Top
Top 10 des films préférés de Florian Millot

C'est au tour de Florian Millot de nous proposer le top 10 de ses films préférés. Florian vient de rejoindre l'équipe des passeurs critiques et afin d'apprendre à mieux connaître ses goûts, toujours dans le souci de créer un pont entre le critique et le lecteur, il vous présente les dix films qui ont fondé sa cinéphilie.

1 - Shining de Stanley Kubrick (1980)
2 - Mulholland drive de David Lynch (2001)
3 - Eyes wide shut de Stanley Kubrick (1998)
4 - Le Silence des agneaux de Jonathan Demme (1991)
5 - Into the wild de Sean Penn (2007)
6 - Videodrome de David Cronenberg (1983)
7 - Ghost World de Terry Zwigoff (2001)
8 - Alien de Ridley Scott (1979)
9 - The Fall de Tarsem Singh (2006)
10 - Tarnation de Jonathan Caouette (2003)

 

Shining. Sorti de l'école, un mot sur la table :"Si tu regardes Shining avec ton frère, tu seras définitivement privé de télé !" Du haut de mes neuf ans, il suffisait d'ouvrir une porte pour braver l'interdit pendant quelques secondes. Un peu comme Jack. Fier d'avoir lorgné des plans de chambre froide, je sortais vainqueur de l'épreuve. Depuis, mon regard revient sans cesse vers la face du monstre. Puissant, névrotique, anxiogène, porté par la folie enragée de Nicholson, les divagations sinistres de la Steadicam, les nappes angoissantes des Moog ou la masse asphyxiante de l'hôtel, Shining vante l'épouvante et lui offre sa plus belle définition. Faire sentir une présence par son absence. Un chef d'oeuvre total.

Mulholland drive. Lynch n'aime pas Hollywood et le manifeste en inoculant son héroïne d'une dualité schizophrénique, puissance dix. Dans cette quête d'identité elliptique, chaque pièce de l'énigme nous conduit jusqu'à la clé, celle de la réalité. Prodigieuse mise en abyme, Mulholland Drive est la plus belle représentation métaphorique de Los Angeles: une partie d'échec narcissique qui se joue sur les collines, le long d'une route qui amalgame ravins et ravis, étoiles filantes et montantes. A tour de rôle, Rita et Betty, deux dames symbiotiques, l'une noire, l'autre blanche, s'attirent, se convoitent, se frôlent et se culbutent. Peu importe la finale, ce qui compte, "c'est la fille". Et Hollywood en sort vainqueur.

Eyes wide shut. Le scénario pose délicieusement la question qui dérange sur le couple, laissant le spectateur dans l'interrogation. Pour rester fidèle, vaut-il mieux fantasmer l'infidélité que la refouler par un excès d'auto-persuasion ? Kubrick, éternel marchand de masques, enlève cette fois les bauta hypocrites que nous portons en société. L'authenticité de l'expérience l'intéresse toujours autant, quitte à chuter en une seule nuit. Et quelle chute ! Dans ce voyage au cœur du fantasme, chaque tentation conduit à la mort. Eyes wide shut est le mauvais rêve érotique de l'aube. Sortant du film comme on sort de son lit, on cherche la même réponse. Testament lubrique. On remercie Kubrick.

Le Silence des agneaux. Bouleversant les conventions du genre, effrayant Scorsese ou quelques acteurs sensibles à leur image, on l'a pourtant vite oublié. Dans leur frénésie de racolage esthétique, les héritiers du thriller finirent par étouffer leur mentor et son réalisme clinique. Pourtant, chaque cervelle garde en mémoire le regard tétanisant du Dr Lecter, parfaite synthèse, cognitive et reptilienne, des deux hémisphères de l'homme. Face au psychopathe, Jodie Foster ne craint pas d'affronter le duel psychologique. La manipulation est ici l'unique solution pour sauver sa peau. Des affres hitchcockiennes, ce film en est l'effet papillon. Goodbye horses, i'm flying over you.

Into the wild. Qui n'a pas ressenti une fois dans sa vie, l'envie de tout plaquer pour un road-trip sans retour, délaissant le matériel pour rejoindre la matière. Pâtir ou partir, à la seule condition d'accepter que la nature régit ses règles et que nous sommes bien trop civilisés pour survivre. Cette idée utopique qui résonne ici dans la tête comme le vibrato rocailleux d'Eddie Vedder, séduit autant qu'elle effraie. Sean Penn rend un hommage sublime à l'indépendance, à la liberté, à l'envie de croire en soi et de se dépasser. Un voyage sans iPad, ni Quechua. Un film politique aussi. Society, hope you're not angry, if i disagree.

Videodrome. Fidèle à ses hybridations fantasmatiques faites de chair et de machine qui s'interpénètrent, Cronenberg livre le mode d'emploi de notre télévision. Le film met en exergue la pulsion scopique du spectateur qui fétichise son écran comme un objet de plaisir, pour mieux devenir le propre acteur de ce qu'il regarde. Les hallucinations découlent ici de la soumission, quitte à transmuter le réel et le fictif. Visionnaire, Videodrome est une critique sur le déclin du spectacle contemporain, théâtre des possibles dans lequel l'illusion, la violence et le sexe réunissent les toxicos de l'audience et les obsessionnels compulsifs. James Woods et Debbie Harry crèvent l'écran.

Ghost World. Comédie dramatique trempée à l'acide, sur la difficulté à exister différemment, les pieds embourbés dans le sick sad world du conformisme. Enfermé dans la bergerie, on se prend à se marrer de notre propre solitude. Inspiré des caricaturistes underground américains, avec pour père légitime Daniel Clowes, l'Amérique mainstream s'en prend plein la tronche, et nous pousse à quitter la ville avec ce bus qui ne passe que pour soi, à la recherche d'un refuge introuvable. Subtilement décalé, ironiquement poétique. Daria en film.                                                                                                                                                                                                     

Alien. Des géants pour un monument: Giger au design, O'Bannon au scénario, Moebius au story-board, Scott à son apogée, Weaver dans son premier rôle. Dans ce huis clos suffocant, moite et claustrophobique, le corps étranger s'approprie l'espace, nous réduisant à le fuir ou à l'explorer. Bien plus qu'un film de science-fiction novateur et inspiré, Alien est aussi une allégorie cauchemardesque sur la sexualité. Sigourney évite cette fois le dépucelage, mais on la connait. Oeil perçant, bouche à butch, elle reste un peu cette grande soeur casseuse de gueules qui nous défendait à la récré. On peut donc crier tranquillement.   

The Fall. Trois maitres du clip réunis. Inspiré du film à double intrigue de Zako Heskiya, étalé sur quatre ans dans plus de vingt pays, cette oeuvre folle et ambitieuse orchestre une série de tableaux d'une beauté exceptionnelle. Merveilles du monde, trompe-l'oeil, slow-motions, géométries, l'image est aussi parfaite qu'un conte idéalisé par notre vieille candeur infantile. Entre grandeur et grandiloquence, les avis divergent. Mais Singh s'abstient d'une surcharge d'effets spéciaux, filmant intégralement en prises réelles et calibrant au pied à coulisse chacune de ses scènes. Histoire de rappeler, à la manière de Malik, que le 7ème art est prioritairement un spectacle.

Tarnation. Un trip autobiographique au montage épileptique, proche de l'art-vidéo, qui anamorphose sur vingt ans les peines, les joies, les confidences et le courage d'un réalisateur qui prend soin d'une mère sous lithium, rescapée d'essais cliniques. Fragmenté par des bribes de Super 8, de photos et de VHS, Tarnation est un kaléidoscope brut et émouvant, profondément sincère, qui retourne les neurones autant que les électrochocs de Renée. Réveillant inconsciemment nos souvenirs, cet album de famille rappelle que chacun construit sa propre mythologie individuelle.

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 24 Janvier 2015

AUTEUR
Florian Millot
[22] articles publiés

Accro à l'image et à ses codes, je refuse toute thérapie, savourant ce plaisir compulsif sans r...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES