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Top Acteurs 2015

Cette année, top collaboratif pour les passeurs, chaque rédacteur vous présente l'acteur qu'il a retenu cette année.

Christian Bale dans Knight of Cups de Terrence Malick

Depuis près de dix ans, Christian Bale semble victime d’un malentendu, comme admiré pour de mauvaises raisons. L’acteur britannique a fait de sa puissance physique son principal atout marketing, lui servant à nourrir un jeu tout en hurlements et en transformations physiques, viatique indispensable pour pouvoir prétendre au club très 'sélect’ de la méthode dite «à-la-de-Niro». Pourtant, le calme et le mutisme siéent bien mieux à ce gueulard facilement cabotin, comme sa deuxième collaboration avec Terrence Malick pour Knight Of Cups vient de le rappeler. Joues creusées, pas de somnambule guidé par les silhouettes vaporeuses des femmes de sa vie, démarche de goéland empêché de marcher par ses ailes de géant... En errant dans les décors abandonnés d’une Hollywood filmée comme un royaume lointain, son personnage de Rick, scénariste sans sujet, golden boy déraciné et désincarné, appelle bien mieux que ses précédents rôles la comparaison avec De Niro, celui du Dernier Nabab d’Elia Kazan. Le film s’ouvre sur l’évocation d’une légende qui servira de fil d’Ariane à cette errance intime et métaphysique, celle d’un prince parti chercher une perle dans une région mystérieuse, devenu amnésique après avoir bu d’un nectar magique. Dès lors, le trajet hypnotique de l’acteur se drape d’un voile mythologique, faisant de son personnage une sorte d’Atlas délesté du poids du monde pour s’égarer dans le jardin des Hespérides, un Ulysse égaré par les Circée de son passé. Bouchon balloté dans la tempête de plans écumeux, c’est quand il sait abandonner son corps à une forme d’apaisement que Bale est finalement le plus impressionnant. Loin de ses performances volontaristes et m’as-tu-vu, il renoue ici avec sa meilleure inspiration, celle qui lui faisait traverser comme un spectre le Public Enemies de Michael Mann, et lestait de mélancolie ses tentatives de séductions de Pocahontas dans Le Nouveau Monde.

Emmanuel Raspiengeas

Vincent Cassel dans Mon Roi de Maïwenn

Cassel, sous la caméra de Maïwenn est un génie schizophrène ! Il faut le voir sourire comme un enfant puis soudainement, un voile dans le regard, entendre le sifflement du démon fissurer son petit masque juvénile. Cassel, c’est le salaud magnifique, le diable avec lequel on pactise. Il est l’homme dont on tombe amoureux en connaissant le danger, le bourreau qu’on veut guérir, le fauve qu’on cherche à apprivoiser avant qu’il ne nous arrache le cœur, la gueule gavée au venin du « je vais te faire souffrir »... Maïwenn le filme avec une intensité surprenante, adorant jusqu’à ses petites rides et ses tempes grises, sa lèvre supérieure si fine qu'elle tressaille et ses poches sous les yeux qu'elle couve d'attention. Elle lèche son visage de roi des connards. Et lui, il dévore sa caméra-langue comme jamais il ne l’a fait, avec un plaisir pervers de furieux manipulateur.

Cyrille Falisse

Bradley Cooper dans American Sniper de Clint Eastwood

Mal compris à sa sortie, ce film complexe (et certainement majeur) de Clint Eastwood, met tout le monde d’accord sur un point: Bradley Cooper y renverse l’image du beau gosse californien sur laquelle il a construit sa carrière. Armoire à glace sous tension permanente, l’épais Bradley Cooper excelle à incarner les fêlures rentrées de Chris Kyle, brute texane institutionnalisée par l’american way of life, dont le trop simple système de pensée s’effondre devant la complexité de l’âme humaine.

Olivier Grinnaert

Quentin Dolmaire dans Trois Souvenirs de ma Jeunesse d’Arnaud Desplechin

Dans le genre déstabilisant, il y a aussi Quentin Dolmaire, avec sa diction « Nouvelle Vague » qui évoque tendrement à notre souvenir un jeune Jean-Pierre Léaud. Il faut, je le crois, saluer ce genre d’interprétation dans le cinéma français actuel puisque, avouons-le, nous ne sommes plus bien habitués à entendre toutes les syllabes d’un même mot. Dans ce parlé angulaire, alors que nous pourrions y déceler une moue de petit garçon trop arrogant, les yeux brillants et le sourire tout à fait attendrissant de Dolmaine donnent au personnage de Paul un côté fascinant, un léger goût de « revenez-y ». 

Margaux Latour

Roberto Farias dans El Club de Pablo Larrain

Il est Sandokan qui enfant a été violé par un prêtre. Dans les rues d'un village retiré de l'Argentine, il vocifère tous les détails des méfaits dont il a été victime et se transforme en victime expiatoire des péchés d'autres religieux retirés du monde pour échapper à la justice des hommes. Physique hors norme, il impose sa présence à chaque acte du film, et quand il disparait son fantôme continue de hanter la pellicule. 

Frédéric Mercier

Colin Farrell dans The Lobster de Yorgos Lanthimos

Farrell est méconnaissable dans ce rôle d’homme amorphe condamné à être transformé en homard parce qu’il est célibataire. A la limite d’un jeu presque autiste, il évolue dans un registre complètement différent de ce qu’on lui a connu jusqu’alors. Pour le personnage particulièrement complexe à qui il donne vie d'une manière aussi crédible qu'en marge des schémas habituels, il est certainement l’un des acteurs de l’année.

Valse Noire

Vincent Lindon dans La Loi du Marché de Stéphane Brizé

On le sait, Lindon est une force tranquille, un écorché dont les émotions se terrent dans les yeux. Ce regard habité qu'on lui connait, trop lucide pour rassurer ses personnages, balaye ici les failles du monde du travail avec beaucoup de justesse. Derrière cette humilité contagieuse capable d'éclipser tout un film, l'ambassadeur de la crise affine son jeu. L'acteur qui se prévaut des rôles engagés pour en faire un acte politique méritait bien sa Palme après toutes ces années.

Floriant Millot

Joaquin Phoenix  dans Irrational Man de Woody Allen



Si Josh Brolin lui a un peu volé la vedette dans Inherent Vice, en début d’année, il fallait bien toute la force tranquille d’un Joaquin Phoenix pour ne pas laisser la brillante Emma Stone régner seule sur Irrational Man. A contrepied du paumé à moustache que j’avais tendrement envie de gifler, dans Her, le récent quadragénaire nous revient en ersatz d’un Hank Moody hors d’usage, miné par des problèmes d’érection, une perte de sens, mais dont le charisme et la verve restent intacts. Emma Stone succombe et je la suis sans mal, tant j’aimais le personnage de Californication et suis ravi de voir Phoenix en humaniser la copie. Dans Irrationnal Man, le comédien parvient à faire rimer virilité avec sensiblité sans qu’aucun de ces traits n’en viennent jamais à dévorer l’autre. Il est un dompteur qui suscite le rire, mais jamais à ses dépends. 

Soleil Håkansson

Géza Röhrig dans Le Fils de Saul de Laszlo Nemes

Il s'avance vers nous, flou et indistinct. Quand son corps vient remplir le cadre il se fait net et nous voyons son visage. Il s'agit de Géza Röhrig et c'est le premier plan du Fils de Saul. Dès ce moment introductif ce corps et ce visage seront les seuls moteurs du film, ils guideront la caméra à travers le dédale labyrinthique cauchemardesque du camp. La raison qui fait du personnage, le seul principe actif du récit c'est qu'il cherche à pourvoir à son fils, reconnu dans une chambre à gaz, une sépulture  décente et religieuse. Toute cette recherche, cette lutte, ce combat contre la mort qui rôde, contre le désespoir qui écrase, contre l'inéluctable s'incarne dans ce corps et ce visage qui jamais ne renonce, qui jamais ne courbe l'échine sous le poids de l'ignominie. Cet acteur inconnu, dont c'est le premier rôle au cinéma, offre dans les recoins de son visage impassible et de son regard dur, la détermination de l'Homme, l'étincelle inextinguible de la vie humaine. Peut-être ne le reverrons-nous jamais sur un écran de cinéma (Géza Röhrig est avant tout un poète), quoiqu'il en soit nous ne l'oublierons jamais.

Grégory Audermatte

Mark Ruffalo dans Foxcatcher de Bennett Miller

Si c'est à Steve Carrel et Channing Tatum qu'auront été les lauriers lors de la sortie du film, c'est à Mark Ruffalo que va ma préférence. Et si les deux premiers incarnent leurs personnages respectivement sous l’égide du rat ou du taureau, c’est le singe, le gorille qu’aura choisi Ruffalo pour mettre son personnage en mouvement. Les épaules voûtées, fatiguées tant par sa condition de lutteur que celles de père, de frère, de coach, il porte le poids du monde jusqu'à la sombre pesanteur de l'image dont il semble prisonnier du manque de luminosité. Malgré la rugosité de son interprète, le personnage garde une douceur permanente un trop-plein d'amour qu'il distille comme il peu au travers de quelques gestes, quelques regards. Facette qui rend la fin du film d'autant plus puissante. Une maîtrise dramatique qui rend hommage au talent presque maniaque de son metteur en scène.

Lucien Halflants

Mark Rylance dans le Pont des Espions de Steven Spielberg 

Grand comédien de théâtre, Mark Rylance se fait rare au cinéma. Avec son flegme britannique et une économie fascinante de geste, il incarne avec brio toute la noblesse du personnage d'espion russe que Spielberg choisit de confronter à son alter ego Tom Hanks. L'alchimie entre les deux acteurs est telle, qu'une fois l'avocat américain parachuté en plein Berlin-Est, l'équilibre du film semble être rompu avant la déchirante réunion finale sur le fameux pont des espions. Une raison de plus pour Spielberg de ne pas laisser le comédien s’évaporer dans le nature et d'en faire le bon géant de son adaptation du roman de Roald Dahl.

Manuel Haas

Channing Tatum dans Foxcatcher de Bennett Miller

Channing Tatum est le prototype de l'acteur américain bodybuildé du vingt-et-unième siècle, repéré en tant que mannequin, et utilisé ensuite pour son corps plus que pour sa tête. Si les films d'action nourrissaient jusqu'ici sa filmographie, la donne change peu à peu ces dernières années. La carrure du comédien est "utilisée" pour des rôles plus sérieux. Déjà Soderbergh ironisait sur cette nouvelle icône dans Magic Mike, détournant ainsi le comédien du blockbuster. Mais avec Foxcatcher, c'est dans une toute autre dimension que rentre Channing Tatum. Sous la caméra de Bennett Miller, l'acteur incarne un lutteur professionnel qui rejoint une "écurie" professionnelle à l'approche des JO de Séoul. Une performance qui porte certes encore une fois sur un jeu physique, mais qui gagne aussi à être vue pour la profondeur du jeu du comédien. Dans l'ombre d'un grand frère (Mark Ruffalo) et d'un mentor (Steve Carell), le personnage de Tatum est une boule de nerfs et de muscles qui ne demande qu'à exploser sur le tatami comme en dehors des gymnases. Tatum incarne parfaitement l'Américain moyen qui peut s'élever par le sport pour acquérir une nouvelle dimension sociale. Dans son jeu de visage, dans ses gestes millimétrés quand il lutte, dans ses excès de colère, Tatum incarne l'Amérique renfrognée qui n'est à son aise que quand elle revendique haut et fort ses couleurs. Ce n'est pas anodin d'enfin voir le héros triompher non pas au cours d'un concours de lutte, mais d'un combat de catch, épreuve typiquement américain (profond). La force de Tatum, entre tough guy et être sensible, est de nous faire partager son rêve américain.

Jérémy Martin

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Critique mise en ligne le 21 Décembre 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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