion de sujets qui ont une activité cérébrale similaire.

Seulement 45% de corrélation inter-sujets. Peut mieux faire...

Plus cette corrélation est élevée, plus importante est le contrôle qu'exerce un film sur notre esprit. Et ce qu'on suspectait fut confirmé. Les scènes du parc induisaient des activités identiques chez seulement 5% des volontaires. Leone, lui, atteint 45%. Palme à Hitch qui provoquait des activités identiques chez plus de 65% des sujets ! Hasson parle ainsi d'« engagement collectif » dans le cinéma hitchcockien, capable de provoquer des réactions identiques dans les cortex visuel, auditif, limbique et préfrontal. Sacré Alfred !

Mélange génial associant montage, direction d'acteur, musique et scénario, le cinéma de Hitchcock exerce sur notre esprit un contrôle implacable. Mais l'influence qu'exerce un film sur notre cerveau ne dit rien de sa qualité. Pour cela, il nous reste notre capacité de jugement, que la neuroscience n'a (pas encore) réussi à mesurer...  

Pour en savoir plus, Hasson et al., "Neurocinematics: the neuroscience of film" in Projections, vol 2, issue 1, 2008, pp 1-26

 

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 08 Décembre 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
[186] articles publiés

Petite route du Nevada, inondée de soleil. Deux personnes au bord de la route. Contraste. Homme jeune, atti...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES