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Gros plan: Le Top 10 de Coppola

Francis Ford Coppola signe son premier long métrage à 24 ans. Il a depuis réalisé 22 longs métrages en 49 ans de carrière. De Dementia 13 (1963) à Twixt (2012), deux œuvres à la troublante gémellité, c’est une boucle vertigineuse qu’a décrit l’astre central de la galaxie Coppola (dont les satellites immédiats se nomment Carmine, Sofia ou Roman).

Son début de carrière est tonitruant. Au cours de la décennie 70, Francis Ford Coppola signe quatre films majeurs, intemporels (Le Parrain 1&2, Conversation secrète et Apocalypse Now). Surnommé plus tard le « Napoléon du Cinéma » on le dit orgueilleux, fantasque, mégalomane. À la tête d’American Zoetrope, il fait cavalier seul contre les majors. Coup de poker, Coup de cœur sera son Waterloo. Après le zénith et les bas-fonds, les années 80 sont des montagnes russes. Entre grands petits films (Rusty james, Peggy Sue s’est mariée, Tucker) et échecs cinglants (Cotton Club, Jack), un retour en grâce à Hollywood semble peine perdue. Confronté à l’impossibilité de monter le bien nommé projet maudit Mégalopolis, Coppola investit ailleurs (vignobles et hôtels) et autofinance ses propres films. Résultat, une curieuse et personnelle trilogie numérique (L’homme sans âge, Tetro, Twixt). Une cure de jouvence ? On l’espère.

Par ordre chronologique, voici la liste des dix films cités par le réalisateur:

L’Aurore de Friedrich Wilhelm Murnau (U.S.A.-1927)

Se détournant du théâtre pour le Cinéma après la vision d’Octobre de Sergueï Eisenstein, organisation de projections en polyvision du Napoléon d’Abel Gance soutenues par un orchestre symphonique, clins d’œil multiples dans son Dracula... Autant de déclarations d’amour de Coppola au cinéma muet et à ses pionniers. Tout comme Eisenstein, Gance ou Murnau, Coppola n’aura de cesse d’explorer les limites de son médium, tant narratives que formelles. Le choix de L’Aurore s’impose comme une évidence. Film d’une liberté folle, multipliant les audaces visuelles, L’Aurore, c’est la pointe de la technique au service d’une histoire simplissime, d’une émotion universelle. En 1927, on n’avait jamais vu ça, et on ne l’avait jamais ressenti comme ça. Défi technique au service d’une histoire de couple, Coup de cœur a possiblement été nourri d’une ambition similaire à celle de Murnau.

Les Plus belles années de notre vie de William Wyler (U.S.A.-1946)

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, trois soldats américains se rencontrent dans l’avion qui les ramène dans leur petite ville natale. Tous les trois sont à la fois impatients et inquiets de retrouver leurs anciennes vies. Fresque de près de trois heures aux multiples personnages, l’ampleur de Les plus belles années de notre vie a sans doute séduit Francis Ford Coppola. Mais surtout, William Wyler y aborde subtilement (et incroyablement tôt), le retour des vétérans et l’effet de l’expérience guerrière sur leurs vies (thèmes que l’on retrouve dans Apocalypse Now mais aussi Jardins de pierre). Enfin, Les plus belles années de notre vie place au cœur de son récit la cellule familiale, indissociable de la vie et de l’œuvre de Coppola.

Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly (U.S.A.-1952)

Sommet de la comédie musicale des fifties, on ne présente plus Singin’ In The Rain dont certains plans sont aujourd’hui entrés dans l’imaginaire collectif. Admirateur de Gene Kelly, Coppola l’engage comme consultant pour les scènes dansées de Coup de Cœur en 1982. Sur l’utilisation des couleurs dans son film, Coppola déclare alors vouloir « peindre le film » pour l’inscrire dans la tradition des comédies musicales de l’âge d’or de la MGM, telles qu’Un Américain à Paris ou, justement, Singin’ In The Rain.

I Vitelloni de Federico Fellini (Italie-1953)

Flamboyant, baroque, voilà deux adjectifs courants pour décrire autant le style de Francis Ford Coppola que celui de Federico Fellini. « Nous pouvons trouver d’autres traitements du materiau cinématographique », déclare Coppola à la sortie de Conversation secrète (film marqué par Blow-Up). On le sait expérimentateur dans la forme, mais Coppola recherche aussi de nouvelles manières de raconter des histoires, libérées des canevas hollywoodiens. Une recherche de nouvelles formes narratives qu’il partage avec les néo-réalistes Italiens. Fellini creusera plus profond ce sillon, s’affranchissant de la narration « classique » à partir de La Dolce Vita. Pourtant, Coppola choisit I Vitelloni (Les Inutiles), une œuvre précoce, encore sous influence néo-réaliste. Un film très personnel, qui met en scène une bande de vieux adolescents en quête d’une voie à suivre.

Cendres et Diamant d’Andrzej Wajda (Pologne-1958)

Pologne, le 8 Mai 1945. Les troupes allemandes capitulent, la population est en liesse. Maciek, jeune nationaliste, est chargé d’assassiner le secrétaire général du parti communiste. Par confusion, il massacre des innocents puis erre le reste de la nuit, cherchant vainement un sens à ses propres actes. Maciek, le héros de Cendres et diamant rappelle une figure récurrente du cinéma de Coppola : un jeune homme désœuvré en quête de sa propre voie, luttant contre un destin tout tracé. Face à un choix implacable, Michael Corleone en serait le parangon maudit. Mais le héros impulsif du film de Wajda évoque plutôt le jeune Matt Dillon, héros de Rusty James et d’Outsiders. La course poursuite finale de Cendres et diamant, nourrie de trouble et de confusion, peut évoquer la mort du personnage campé par Matt Dillon dans Outsiders.

La Garçonnière de Billy Wilder (U.S.A.1960)

Mythique comédie amère de Billy Wilder, La Garçonnière raconte l’histoire du petit employé C.C. Baxter, qui prête son appartement à ses patrons afin qu’ils y trompent allègrement leurs épouses. Finalement, Baxter préfère tourner le dos à son ascension sociale plutôt que de souffrir encore la perversion de ses supérieurs hiérarchiques. On peut voir dans le héros de Tucker (réalisé par Coppola en 1988), un lointain cousin de C.C. Baxter: un inventeur de génie aux ambitions étouffées par de puissantes firmes automobiles. Ces deux figures font écho à la carrière de Coppola lui-même, dont la soif d’indépendance fut sévèrement réprimée par les majors. À défaut, il s’en est allé loin du système hollywoodien, diriger des œuvres modestes, libres et personnelles.

Les Salauds dorment en paix d’Akira Kurosawa (Japon-1960)

& Yojimbo d’Akira Kurosawa (Japon-1961)

Profondément Japonais mais sous influence occidentale (en témoignent ses multiples adaptations de Shakespeare), démesuré, épique, fluide, dynamique, puissamment visuel, le cinéma d’Akira Kurosawa laisse Coppola béat d’admiration. La scène d’ouverture du Parrain serait inspirée de celle du polar Les Salauds dorment en paix. Yojimbo, film paradigmatique du cinéma de Kurosawa, invente une figure d’anti-héros solitaire dont l’influence sera considérable sur le cinéma populaire occidental. Après 1970, terrassé par l’échec de Dodes’kaden, Kurosawa-Sama peine à monter des projets toujours plus ambitieux. Après avoir tourné Dersou Ouzala en Russie, Kurosawa est aidé par le duo Coppola/Lucas pour produire la fresque historique Kagemusha qui sort en 1980.

Raging Bull de Martin Scorsese (U.S.A.-1980)

& La Valse des pantins de Martin Scorsese (U.S.A.-1983)

Déjà en 1974, avant l’avènement Taxi Driver, Francis Ford Coppola ne tarit pas d’éloges sur son collègue Martin Scorsese. Les deux cinéastes se connaissent intimement. Ils nourrissent des passions communes pour le cinéma de Michael Powell ou d’Akira Kurosawa. Raging Bull et La Valse des pantins ont de commun qu’ils mettent en scène deux personnages qui vont précipiter leur propre chute. Détruit par ses propres démons, son égoïsme et sa jalousie, le personnage de Jake La Motta entretient des liens étroits avec le Scorsese de la fin des années 70. Un parallèle qui a possiblement touché Francis Ford Coppola, en proie alors lui aussi à des conflits d’égo.  Depuis, Coppola a brouillé les pistes entre scénario original et autobiographie. Ceci notamment dans Tetro, où il emprunte à Raging Bull l’idée des home-movies en couleur au sein d’un film en noir et blanc.

Francis Ford Coppola: Né à Détroit le 7 Avril 1939.

Filmographie (réalisateur) :

Démentia 13 (1963)
Big Boy (1966) 
La Vallée du bonheur (1968)
Les Gens de la pluie (1969)
Le Parrain (1972)
Conversation secrète (1974)
Le Parrain - 2ème partie (1974)
Apocalypse Now (1979)
Coup de coeur (1982)
Outsiders (1983)
Rusty James (1983)
Cotton Club (1984)
Peggy Sue s'est mariée (1986)
Jardins de pierre (1987)
Tucker (1988)
New York Stories, La vie sans Zoé (1989)
Le Parrain - 3ème partie (1990)
Dracula (1992)
Jack (1996)
L'Idéaliste (1997)
L'Homme sans âge (2007)
Tetro (2009)
Twixt (2012)

Filmographie (scénariste) :

Propriété interdite de Sydney Pollack  (1966)
Paris brûle t-il ? de René Clément (1966)
Patton de Franklin J. Schaffner (1970)
Nos plus belles années de Sydney Pollack (1973)
Gatsby le magnifique de Jack Clayton (1974)

 

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Critique mise en ligne le 24 Mars 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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