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Top 10 des films préférés d'Emmanuel Raspiengeas

1. La Prisonnière du Désert de John Ford (1956)
2. Lawrence d’Arabie de David Lean (1962)
3. Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault et Jacques Prévert(1979)
4. La Bête Lumineuse de Pierre Perrault (1982)
5. Il était une fois en Amérique de Sergio Leone(1984)
6. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979)
7. L’Etoffe des Héros de Philip Kauffman (1983)
8. 20000 Lieues Sous les Mers de Richard Fleischer (1954)
9. Nostalgie de la Lumière de Patricio Guzman (2010)
10. Panic sur Florida Beach de Joe Dante (1993)

 

La Prisonnière du Désert : Parce que tout top digne de ce nom se doit de contenir un John Ford ; parce que la seule place qui lui est due est la première ; parce que s’il ne devait rester qu’un film, ce serait celui-là ; et… parce que ! C’est tout le cinéma qui est contenu dans ce récit monstre – qui est bien plus qu’un western (avis aux réfractaires du genre) –, à la complexité invisible, mais qui ne cesse de se révéler visions après visions (car il s’agit bien de ça…), années après années. Sa narration tortueuse, qui s’enroule comme un serpent autour de son héros et de son désir de vengeance, et lui fait traverser une chronologie trouble, le rapproche des grands récits mythologiques, de l’Odyssée au Roman du Graal, et fait entrevoir l’abîme à travers les yeux fous de haine de John Wayne. Vu à tous les âges, sous tous les formats, dans une flopée de salles différentes, jusqu’à la projection idéale, en plein air, dans une carrière de granit. Ne reste plus qu’à le voir sur la fameuse île déserte où sont envoyés tous les cinéphiles.

Lawrence d’Arabie : Ce top est marqué par des films sous forme de quêtes, d’errances, et d’obsession. Ici, l’un des plus surprenants, vrai blockbuster avant l’heure, mais faux panégyrique d’un homme tourmenté, entreprise de démolition d’un mythe corrompu par la folie. Sous les ors du film à grand spectacle se cache une méditation incroyablement subversive et retorse autour de la notion d’héroïsme, qui n’existe que dans la réécriture que les puissants en font. Le pessimisme profond de David Lean métastase patiemment les fondations légendaires de l’icône, et ronge peu à peu le visage opalin de ce Dorian Gray du désert.

Le Roi et l’Oiseau : Difficile de savoir s’il s’agit réellement de mon premier film vu, mais clairement mon premier souvenir de cinéma. Bouche ouverte, pieds dans le vide encore incapables de toucher le sol, c’est dans cette position immuable des premiers émois que j’ai découvert ce film qui m’a hypnotisé et inoculé le virus de la mélancolie. Parents, ceci N’EST PAS un film pour enfants !... C’est bien pourquoi il doit leur être montré au plus vite. Sans pouvoir le formuler aux alentours de mes 3 ans, je sais désormais, avec le recul des années, qu’il s’agit du film qui m’a fait prendre conscience de la mort et de l’abandon. Le revoir régulièrement est l’occasion de m’en rappeler avec toujours autant de terreur.

La Bête Lumineuse : Film tragiquement inconnu, d’une filmographie honteusement ignorée, d’un auteur absurdement oublié. Soit l’un des chefs-d’œuvre du cinéma documentaire mondial, réalisé par l’immense réalisateur québécois Pierre Perrault, dont tant de films auraient pu intégrer cette liste, tout particulièrement le proustien Pour la suite du monde (disponible en DVD aux éditions Montparnasse, vous n’avez plus aucune excuse). Immersion sensitive au fin fond de la campagne canadienne, le film suit le retour fantasmé à la nature d’un poète citadin au cours d’une semaine de chasse avec un ami d’enfance et ses camarades. Préalable à un choc des cultures d’abord comique, le documentaire glisse imperceptiblement vers un malaise à la limite du soutenable. Obsédé par son désir de se confronter physiquement à cette « bête lumineuse », l’intellectuel ne se rend pas compte qu’une autre traque se trame contre lui, menée par la meute virile des chasseurs au cours des longues journées d’attente de l’animal, et des soirées de beuveries dans l’espace clos du refuge. En captant avec une justesse ahurissante des scènes intimes d’une violence émotionnelle terrible, Perrault filme la semaine de vacances des Tontons Flingueurs avec les rednecks de Délivrance

Le film a été récemment édité en DVD chez Potemkine. Achetez-le.

Il était une fois en Amérique : Une de ces œuvres derrière laquelle j’aurais couru de très nombreuses années avant de la découvrir enfin. Après l’avoir sans cesse ratée lors de ses diffusions télés, elle est devenue l’une de celle que je me suis promis de ne découvrir qu’en salle. Chose faite le soir de Noël 2010, dans une salle vide. Depuis cette première rencontre, j’ai revu le film 6 fois. Il dure 4 heures. En 4 ans, j’ai donc passé une journée entière devant ce film.

Apocalypse Now : Le premier des trois seuls films à m’avoir plongé dans une forme de tétanie au moment de sa découverte (les deux autres étant La Règle du Jeu et Mysterious Skin). Un trip hallucinogène que j’ai revu près d’une dizaine de fois jusqu’à épuisement dans les 6 mois qui ont suivi. Depuis, et après avoir pris un peu de distance avec ce gouffre esthétique, chaque revisionnage (une fois tous les deux ans environ) est une relecture entêtante, qui accompagne mon évolution d’homme et de spectateur. Accessoirement, j’ai vécu grâce à lui l’une de mes plus intenses séances de cinéma, débutée à minuit dans un Max Linder bourré à craquer, en plein été, avec une climatisation défectueuse. Remonter le fleuve au fur et à mesure de la nuit, de l’asphyxie collective du public, et de la montée de vapeurs corporelles moites, a achevé d’en faire une expérience de cinéma total, et un film-totem.

L’Etoffe des Héros : Autre blockbuster atypique et étonnement anti-spectaculaire de ce classement subjectif, cette évocation élégiaque et rigolarde de la conquête de l’espace, adaptée d’un chef-d’œuvre de Tom Wolfe, ressuscite l’élégance des meilleurs Howard Hawks. Quand l’esprit d’équipe n’est qu’un tremplin à un accomplissement individuel, et un appui dans une quête intérieure. La musique de Bill Conti, le désert, Sam Shepard en cow-boy Malboro des nuages, tentant vainement d’atteindre les étoiles… Le film miraculeux de Philip Kaufmann, qui m’aura fait croire jusqu’à mes 24 ans que je pourrais devenir un jour astronaute.

20000 Lieues Sous les Mers : Le premier film à m’avoir fait comprendre le phénomène d’usure inévitable de nos VHS. Enregistré sur France 3, j’ai longtemps connu par cœur autant le film que les pubs désormais vintage intercalées au milieu des aventures du Capitaine Nemo (aaah les fou rires devant la panthère noire de Dulux Valentine !...). La VF d’époque s’est incrustée dans mon esprit au point de ressentir systématiquement une vraie gêne face à la VO. Comme la majorité des films de ce top, l’élection affective s’est faite grâce au parfait dosage d’excitation et de frousse face aux images chatoyantes de ce remarquable artisan qu’était Richard Fleischer. Encore aujourd’hui, j’éprouve le même plaisir de jouer à me faire peur devant la fuite de Kirk Douglas poursuivi par des cannibales de pacotille. Et je reste le cœur transpercé devant la beauté absolue des dernières minutes du destin tragique de Nemo, plus beau rôle de l’aristocratique James Mason, mon premier idéal masculin.

Nostalgie de la Lumière : Film le plus récent de la liste, sorti dans une franche indifférence en 2010, il s’est hissé en moins de 5 ans, et près de 10 visionnages, au rang de mes plus grandes émotions jamais ressenties devant un écran. Réflexion ahurissante de beauté et d’intelligence autour de la mémoire et des origines, ce documentaire du chilien Patricio Guzman met en parallèle la recherche des traces de temps irrémédiablement perdus, dans la fournaise du désert de l’Atacama. Au milieu des rocailles, des femmes scrutent le sol depuis des années, en quête des ossements de leurs fils, frères, maris, assassinés par le régime de Pinochet, et éparpillés dans ce purgatoire minéral. Quand, dans le même espace, tout aussi patiemment, des scientifiques tentent de percer le secret des origines de l’Univers, en remontant la piste de la lumière des étoiles, vieille de plusieurs milliards d’années. Poème visuel, et documentaire d’une rigueur esthétique et morale totale, il donne à observer l’invisibilité du temps et de la lumière pour, en creux, proposer un portrait du cinéma comme miracle métaphysique.

Le DVD est édité par Pyramide Vidéo. Demandez-le pour votre anniversaire (en plus de l’intégrale Pierre Perrault, donc).

Panic sur Florida Beach : Un top débuté par Ford, et conclu par Joe Dante. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’aimerais beaucoup passer une soirée cinéma avec moi-même. Plutôt que de citer les immortels Gremlins, je préfère rappeler l’existence de ce bijou méconnu, sorte de version geek et vintage des 400 Coups, où Antoine Doinel serait un gamin américain des 60’s, découvrant les premiers émois amoureux devant les films d’horreurs cheap de William Castle, en pleine psychose de la crise des missiles cubains, tout en étant initié aux trucs et astuces des coulisses par un producteur roublard et arnaqueur, interprété par l’immense John Goodman. Un des plus sincères chants d’amour au cinéma, le film rappelle cruellement l’absence de Joe Dante dans le paysage hollywoodien.

Réalisateur : la Rédaction

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 25 Janvier 2015

AUTEUR
Emmanuel Raspiengeas
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Après avoir longtemps voulu devenir « facteur-Robert Mitchum-journaliste », l’heure des ch...
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