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En 10 films: Substances toxiques

Au Passeur Critique, on a particulièrement apprécié Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, où Joaquin Phoenix incarne un détective privé très porté sur le chanvre indien. Après un tel film, les spectateurs pourront longuement s’amuser à démêler la part de réel et la part d’imaginaire, tant la toxicomanie du héros contamine le récit.

Une belle occasion d’évoquer les drogues au Cinéma et surtout l’influence qu’elles exercent sur quelques œuvres qui ont marqué notre cinéphilie. Régalez-vous donc de notre tour d’horizon absolument non-exhaustif de la drogue au Cinéma, et ce en (plus ou moins) dix produits :

 

ALCOOL(S)

Focus: Le Dernier des Hommes de Friedrich Wilhelm Murnau (1924).

Pourquoi ? Pour Le Dernier des hommes, Friedrich Wilhelm Murnau et son opérateur Karl Freund inventent la « Caméra déchaînée », sorte de steadycam avant l’heure. Celle-ci leur permet de multiplier les mouvements d’appareils novateurs, un des points forts de ce film devenu un classique de cinémathèque. Pour le tournage d’une scène de beuverie, le portier déchu incarné par Emil Jannings est lui-même harnaché à une caméra dont l’objectif est braqué sur lui : quand l’acteur titube, la caméra titube. Du jamais vu à l’époque.

Pêle-mêle, d’autres cas notables : Contes de la folie ordinaire de Marco Ferreri et Barfly de Barbet Schroeder (tous deux inspirés de l’œuvre de Charles Bukowski), Le Jour du vin et des roses de Blake Edwards, Le Poison de Billy Wilder, Au-dessous du volcan de John Huston, Leaving Las Vegas de Mike Figgis, Ivre de femmes et de peinture d’Im Kwon Taek, Un Singe en hiver d’Henri Verneuil, L’Ange ivre d’Akira Kurosawa… Soulignons aussi le cas de La Merditude des choses de Felix Van Groeningen qui s’intéresse plus spécifiquement à retranscrire les effets de la bière.

 

AMPHETAMINES et autres pilules sur ordonnance

Focus: Requiem For A Dream de Darren Aronofsky (2000).

Pourquoi ? Héroïne, cocaïne, marijuana… Adaptation d’un roman d’Hubert Selby Junior, Requiem For A Dream regorge de produits stupéfiants. Pour représenter les effets des amphétamines sur son personnage de mère esseulée, Darren Aronosfky sort tout son matos. Outre une batterie de splits-screens, d’effets sonores, d’effets chromatiques ou encore de perspectives déformées (objectifs fisheye et autres coquetteries), le réalisateur signe un mémorable travelling latéral pour les biens duquel Ellen Burnstyn devra faire le ménage dans le décor pendant des heures !

Salton Sea de D.J. Caruso ou Quadrophenia de Franc Roddam mettent également en scène des aficionados des amphétamines. Notons que dans Requiem For A Dream, les pilules magiques sont prescrites par le médecin, à l’instar de la cortisone dans Derrière le miroir de Nicholas Ray qui transforme le gentil père de famille incarné par James Mason en fou furieux. Dernièrement, une scène sous Quaaludes (barbituriques) dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese est appelée à devenir culte.

 

COCAÏNE

Focus: Scarface de Brian De Palma (1983).

Pourquoi ? Outre le trafiquant de drogue le plus célèbre de l’histoire du Cinéma, Tony Montana (Al Pacino dans Scarface au cas où vous atterririez d’une autre planète) est aussi un cocaïnomane notoire. Fidèle à l’esthétique clinquante des eighties, alors que la cocaïne prisée des yuppies inonde le marché américain, Scarface invente un héros mégalomane, paranoïaque, vulgaire (bling-bling dirait-on aujourd’hui), en costume turquoise et toujours quelques grammes de colombienne en poche.

Innombrables sont les films qui représentent la cocaïne à l’écran. Martin Scorsese a souvent fait très fort en la matière, réalisant une folle journée sous influence dans Les Affranchis grâce à un montage survolté. Avant de s’intéresser à la fumette dans Inherent Vice, Paul Thomas Anderson lie la chute du Dirk Diggler de Boogie Nights à son addiction grandissante à la poudre blanche. D’autre part, l’un des personnages clés de son film suivant, Magnolia, est également une cocaïnomane notoire. De ce côté-ci du globe, relevons les efforts de Jan Kounen pour illustrer divers effets de la cocaïne dans 99 Francs.

 

ECSTASY, M.D.M.A. et autres drogues de synthèse

Focus: Enter The Void de Gaspar Noé (2009).

Pourquoi ? Dans la première partie d’Enter The Void, trente minutes filmées en caméra subjective, jusqu’à figurer les clignements de paupières du personnage devant l’objectif. Oscar, notre héros, fume du D.M.T., une drogue de synthèse assez rare qui provoque des hallucinations aussi brèves qu’intenses. Mais au-delà du trip kaléidoscopique et coloré représenté à l’écran, cette drogue procurerait une « expérience de mort imminente », une expérience qui se reproduira dans la suite du film, inspiré du Livre des morts Tibétain.  Et soudain le vide… Monsieur Noé a de la suite dans les idées.

Dans son  24 Hour Party People, le cinéaste anglais Michael Winterbottom s’intéresse à l’influence de l’ecstasy sur la naissance du son Madchester. Du côté des U.S.A., Gregg Araki filme une ecstasy-party qui tourne au vinaigre dans son Nowhere. Chez nous, la scène qui reste dans toutes les mémoires est évidemment celle des fameux « Walt Disney » dans Les Trois frères. Et oui, le film des Inconnus.

 

HEROÏNE

Focus: L’Homme au bras d’or d’Otto Preminger (1955).

Pourquoi ? Après le film de Friedrich Wilhelm Murnau, c’est pour son importance historique que nous mettons en avant le film d’Otto Preminger. L’Homme au bras d’or est le premier long-métrage américain à traiter sans concessions des ravages de l’héroïne et aussi à mettre en scène frontalement un shoot à l’écran. Premier junky-hero de l’histoire du Cinéma, Frank Sinatra prenait alors le risque de porter gravement atteinte à son image publique.

Drugstore cow-boy de Gus Van Sant, Pulp Fiction de Quentin Tarantino ou encore Trainspotting de Danny Boyle comportent plusieurs scènes représentant visuellement l’effet de l’héroïne dans le système sanguin de leurs protagonistes. Au rayon « Les joies de l’addiction au quotidien » on peut citer Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg ou encore Moi, Christiane F. d’Uli Edel. Pour la légende, l’intraveineuse administrée par Zoë Tamerlis à Harvey Keitel dans le Bad Lieutenant d’Abel Ferrarra aurait été parfaitement non simulée.

 

L.S.D.

Focus: The Trip de Roger Corman (1967).

Pourquoi ? Un mari cocu au bord de la dépression s’essaie au L.S.D.. Beau prétexte à une ahurissante compilation de tout ce qui est étiqueté « psychédélique »: musique répétitive jazzy ou blues-rock, effets kaléidoscopiques, couleurs flashy, body-painting, hippies peu farouches… Deux ans avant la bombe Easy Rider, le film est co-écrit par Jack Nicholson, interprété par Peter Fonda et Dennis Hopper. Le suranné The Trip s’est fait aujourd’hui une (toute petite) place dans l’histoire.

Easy Rider (encore), plein de substances illicites en tous genres, recourt aux effets chromatiques dans la fameuse scène sous acide du cimetière. On peut également citer Au-delà du réel de Ken Russell ou plus loin de nous l’horrifique Le Désosseur de cadavres de William Castle avec Vincent Price. Enfin, Le Péril jeune de Cédric Klapisch comporte une mémorable séquence de trip au L.S.D.

 

MARIJUANA

Smiley Face de Gregg Araki (2007).

Pourquoi ? Smiley Face est sans doute l’un des films les plus drôles des années 2000. Une pelloche qui fait se tordre de rire n’importe quel fumeur de joints repenti. Alors qu’il vient d’achever Mysterious Skin, une œuvre 100% sérieuse, Gregg Araki décide de faire un virage à 180° et de signer un film 100% drôle: Smiley Face. Par inadvertance, la géniale Anna Faris (et je pèse mes mots) ingurgite tous les space-cakes cuisinés par son colocataire pour sa soirée S.F.. Complètement stone, notre drôle d’héroïne commence son odyssée pour tenter de réparer sa faute. Un must.

Encore une fois, les films représentant le haschich, le cannabis ou la marijuana sont légion. Le culte Reefer Madness de Louis Gasnier fut d’abord commandé par l’église afin d’illustrer les méfaits de la fumette. Ironie, il sera finalement récupéré par les militants pro-légalisation dans leur critique de l’ordre moral. Intéressant également, la manière dont l’addiction au haschich est utilisée comme ressort dramatique primordial dans le Gangs Of Wasseypur d’Anurag Kashyap. En France, la scène dite des « dents qui poussent » dans Marche à l’ombre de Michel Blanc a été élevée au rang de trésor national au fil des rediffusions télé.

 

OPIUM

Focus: Il était une fois en Amérique de Sergio Leone (1984).

Pourquoi ? Il était une fois en Amérique, roman d’une vie, s’ouvre et se ferme dans une fumerie d’opium. Au terme de près de quatre heures de film, Sergio Leone conclut sa fresque sur le sourire béat de Noodles (Robert De Niro) filmé au travers d’un étrange voile transparent. Les théories vont bon train et l’auteur lui-même aimait semer le trouble: une part du film ne serait-elle que fantasme d’opiomane ? 

On peut citer aussi Le Lys brisé de David Wark Griffith, John Mc Cabe de Robert Altman, Les Amants réguliers de Philippe Garrel, L’Apollonide de Bertrand Bonello, From Hell des frères Hughes (où la prise d’opium aide l’enquêteur Abberline dans son enquête). Plus rare, dans Gothic, Ken Russell s’intéresse aux orgies de laudanum (opiacé liquide) de Lord Byron et des époux Shelley alors qu’ils s’inventent des histoires à faire peur. Lors d’une de ces soirées, la plume de Mary Shelley donne vie à un certain Viktor Frankenstein.

 

PEYOTL, Ayahuasca, yopo ou autres potions chamaniques

Focus: Blueberry, l’expérience secrète de Jan Kounen (2004).

Pourquoi ? En pleine recherche mystique, Jan Kounen rencontre un chamane qui l’initie aux hallucinogènes millénaires. Coûte que coûte, le réalisateur fait entrer cette dimension dans son adaptation de la bande-dessinée de Giraud et Charlier. La longue scène de visions de Blueberry est donc directement inspirée de l’expérience du réalisateur. Plus intéressant encore, le documentaire D’Autres mondes, traite directement de la quête chamanique de Jan Kounen.  On peut notamment le voir sujet aux effets de la drogue (montées en alternance avec des visions au rendu plus cheap mais au design similaire à celles du film avec Vincent Cassel).

Dans La Forêt d’émeraude de John Boorman, le jeune Tommy, élevé depuis son plus jeune âge par une tribu indienne, sera lui aussi initié aux plantes hallucinogènes. Le réalisateur monte ensuite des plans d’animaux en fondus enchaînés avec l’acteur en plein délire, suggérant une forme de communion spirituelle. D’une manière générale, l’œuvre d’Alejandro Jodorowski serait forcément inspirée de l’expérience de substances hallucinogènes.

 

MELANGES

Las Vegas Parano de Terry Gilliam.

Pourquoi? Dans Las Vegas Parano sont consommés dans le désordre : mescaline, L.S.D., cocaïne, marijuana, poppers, éther… En conclusion d’un tel papier, un tel film mérite une catégorie à lui. L’ex-Monthy Python y multiplie les stratagèmes visuels : animations 2D, animatronique, effets d’optiques ou de couleurs, variations drastiques du rythme du montage…. Pourtant, comme par miracle, Las Vegas Parano parvient à garder une certaine unité stylistique. En somme, le film de Terry Gilliam n’est qu’un seul et long trip.

Après Hunter S. Thomson, au rayon « adaptations improbables d’auteurs toxicomanes », rappelons que l’on doit à David Cronenberg une remarquable version du Festin Nu de William Burroughs pour laquelle Howard Shore a composé une de ses meilleures partitions. Enfin, la version Disney d’Alice au pays des merveilles regorgerait d’allusions aux divers narcotiques soi-disant consommés jadis par Lewis Carroll pour rédiger son ouvrage culte. Mais ceux qui défendent ce point de vue en ont sûrement trop pris…

Merci aux Passeurs pour leurs suggestions et particulièrement à Manuel Haas pour l'illustration.

Réalisateur : la Rédaction

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Critique mise en ligne le 05 Mars 2015

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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