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Le podium Pedro Almodovar

Cinquième fois qu’il essaie de la décrocher. « Je peux survivre sans la Palme » annonce-t-il. Le simple fait de l’énoncer indique le contraire. Mais donnez-lui sa Palme bon sang ! Certes on ne va pas reprocher à De Niro et son jury de lui avoir préféré le Tree of Life de Malick l’année de La Piel que Habito. Mais un Grand Prix aurait fait l’affaire. Non les Dardenne et leur Gamin au vélo ex-aequo avec Il était une fois en Anatolie lui ont barré la route. En 2009, l’année d’Etreintes Brisées, chou blanc à nouveau. Huppert et ses acolytes choisissent Le Ruban Blanc. Cette année-là, Pedro avait peu de chance… Fish Tank, Un Prophète, Inglourious Bastards, Antichrist, Thirst ceci est mon sang festoyèrent à la table des primés. En 2006, Pedro obtint le prix du scénario ainsi qu'un prix collectif pour l'ensemble du casting féminin. L’année du funèbre et fragile Volver. Wong Kar Wai lui préféra Le Vent se Lève de Ken Loach pour la Palme… Pauvre Pedro, il était dit qu’il devrait se contenter des consolations comme en 1999 et le prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère, un des sommets de son œuvre pourtant. La faute aux Dardenne. Pedro les déteste, c’est clair. Rosetta palmé. Cronenberg fila même le Grand Prix à l’Humanité de Dumont comme WKW en 2006 pour Flandres. Comme si Pedro en manquait d’humanité. Même s’il avait pu être sélectionné avec Parle avec elle en 2002, Lynch lui aurait préféré Le Pianiste de Polanski. Pedro est maudit.

Pourtant son style flamboyant mérite toutes les palmes du monde. Unique comme celui de tous les grands auteurs, la beauté du cinéma d’Almodovar est contenue dans l’art de la parodie qu’il insuffle sans afféteries mais avec un panache et un mélange des genres si coloré qu’il en devient émouvant. Le cinéma du réalisateur espagnol déborde littéralement de générosité, à l’image de ses personnages essentiellement féminins qui s’élèvent au cœur de mélodrames à la tristesse vertigineuse ou de comédies angoissées mais où chaque personnage parvient toujours à tirer le meilleur de lui-même.

Cinéma de l’excentricité par excellence qui hurle à chaque plan son amour pour les exclus, les déjantés, les marginaux et les cœurs brisés, l’art d’Almodovar s’assagit avec le temps, moins baroque, moins épicé, mais l’introspection affleure toujours sous le vernis à l’eau de rose. En avance sur son temps à ses débuts, trop subversif sans doute, le réalisateur qui aimait les femmes et qui ne les a jamais réduites à des objets de désir ou des seconds rôles a tutoyé la perfection, amenant son cinéma à des hauteurs proches du génie. Depuis Matador, Attache-Moi dont la bizarrerie sadomasochiste a fasciné, à la reconnaissance pour Talons Aiguilles, jusqu’à l’épanouissement artistique avec Tout sur ma mère et Parle avec elle, le réalisateur a peu de défauts. Nous lui en connaissons un seul, celui de finir par se parodier. Almodovar peut  disparaître sous son style et se perdre en un arc-en-ciel de créations dont on ne parvient plus à distinguer le caractère unique. Prions pour que Julieta (Almodovar aime aussi les pieuses adjurations), une histoire d’abandon familial et de culpabilité habitée par les fantômes de Hitchcock soit aussi singulier que ses plus belles oeuvres et nous fasse oublier la parenthèse des Amants Passagers

LE PODIUM

1. Parle avec Elle (2002)

Dans cette double histoire d'amours impossibles où des hommes sont au chevet de femmes alitées et dans le coma, le réalisateur espagnol touche la grâce et marque les esprits par sa plus belle mise en abyme, le court métrage en noir et blanc qui prend place au coeur de son récit, L'Amant qui rétrécit.

2. Tout sur ma mère (1998)

Dédié à Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider et à toutes les femmes aimées un jour, Tout sur ma mère amorce un tournant stylistique dans la carrière du cinéaste madrilène. Loin des exubérances visuelles et narratives de sa période Movida, la mise en scène d’Almodovar se fait plus classique, travaillant de manière plus souterraine les grandes thématiques de son cinéma. C'est surtout un mélodrame flamboyant et bouleversant.

3. Volver (2006)

Volver est avant tout une déclaration d'amour à Penelope Cruz, l'une de ses muses. Il y est aussi question de solidarité féminine comme dans Tout sur ma mère. Pedro s'y plaît à blâmer les hommes avec une subtile incursion du fantastique dans le quotidien. Cette histoire de mère morte ramène à la vie.

Grégory Audermatte : Tout sur ma mère / La piel que habito / Parle avec elle 
Anne Bellon : Parle avec elle / Tout sur ma mère / Volver
Alice Carlos : Tout sur ma mère / Talons Aiguilles / Femmes au bord de la crise de nerfs 
Cyrille Falisse : Attache-moi / En Chair et en os / La piel que habito 
Olivier Grinnaert : Volver / En Chair et en os / Parle avec elle 
Manuel Haas : Tout sur ma mère / Parle avec elle / Attache-moi 
Lucien Halflants :  Parle Avec Elle / Etreintes Brisées / La Piel Que Habito 
Margaux Latour : Volver / La mauvaise éducation / Tout sur ma mère 
Valse Noire : Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier / Femmes au bord de la crise de nerfs / Volver

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Critique mise en ligne le 17 Mai 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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